BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Wastefall - Self Exile

PISTES :

1. Intro (1:05)
2. Willow Man (4:04)
3. The Muzzle Affection (5:26)
4. Dance Of Descent (3:36)
5. Another Empty Haven (5:54)
6. Strife For Definiton (4:49)
7. Sleepwalk (4:37)
8. E. Y. E. (4:44)
9. Utopia Fragmented (6:42)
10. Minutes To Abandon (3:55)
11. Provoke The Divine (6:13)

FORMATION :

Domenik Papaemmanouil

(chant, guitares)

Alex Katsiyiannis

(guitare, chœurs)

Christos Kyrkilis

(claviers)

Nick Valentzis

(basse)

Kostis Papaleksopoulos

(batterie, percussions)

WASTEFALL

"Self Exile"

Grèce - 2006

Replica Records - 51:10

 

 

Déjà auteur de deux albums en 2003 (Fallen Stars and Rising Scars) et 2004 (Soulrain 21), ce groupe Grec risque fort de créer l'événement avec ce nouveau disque. Composé de Domenik Papaemmanouil au chant, Alex Katsiyiaannis aux guitares, Christos Kyrkilis aux claviers, Nick Valentzis à la basse et Kostis Papalexopoulos à la batterie, Wastefall se situe en effet clairement dans la lignée des Suédois de Pain of Salvation. Leur musique de fin du monde possède un magnétisme extrêmement élevé, entre autre grâce au chant multiforme de Domenik, ce qu'annonce bien l'«Intro», à base de vocalises profondes. Sa voix, de par des contrastes entre déchirements aigus et poussées agressives, rappelle bien sûr celle du génial Daniel Gildeniöw, mais également Thomas Englund d'Evergrey, réservoir d'émotions se déversant dans un gosier de zinc.

Certains morceaux du disque se rapprochent d'ailleurs de ce dernier groupe, et du nu-metal, de par une puissance élevée («Willow Man», un peu trop pesant), mais il s'agit le plus souvent de passages parmi d'autres; on peut même deviner à certains moments des influences comme celles de Rage Against the Machine ou les Red Hot Chili Peppers. A l'inverse, on trouve aussi des titres plus proches de la ballade, tels le déchirant «Strife for Definition», au final instrumental énergiquement planant et très réussi, le délicat «4 Minutes to Abandon» ou «Sleepwalk», à l'émotion soulignée par une voix féminine lointaine et quelques pleurs poignants. Mais les plus nombreux et intéressants, défiant les étiquettes, sont ceux qui mêlent les ambiances, avec des arrangements inventifs (nappes de claviers opposées à des riffs très offensifs, piano légèrement dissonant ou carrément symphonique, rythmiques ampoulées) et une inventivité de composition assurée.

Les musiciens possèdent à cet égard une maîtrise technique à la fois sûre et tranquille. On retiendra tout particulièrement «The Muzzle Affection», proche des meilleurs titres de Remedy Lane de Pain of Salvation, et sur lequel un contrepoint vocal féminin vient apporter un plus notable; «Dance of Descent» et son atmosphère festive, à base de guitare acoustique, d'une batterie et d'un piano sautillants; «E.Y.E.», à la mélodie profonde, parfait résumé de l'art inclassable de Wastefall; le plus apaisé «Provoke the Divine» et ses arrangements de violoncelle, sans oublier des compositions comme «Another Empty Haven» ou «Utopia Fragmented» (au magnifique piano), cocktail détonant de froide musique électrique et de chaleur vocale. Un excellent album, plein d'une intensité émotionnelle à laquelle on ne peut rester indifférent. Plus qu'un moyen de patienter jusqu'au nouvel album de Pain of Salvation en janvier...

Jean-Guillaume LANUQUE

(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)