
PISTES :
1. For External Use (3:05)
2. For External Use Only (2:54)
3. Lone Striker (3:40)
4. Versus (5:23)
5. Fire Alarm (3:18)
6. Grieved (5:02)
7. Rosebud (5:09)
8. Slay Them All (4:06)
9. John's Wood (5:47)
10. Hawks Over A Panzer Division (5:13)
11. Pull Apart The Meat (5:26)
12. Freaks (3:04)
FORMATION :
Julien Allanic
(basse, chœurs)
Éric Martin
(guitares électriques, acoustique, solo, mandoline, chœurs)
Cyrille Méchin
(saxophone alto, flûte)
Etienne Gaillochet
(batterie, vibraphone, chant, chœurs)
Julien Divisia
(guitares électriques, acoustique, boucles, chœurs)
François Wong
(saxophones soprano et ténor)
INVITÉS :
Airelle Besson
(bugle [6,8])
Christophe Heyman
(trombone [6,8,10,12])
Anaël Martin
(accordéon [7])
Bilal Khan
(sitar [9))
Goulab Ja Moun
(fanfare)
Thibaut Allanic
(orgue)
WE INSIST!
"Inner Pond"
France - 2002
Le Triton prod. - 43:01
Les retards successifs intervenus dans la publication de notre article de présentation de We Insist!, finalement proposé dans le dernier Big Bang, nous amènent - fait rarissime - à parler dans deux numéros consécutifs de la formation parisienne qui, contrairement à nous, aura su tenir ses délais. Inner Pond, son second album, a donc vu le jour comme prévu en ce début d'année 2002.
En fait, il n'est aucunement malvenu de pouvoir ainsi enfoncer le clou, car la réputation d'un groupe ne peut s'établir qu'ainsi, par "vagues" successives d'information et d'enthousiasme. Puisse Big Bang contribuer ainsi à imposer naturellement We Insist! dans le paysage progressif français, et ce faisant à ajouter des nuances inédites à sa déjà large palette de couleurs musicales...
Si nous avions salué les qualités du premier album du groupe, I Witness, et relativisé l'autocritique des musiciens à son sujet, force est de constater que l'on comprend mieux leur point de vue à l'écoute d'Inner Pond. Le travail sur la production, quasi inexistant il est vrai sur son prédécesseur (une captation sans fioritures des instruments, une mise en son 'naturaliste') est ici au centre de notre expérience auditive. L'écoute au casque est par conséquent fortement recommandée pour en savourer toutes les subtilités.
Pour ce qui est de la musique elle-même, il est réjouissant de constater que We Insist! continue à s'éloigner des sentiers battus, essayant en permanence de dynamiter les conventions, que ce soit au niveau de l'écriture elle-même, des arrangements ou des structures des morceaux. De ce point de vue, si l'on regrette dans un premier temps de ne trouver que deux instrumentaux ("Versus" et "Hawks Over A Panzer Division", précédemment connus en tant que "200 L'Amour" et "Fatzer"), il n'y a pas lieu d'être déçu dans la mesure où ces statistiques ne traduisent aucunement une plus grande soumission de sa musique à sa dimension vocale et son corollaire habituel, le recours à un format 'chanson' trop souvent castrateur.
En fait, comme Etienne Gaillochet l'explique dans l'entretien qui suit, We Insist! s'est attaché à rendre plus floue, au sein de son répertoire, la frontière entre morceaux chantés et instrumentaux, en essayant de marier plus harmonieusement ces deux dimensions potentiellement antagonistes. Ce parti-pris est clairement illustré par la mise en son de la voix sur l'album : celle-ci, souvent transformée par des effets, voire noyée volontairement dans la masse sonore, se veut un intervenant à part égale avec les autres instruments, à quelques rares exceptions près ("Grieved" par exemple). Cela vaut du reste pour tout le monde : la guitare, par exemple, se montre très avare en 'solos' au sens conventionnel du terme ("John's Wood" étant l'exception qui confirme la règle).
Ces choix contribuent à conférer à l'album dans son ensemble une homogénéité qui, comme pour le groupe lui-même, rend difficilement dissociables ses composantes. Inner Pond se vit ainsi comme un voyage auditif qu'il n'est guère envisageable d'expérimenter autrement qu'en intégralité, dans l'ordre voulu et pensé par We Insist! Une approche uniquement rendue crédible par le soin apporté à cet album tant dans la sélection des morceaux (le groupe a pioché dans un stock plus important avec le but d'obtenir un ensemble aussi cohérent que possible) que dans la manière dont la production parvient à renouveler constamment l'intérêt de l'auditeur.
Deux adjectifs peuvent décrire cette mise en son : spectaculaire et multicolore. La variété de timbres semble infinie, démultipliée aussi bien par l'utilisation de traitements sonores, métamorphosant littéralement certains sons, et du potentiel 'panoramique' de la stéréo, que par l'effectif instrumental proprement dit, interne au groupe (parties de vibraphone, jouées par Etienne Gaillochet, présence remarquée et inédite de la guitare acoustique) autant qu'externe (trompette et trombone viennent parfois seconder les saxophones pour constituer une véritable 'section' de cuivres). Cette richesse sonore est exploitée sur le mode du contraste, entre sons acoustiques et électriques, naturels et traités, etc., avec un sens du détail qui en dit long sur l'intensité du travail de post-production.
Pour le reste, les qualités déjà connues de We Insist! sont évidemment, et plus que jamais, présentes. Il n'est certainement pas inutile de les rappeler, à commencer par une ferveur, une cohésion et une singularité de style qui en font, même si l'on ne souscrit pas totalement à ses choix musicaux, l'une des formations actuelles les plus enthousiasmantes à voir évoluer sur scène. La sophistication des compositions et l'énergie qu'elles réclament de chacun des musiciens poussent ceux-ci à se dépasser constamment, individuellement et collectivement.
Sur disque, ces qualités s'expriment d'une manière légèrement différente, moins du côté de l'impact purement physique, et davantage dans la nuance. Des accalmies régulières apportent des respirations bienvenues ("Slay Them All", calme avant la tempête nourri d'une tension sourde contenue jusqu'au bout; les débuts de "Grieved" ou "Pull Apart The Meat"). Et des compositions à tiroirs, aux innombrables ruptures thématiques, font plus que flirter avec une optique progressive : le suscité instrumental "Versus", passionnant voyage à rebondissements, ou encore "Rosebud" qui, saxophones mis à part, n'est pas sans évoquer les Suédois d'Anekdoten, font partie des titres à mettre en exergue de ce point de vue.
La conclusion de cette chronique était à l'origine d'une logique imparable. Elle consistait à vous inviter à vous rendre compte par vous-mêmes du talent de We Insist! à l'occasion des trois concerts organisés au Triton les 7, 8 et 9 mars pour célébrer la sortie d'Inner Pond. Hélas, la parution de ce Big Bang ayant dû être repoussée (décidément !!...), ceux-ci auront déjà eu lieu lorsque vous lirez ces lignes. Heureusement, à quelque chose malheur est bon, et en faisant l'acquisition d'Inner Pond comme je vous y encourage vivement, vous aurez droit à bien plus qu'une séance de rattrapage. En attendant les concerts à venir, à Paris et, on l'espère, ailleurs...
Aymeric LEROY
Entretien avec Etienne GAILLOCHET :
Ce qui frappe immédiatement, à l'écoute de ce second album, c'est la richesse et la subtilité de la production, autant dans l'utilisation d'instruments non présents dans vos concerts (guitare acoustique, vibraphone, cuivres supplémentaires) que dans le traitement des sons eux-mêmes, loin d'une approche plus "réaliste" par rapport à votre son 'live'. Avez-vous essayé consciemment d'inventer une "version studio" de We Insist!, qui existe par elle-même ?
Curieusement, la volonté de garder un son 'live' et brut ne nous a pas quittés. Les prises de base sont 'live', c'est-à-dire guitares-basse-batterie; les saxophones également, lorsque c'était techniquement possible. Nous avons joué dans l'énergie et avec le niveau sonore qui nous convenait, c'est à dire fort, pour coller à l'esprit du live, échapper à la froideur du travail clinique de studio. L'énorme travail de 're-re' et de mixage avait été planifié après, les parties d'instruments additionnels étaient écrites, et nous avions effectivement l'intention de tirer parti des possibilités qui nous étaient offertes, des artifices du studio. Ceci dit les guitares acoustiques ont été utilisées sur scène il y a quelques temps, et le seront à nouveau. Cependant, aucune des compositions n'a été modifiée, et j'espère qu'à l'écoute d'Inner Pond, l'auditeur restera convaincu que We Insist! est un groupe, un groupe de scène. Nous avons consciemment, et ensemble, construit cet album, non pas comme une photographie des morceaux tels qu'ils existent sur scène, mais avec une approche plus posée, travaillée. Nous avons pris notre temps...
Vous avez enregistré cet album au Triton, salle de concerts et studio tenu par les frères Vivante, ex-membres du groupe Vortex. Comment se sont déroulé les séances, et quel rôle ceux-ci ont-ils joué dans la manière dont l'album "sonne" au final ?
Les frères Vivante nous ont donné les moyens de travailler. Ils n'ont dans aucun sens influé sur notre musique, ni sur le son. Ils ne manquaient par ailleurs pas de curiosité. Nous avons certes tiré un peu sur la corde, mais le temps dont nous disposions s'est allongé à mesure que qu'ils nous voyaient travailler... Nous nous sommes 'enracinés', et une fois le travail fini, à la découverte du mixage final, personne n'a eu à avaler de couleuvres ! Je crois pouvoir dire que les frères Vivante aiment encore davantage notre musique aujourd'hui. Jamais personne ne nous avait soutenus comme ils le font.
Quelle a été votre "philosophie" quant au chant ? La plupart du temps, on a l'impression qu'il est envisagé comme un instrument parmi l'ensemble, pas particulièrement mis en avant, parfois rendu moins clair par des effets. Les exceptions, comme "Grieved" pour citer un exemple, correspondent-elles aux morceaux dont les textes vous semblent les plus importants ?
Non, "Grieved" est justement un exception. Certains morceaux dits 'chantés' ne le sont que par petites touches, l'essentiel restant instrumental. Effectivement, la place du chant n'est pas prépondérante par rapport à celle des autres instruments. Lorsque la voix est rendue moins claire, c'est pour des raisons musicales, de goût et de son, qui n'ont rien à voir avec l'importance du texte, qui est travaillé même si parfois nous l'avons rendu quasi inintelligible (dans "Fire Alarm" par exemple). Les textes n'ont pas à être plus mis en valeur que la musique; ils ne sont pas reproduits sur la pochette, ils sont travaillés à cette image.
Votre approche des arrangements semble volontairement non-orthodoxe. Essayez-vous volontairement de brouiller les pistes par rapport aux repères traditionnels, structure couplet/refrain d'une part (côté rock), mise en scène des solos d'autre part (côté jazz) ?... Le solo de guitare sur "John's Wood" surprend car c'est l'un des rares sur le CD à correspondre à l'idée qu'on se fait généralement d'un solo. Le reste du temps, vous semblez plutôt vouloir donner l'idée d'un collectif très soudé, ne souhaitant pas mettre en valeur ses individualités de façon trop évidente. Est-ce conscient ?
Oui, c'est tout à fait conscient, et cela rejoint la relative non prépondérance du chant en tant que lead. Il y a chez nous une volonté de rupture avec des modèles que ne voulons pas reproduire, ceux que vous venez d'énoncer. Il en est de même de la rupture dans notre manière de composer. Nous laissons peu de répit à l'auditeur. Nous voulons faire corps et que We Insist! soit présenté comme un groupe, un alliage. C'est d'ailleurs coller à la réalité.
Il n'y a que deux compositions véritablement instrumentales sur ce CD, donc moins en proportion que sur le premier. En composez-vous de moins en moins, et y a-t-il une raison particulière à cela ?
J'ai d'une certaine manière déjà répondu à cette question... Cet album est plus travaillé, plus abouti que le précédent. En deux ans, notre musique a évolué, et naturellement nous avons mieux intégré les voix, sans donner l'image d'une musique chantée à proprement parler.
Sachant que vous n'êtes pas une formation purement classifiée dans le "progressif", comment concevez-vous la promotion de cet album ? Quels autres "relais presse" ciblez-vous ? Êtes-vous satisfaits pour le moment de leur(s) réaction(s) ? Et du côté des concerts, avez-vous des projets particuliers hormis les concerts au Triton début mars ? Des plans en province par exemple ?
L'indépendance stylistique que nous défendons nous a conduit, plutôt que de créer une case, à nous inclure le plus largement possible dans la famille "rock". L'autre classification viendra des autres. Elle peut aussi varier. Nous sommes parfois surpris par elle, mais jamais opposés à ce que l'on nous trouve des filiations. Nous avons ciblé aussi bien la presse spécialisée que généraliste, sans oublier les journaux à grand tirage et les radios. La sortie proprement dite est prévue le 4 mars, et pour l'instant à commencer par notre distributeur Muséa, les réactions sont très enthousiastes et enthousiasmantes. Nous sommes concentrés sur la sortie de l'album pour l'instant, et dans ce cadre quelques autres concerts dans de bonnes salles à Paris sont à confirmer (La Maroquinerie, Le Glaz'art...). Nous préparons une tournée en Belgique, et allons bien sûr jouer en province dans la foulée...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°43 - Mars 2002)

