BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Anamnesis (9:11)
2. Paper Moon (6:44)
3. The Crucible (7:32)
4. The Last Rose Of Summer (3:23)
5. Gnostalgia (10:18)
6. The Reach (10:59)

FORMATION :

Brynjar Dambo

(claviers, glockenspiel)

Aage Moltke Schou

(batterie, percussions, glockenspiel)

Sylvia Erichsen

(chant)

Johannes Sæbøe

(basse)

Jacob Holm-Lupo

(guitares électriques et acoustiques, chant, claviers, basse)

Ketil Vestrum Einarsen

(flûtes, melodica, claviers)

INVITÉS

Simen Haugberg
(hautbois)

Øystein Vesaas
(chant)

WHITE WILLOW

"Sacrament"

Norvège - 2000

Laser's Edge - 48:09

 

 

Si White Willow n'a pas les honneurs de la couverture de ce numéro (BB n°36), n'y voyez surtout pas une indication de la valeur de son troisième album. Le groupe norvégien aurait, tout autant que les Américains deGlass Hammer , mérité un tel honneur, et s'il n'en a pas été gratifié, c'est uniquement parce qu'il fallait choisir... En effet, disons-le d'emblée et franchement : Sacrament est une vraie perle, que seules des considérations d'ordre technique nous ont empêché de mettre davantage en valeur au sommaire de ce Big Bang... Puisse donc la chronique qui va suivre vous convaincre, s'il en est encore besoin, de ne plus considérer ce groupe avec un regard légèrement complaisant...

White Willow fait partie de l'école progressive Scandinave, mais y occupe somme toute une place un peu marginale. Bien moins inspiré par King Crimson que ses congénères (Sinkadus, Anekdoten ou Änglagård), le groupe de Jacob Holm-Lupo (son leader) se situe aux confluents de plusieurs voies stylistiques qu'il avait jusqu'alors explorées avec talent mais de façon un peu désordonnée... Sacrement se propose aujourd'hui de réunir toutes les potentialités de son auteur, histoire de bien traduire l'arrivée à maturité de ce dernier.

Dans son style si personnel, tout à la fois mélancolique (ténébreux et lumineux) et explosif, White Willow est constamment sur la corde raide, et l'équilibre est non seulement dur à trouver mais surtout difficile à conserver... Mariant le progressif et le gothique, dans un contexte constamment symphonique (rassurez-vous !), ce nouvel album démontre les liens plus que tangibles qui existent entre les deux mouvements. White Willow pourrait ainsi être considéré comme le pendant progressif de The Gathering, formation néerlandaise qui fait aujourd'hui les beaux jours du gothique atmosphérique. Et le chant de Sylvia Erichsen, qui évoque souvent celui de Anneke van Giersbergen, n'est pas le seul point commun... Néanmoins, Sacrement possède bel et bien les vertus premières de notre courant musical, et s'attache d'ailleurs à nous le montrer constamment. Le mellotron, par exemple, mais également l'orgue Hammond ou la flûte, tissent de délicates toiles dans lesquelles viendront à coup sûr et sans résistance s'empêtrer tous les mélomanes progressifs.

Mais en quoi ce nouvel album fait-il preuve de davantage de maturité par rapport à ses devanciers ? Incontestablement, cette évolution se traduit en priorité par une variété instrumentale élargie, qui se caractérise d'entrée par un plus grand équilibre entre séquences acoustiques et électriques. Si les premières se manifestent souvent par des parties lors desquelles guitare et flûte diaphanes ainsi qu'un chant féminin gracieux forment une délicate sarabande, les secondes sont réellement celles qui nous renvoient aux plus grandes heures de notre courant. Non pas dans la forme, mais réellement dans l'esprit de ces joutes instrumentales sans merci où rien ne semble interdit, et surtout impossible. White Willow n'est pour autant aucunement une formation passéiste (entendons-nous bien, ce terme n'est nullement péjoratif dans notre bouche, seul le talent importe vraiment...), et les touches légèrement 'heavy' qui viennent ponctuer parfois sa musique prouvent bien le melting-pot auquel l'auditeur est confronté.

Vous le voyez, il est quasiment impossible de réduire Sacrement a quoi que ce soit de précis. Mais c'est justement dans cette imprécision stylistique que White Willow puise sa force, et nous assène de grands coups, là où nos a-priori nous font parfois mal... Quoi qu'il en soit, soyez assurés de découvrir une œuvre aboutie, dont les arcanes ne vous seront révélées qu'au fil d'écoutes multiples. Superbe !

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°36 - Août 2000)