BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. DNAlien (8:36)
2. The Ghost And The Teenager (8:38)
3. Heroes (9:27)
4. Moving Red (6:34)
5. Riding The Elephant (3:38)
6. ...And The Winner Is... (10:11)

FORMATION :

Simone Rossetti

(chant, flûte)

Ettore Salati

(guitares)

Marco Schembri

(basse)

Gabriele Manzini

(claviers)

Roberto Leoni

(batterie)

THE WATCH

"Ghost"

Italie - 2001

Autoprod. - 48:13

 

 

Le professionnalisme passionné de ces cinq jeunes italiens avait fait forte impression l'année dernière au festival de Sarlat, mais leur prestation n'avait pas suscité que des louanges, leur show étant beaucoup trop calqué sur ceux du Genesis 'gabrielien'. Évitons aujourd'hui de les accabler avec un humour à deux balles en les taxant de n'être que des clones ampoulés et empesés du grand Genesis, tout juste bons à en rejouer les meilleurs moments (d'ailleurs plus brillamment que personne !). Leur premier album Twilight, sorti en 1997 sous le nom de The Nightwatch, n'était après tout pas si mauvais, même s'il lui manquait le décalage et la personnalité nécessaire pour en faire une pièce maîtresse du prog moderne.

Mais comment peut-on en même temps regretter que Genesis n'ait pas cherché à prolonger la voie qu'ils avaient tracé avec génie il y a près de trente ans, et faire la fine bouche devant une musique qui essaie, avec sincérité et sérieux, d'en faire revivre l'esprit tout en lui apportant le son et la puissance d'aujourd'hui ?

The Watch compte paraît-il un petit noyau de fans français qui attendait avec impatience ce deuxième album. Dans ce cas, leur attente n'aura pas été vaine. Ce Ghost est somptueux. De la tension perceptible de «DNAlien» (8:36) aux arrangements tout en finesse du dernier quart d'heure, cet album se balade de réussite en réussite et confirme tout le bien qu'en pensait le sus nommé petit noyau. On reste bien dans le périmètre tracé par Foxtrot et Script For A Jester's Tear. Le changement depuis Twilight n'est donc pas flagrant. Même ambiance intense, même mise en son touffue, toujours ces guitares qui nous rappellent combien Hackett à l'origine s'est inspiré de Fripp...

Mais contrairement à The Nightwatch, The Watch ne cède jamais à quelques facilités néo-prog ou aux intermèdes acoustiques inutiles. Le groupe arrive même, le temps d'un «Riding The Elephant» (3:38) surprenant, à se dégager de ses encombrantes (mais revendiquées et parfaitement assumées) références.

Les noyaux (français ou non cette fois) de fans seront aux anges et découvriront en plus une petite particularité marrante «from this new album by The Watch» (surprise). Les réfractaires auront l'impression d'avoir encore raison, ceux qui ne connaissaient pas et qui tirent la langue en même temps que le portefeuille de leur poche à la simple évocation du raccourci Genesis-Marillion seront à genou, les autres sont déjà passés à la chronique suivante.

En fin de compte, cet album ressemble à un crochet du droit dont on se relève difficilement, un petit bijou d'intensité avec lequel The Watch balaye avec classe et conviction les qualificatifs peu flatteurs de «groupe prometteur» ou de «groupe de reprises de Genesis et de Marillion» et confirme tous les espoirs que quelques-uns avaient placé en lui il y a quatre ans.

Alain SUCCA

(chronique parue dans Big Bang n°39 - Mai 2001)