
PISTES :
1. Hills (1:26)
2. Damage Mode (7:17)
3. Wonderland (7:05)
4. Shining Bald Heads (5:55)
5. Out Of The Land (6:05)
6. Goddess (5:48)
7. Deeper Still (3:24)
8. The Vacuum (10:59)
FORMATION :
Simone Rossetti
(chant, flûte)
Ettore Salati
(guitares)
Marco Schembri
(basse)
Gabriele Manzini
(claviers)
Roberto Leoni
(batterie)
THE WATCH
"Vacuum"
Italie - 2004
Lizard - 47:59
Avant-propos
La musique progressive est essentiellement faite par des passionnés. Les Italiens de The Watch n'échappent pas à une règle qui semble avoir été créée pour eux. Depuis quelques années, ils tentent de répondre à une question qui les hantent : comment faire au moins aussi bien que le meilleur de Genesis en utilisant la technologie et l'énergie d'aujourd'hui ? Au risque de tendre des bâtons pour se faire rosser. Pour tout dire, à côté de The Watch, le Marillion de Fish c'est AC/DC. Comment messieurs ? Que dites vous ? Vous le faites avec une passion sincère et désintéressée ? J'en suis convaincu mais de quoi parles t-on ? On est au XXIe siècle, oui ou non ? Soyez prudents en avançant ces valeurs désuètes qui déclenchent l'hilarité générale, au mieux la nostalgie honteuse. Et puis à ce stade, les plus méchants vont parler d'aveuglement, de dévotion morbide. Ils vont ricaner en prétendant que vous regrettez votre jeunesse. Psychologie de comptoir. Vous risquez d'avoir du mal à avancer à force de piétiner sur le marbre de la pierre tombale. OK, on a compris, vous aimez sincèrement/passionnément le Genesis «early seventies», mais ce n'est pas une raison pour piller à ce point le tombeau. Même moi, j'hésite à vous soutenir. J'ai pris trop de coups ces derniers temps. Maintenant j'ai peur de me faire trouer la paillasse. J'ai une famille à nourrir. Je ne me sens pas l'âme d'un martyr. Déjà que la dernière fois, pour votre album Ghost, je m'étais payé le culot de vous mettre en tête de ma «playlist annuelle» sous les regards attristés de certains. Je ne peux quand même pas refaire le coup cette année ! Notez, c'est pas l'envie qui m'en manque. D'autant plus qu'avec Vacuum, vous avez peut être poussé le bouchon un peu moins loin.
Vous dites ? Que vous avez surtout respecté l'esprit ? Manquait plus que ça ! Et maintenant, que comptez-vous faire ? Faire tourner les tables de la maison de Peter Gabriel, peut être ? Rendez-vous à l'évidence, cette période est difficile à défendre par les temps qui courrent. Avec deux ou trois groupes particulièrement en disgrâce dans la grande presse rock bien pensante. Personnellement, je comprends que cela soit toujours les mêmes époques qui reviennent au premier plan dans le cœur des gens. «Golden seventies», une telle magie, des moments incroyables, cristallisant toute l'inventivité musicale du monde moderne. Alors n'ayez crainte, ça reviendra. Mais aujourd'hui, dans les tablettes de l'historiquement correct, les «seventies» musicales s'arrêtent à 72 avec le Glam Rock et reprennent en 76 avec l'avènement du Punk. Et du côté des ancêtres Progressifs, vaut mieux prétendre se brûler à la flamme de VDGG ou de King Crimson, voire celle multicolore du «Floyd Rosd post Barettien» plutôt que d'aller crier sur tous les toits que la grâce musicale s'est envolée de cette pauvre planète le jour où le Gab a quitté Genesis. Certes, le Genesis de Peter Gabriel ne connaît pas (encore) l'anathème lancé contre celui de Phil Collins (en partie justifié par les errements de la fin des 80's ?), mais si vous visez le succès et la reconnaissance galactique, je peux vous prédire que vous n'êtes pas prêt de remplir les stades de foot (sauf si vous jouez comme Zidane). Comment ça, vous vous foutez de l'opinion de tous les marchants du temple, les foireux d'une certaine presse, les mous du bulbe, étroit d'esprit s'ils en avaient un ?!...
C'est vrai qu'au moins vous n'hésitez pas à choisir un style, et on ne s'amusera pas à vous taxer d'opportunisme. Mais un peu plus de discrétion sur vos idoles pourrait mieux vous servir. On peut donc dire que l'influence de Genesis est bel et bien envahissante, même si, d'après moi, c'est une invasion fertile, l'invasion des légions romaines vers les brumes celtes, un prog grave et hautement émotif, un mélange d'influence anglo-italienne que je souhaite à beaucoup de jeunes groupes prog, particulièrement bloqués sur les nouveaux stéréotypes américains.
Vacuum
Dès «Damage Mode», vous annoncez la couleur, noire pastel : après un départ en trombe, voici le fameux coup de patin dit «break au solo de flûte» soutenu par de graciles arpèges de guitare. Archétype reposant, entendu 100 fois entre 1970 et 1975. Suivi d'une heureuse reprise en mur de mellotron. Une des différences notables avec le précédent album se situe au niveau des guitares. Changement de guitariste mais même inspiration du côté des envolées de saint Hackett le jeune. Version demi-teinte, aigre-douce. Tout en puissance et jouissance retenue.
Le final de «Wonderland» n'aurait-il pas celui de «The Lamia» (The Lamb... - 1974) en ligne de mire ? L'ombre de l'agneau sacrifié que l'on retrouve un peu partout, en particuliers dans la noirceur de «Godness». OK, je vous le concède, votre Ghost de 2001, c'était la complète révérence au Genesis 72-73. On gagne donc au moins un an. La belle affaire, l'évolution foudroyante. Promettez-moi au moins une chose, si vous avez l'intention pour votre prochain disque d'attaquer le dyptique Trick Of The Tail / Wind And Wuthering, n'allez pas plus loin; après ça, il n'y a plus grand chose devant quoi se prosterner.
Je sais, je sais, vous n'avez de leçon de recevoir de personne et rien ne vous empêche de nous offrir une telle démonstration de force du côté des compositions et de la mise en son (presque pas de moment creux). Bien sur, je vous l'accorde, votre musique n'a rien d'ennuyeuse, elle déménage sans soulever de nauséabonds nuages de poussières. Le sublime «Shining Bald Heads» entre puissance morbide et légèreté d'humour pince sans rire, mais le cœur toujours pret à exploser, peut même être qualifié de réussite exemplaire. Et on peut noter de-ci de-là quelques velléités à vous démarquer du prestigieux héritage (aucun titre en particuliers mais une tendance au durcissement qui en donne le sentiment).
De plus, votre talent, votre force de conviction et votre allégeance envers vos précieux aînés forcent le respect d'un fan de la première heure comme moi. Votre capacité à faire renaître cette magie, avec peut-être un peu moins de grâce mélodique, mais en bénéficiant des moyens d'aujourd'hui, cela m'impressionne fortement. Mais vous savez à quel point je suis impressionnable.
Soyons précis, le seul morceau qui pourrait constituer un véritable pont entre deux époques, c'est le percutant «Goddess», où vous enfoncez le clou mais en nous tapant méchamment sur la tête, un peu à la manière du dernier IQ. Au total, Vacuum (je promets d'envoyer une bastos au premier abruti qui ose s'amuser à faire un mauvais jeux de mots au sujet de ce titre) n'est pas d'une originalité extraordinaire mais d'un raffinement constant. Le grand style est là, sans mièvrerie, avec fougue, le feu intérieur, l'incandescence, pas d'histoire de vertes prairies et de petits lutins mais ici des monstres courant sous la lune, échappés d'expérience de savants fous. Tout cela me suffit largement pour voyager, dans l'espace et le temps où votre musique continue à me brûler comme une caresse : à peine a t'elle touché son objet, qu'elle en précipite déjà la perte. Ah, j'entends déjà les ricaneurs qui arrivent. Il ne me reste peut être pas beaucoup de temps. Pas une minute à perdre. Je replonge dans votre «Vide» attirant.
Alain SUCCA
Regard sur... The WATCH :
(par John 'Bo Bo' Bollenberg)
Il y a une différence énorme entre Simone Rossetti sur scène et en coulisses. Bien sûr il y a le maquillage, mais surtout Simone apparaît comme une personne plutôt posée dans sa loge alors qu'il devient un leader très décidé sur scène. Sous les lumières des projecteurs, notre ami Italien se transforme en véritable acteur, forçant le trait des personnages qu'il incarne tandis que sa voix le ferait passer pour le frère jumeau de Peter Gabriel. Alors que de nombreuses formations comme The Musical Box ou Regenesis tentent de faire revivre l'âge d'or de Genesis, The Watch propose des compositions originales qui ressemblent à des joyaux inédits issus des albums Foxtrot, Trespass et Nursery Crime. Avec leur nouvel album enfin prêt, Vacuum, il est temps pour le monde de découvrir la force du Genesis du 21ème siècle : The Watch !

«Parfois les gens me demandent si je dois forcer ma voix pour qu'elle ressemble à celle de Peter Gabriel, mais en toute honnêteté, je peux vous assurer que c'est pour moi la façon la plus naturelle de chanter. Ce que vous entendez est ce que je ressens en moi, et le meilleur moyen d'exprimer mes émotions. Je vis pour la musique et The Watch prend une très grande place dans ma vie. Le fait que ma voix soit si proche de celle d'un Peter Gabriel jeune est un agréable bonus. Tout le monde dans le groupe aime Genesis alors bien sur nous cherchons à recréer ce genre d'atmosphère si possible, mais très peu de gens pensent que cela nous vient de manière naturelle. Nous ne nous forçons en aucune manière pour ressembler à Genesis. La façon que nous avons de composer et d'arranger nos morceaux a un côté très années soixante-dix qui nous rapproche à jamais du Genesis de cette époque. Nous sommes tous très fiers de cela. Même lorsque nous avons commencé sous le nom de The Night Watch, nous n'avons jamais cherché des musiciens capables de jouer comme les membres de Genesis. Chaque musicien qui a joué avec moi a toujours apporté son style personnel, son propre ressenti. Voilà pourquoi il est si difficile de trouver des musiciens susceptibles d'être sur la même longueur d'onde. Je suis fier de dire que nous avons finalement trouvé le parfait équilibre dans le groupe, qui nous permet à chacun d'apporter nos idées tout en préservant la ligne directrice que nous nous sommes fixés et qui aboutit à faire la musique originale de The Watch. Notre principal souci est de produire de bonnes compositions. Lorsque nous incluons 'Get'em out by friday' dans notre répertoire pour rendre hommage à nos héros, la chanson n'est pas simplement et juste une reprise de Genesis. Elle se fond si bien à nos propres compositions que cela nous conforte dans nos convictions. Souvent, en utilisant par exemple le synthé adapté, il n'est guère difficile de recréer une atmosphère qui rappelle des souvenirs à celui qui écoute. Mais au-delà de ça, quand les gens nous voient sur scène, ils comprennent que ce que nous faisons n'est pas truqué et que tout vient du cœur. Je chante avec passion et les autres membres jouent eux aussi avec leur cœur.»
Le premier album, Twilight, sorti en 1997 était publié sous le nom de The Night Watch. Quatre ans plus tard Ghost sortait sous l'appellation The Watch. Pourquoi ce changement de nom ? «Disons pour des raisons contractuelles. Un ancien membre du groupe initial réclamait le nom d'origine alors il est devenu impossible de continuer à s'appeler The Night Watch. Si on l'avait fait, il aurait fallu se battre en justice et comme je l'ai déjà dit, nous jouons avant tout par amour de la musique. Nous n'avons pas souhaité négocier. Donc même si cela impliquait de devoir repartir quasiment à zéro, nous avons opté pour un changement de nom et donc The Watch réalise en réalité son troisième album avec Vacuum. Nous considérons Twilight comme un projet initial représentant nos humbles débuts. Nous avons clôt ce chapitre et nous sommes réapparus comme The Watch, prêts à entamer la seconde phase de notre carrière si vous voulez. Il n'y a aucune chance pour que nous rééditions Twilight sous le nom de The Watch. Et les trois morceaux que nous avions enregistré pour un CD promo en 1999 toujours sous ce nom ('New heroes', 'Fading' and 'When death caught me in the sleep') ne seront jamais réédités, même comme morceaux bonus. Le groupe a mûri pendant toutes ces années, et nous savons que nous avons de bien meilleures choses à offrir à l'avenir. Nous regardons de l'avant! Si on compare Vacuum avec Ghost, il est clair que le son est plus mature sur ces deux albums mais on a vraiment travaillé plus dur que jamais sur le dernier. Les deux albums ont été enregistrés dans le même studio mais cette fois, on a passé pas moins d'une année entière pour Vacuum. Le Studiolab est un studio d'enregistrement fantastique qui travaille beaucoup avec des artistes très connus en Italie, alors on essayait de se glisser dans les moments libres pour The Watch. Pour la promotion du nouvel album, nous avons l'intention d'ajouter des éléments visuels à nos prestations scéniques, et nous allons investir dans de nouveaux équipements, notamment un vrai Mellotron. Et comme nous envisageons d'enregistrer un DVD, nous prêterons vraiment beaucoup d'attention à tout cet aspect visuel. Donc petit à petit, le rêve que nous avions chacun au fond de nous se rapproche de plus en plus de la réalité. La réalisation du DVD se fera probablement au cours d'un concert spécial dans un théâtre de Milan. Comme Simone Stucchi (producteur du groupe, ndt) dirige une compagnie théâtrale à Milan, cela nous facilite grandement les choses.»
Le guitariste Ettore Salati et toi-même avez une éducation classique. Dans quelle mesure dirais-tu que ce bagage classique participe à l'élaboration de la musique de The Watch ? «Lorsque tu as des connaissances en musique classique, cela te donne des trucs pour mieux aborder tout ce qui touche aux harmonies. Les gens qui sont dans la musique classique sont plutôt ouverts lorsqu'il s'agit d'aborder la musique. Nous aimons beaucoup la musique classique et nous essayons d'obtenir un impact similaire en studio. Nous cherchons les meilleures options lorsqu'il s'agit d'ajouter ou d'enlever tel ou tel instrument. Parfois le résultat est meilleur avec moins de choses, ce qui permet d'arriver à plus de profondeur dans la musique. Lorsque vous écoutez un album de The Watch dans votre voiture, parfois il faut augmenter le volume, et à d'autres moments le baisser. C'est exactement le genre de contrastes que nous recherchons, et je comprends qu'on puisse comparer cette impression avec certains aspects chers à la musique classique. Le mode «piano» et le mode «forte» sont très importants pour nous ! En fait, nous avons beaucoup de chance car Sergio Taglioni qui joue des claviers sur Vacuum enseigne dans une prestigieuse école de musique classique qui forme des chefs d'orchestre. On nous a proposé d'enregistrer un morceau (qui n'est pas sur l'album) avec un orchestre. C'est une nouvelle chanson de quatre minutes que nous enregistrerons très certainement vers l'été 2005. Ce sera aussi filmé, mais nous ne savons pas encore ce que nous allons en faire. Nous allons également enregistrer une vidéo pour «Out of the land», le cinquième morceau de Vacuum. Cette chanson est très inspirée par l'atmosphère montagnarde qui nous entoure, puisque nous vivons près des Alpes. Il y a quelques émissions de télévision en Italie (comme Rock TV) qui parlent de temps en temps de rock progressif, alors on peut espérer qu'ils passeront notre clip. Lorsque je monte sur scène, je deviens un acteur. Un acteur a besoin de varier ses expressions, de vivre des situations et des atmosphères différentes. Au cours d'un de nos morceaux, je porte cette perruque blonde qui me fait ressembler à Mozart. Alors je joue le rôle d'un chef d'orchestre. Cette chanson évoque les similitudes qui existent entre les gens sans-abris et les aristocrates.»
Ceux qui ont déjà vu The Watch en concert ont vu un spectacle splendide, ne serait-il pas temps d'aller jouer en Amérique ? «Très souvent nos fans américains nous demandent quand nous allons venir. Il y a quelques années nous avons joué au Baja Prog à la frontière mexicaine, et notre manager est actuellement en train d'essayer de nous faire jouer aux Etats-Unis. Le problème est que ce pays est très vaste. Alors si nous allons a Los Angeles, les New-Yorkais seront mécontents, et vice versa. Mais bien évidemment, ce qui compte beaucoup est le coût d'un tel déplacement, alors il faudrait qu'on ait plusieurs concerts pour amortir financièrement le voyage. The Watch est très motivé pour aller là-bas, alors on espère vraiment réussir très prochainement. Il y a aussi de grandes chances pour que Vacuum soit édité au format vinyl. Le label italien Black Widow s'est déclaré intéressé pour réaliser un tirage limité, et comme il y a apparemment beaucoup d'amateurs de vinyls aux Etats-Unis, c'est aussi quelque chose à surveiller de près. La principale raison qui a retardé la sortie du CD de Vacuum est due à un problème de pochette. Comme nous souhaitions sortir l'album sous forme d'un digipack, cela prenait plus de temps à réaliser et il s'est avéré que la pochette initialement prévue n'allait plus, alors il a fallu passer encore du temps pour trouver ce qui convenait le mieux.»
The Watch constituant une part importante de sa vie, où trouver les influences de Simone Rossetti ? «En ce qui concerne le jeu d'acteurs, c'est Alberto Sordi. Né à Rome, ce grand acteur italien est mort en 2003, et il a travaillé entre autre avec Federico Fellini dans Les Vitelloni. Bien sur Genesis est et demeurera une énorme influence dans ma vie. Je n'oublie pas non plus les Beatles qui sont tout simplement les meilleurs. J'aime également beaucoup David Bowie, notamment en ce qui concerne son travail scénique, qui est selon moi bien plus théâtral que Genesis. Croyez-moi ou non mais je serai plus qu'heureux de rencontrer Simon Le Bon (Duran Duran) et de discuter avec lui car sa voix a quelque chose de très particulier. Si je gagnais à la loterie, je dépenserais une petite partie de mon argent pour obtenir les services de Roger Hodgson, mais je resterais fidèle aux autres membres de The Watch et je consacrerais le reste de cet argent à un grand spectacle. Et tout cela parce que la meilleure chose est de regarder The Watch !»
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)

