BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Leaving The House Of Thanatos (8:06)
2. The Book Of Love (4:56)
3. Soteriology (5:05)
4. Helen And Simon Magus (9:16)
5. Thirteen Days (2:50)
6. A Strange Procession... (4:07)
7. A Dance Of Shadows (13:52)

FORMATION :

Jacob Holm-Lupo

(guitares électrique et acoustique, orgue)

Jan Tarig Rahman

(piano, mellotron, orgue, synthétisurs, theremin, chant)

Sylvia Erichsen

(chant)

Frode Lia

(basse)

Mattias Olsson

(batterie, percussions)

Teresa Aslanian

(récitations)

Asa Eklund

(chant)

Audun Kjus

(flûte)

WHITE WILLOW

"Ex Tenebris"

Norvège - 1998

Laser's Edge - 48:15

 

 

Plus un album se fait attendre, plus il devient l'objet de toutes les spéculations possibles et imaginables. Dans le cas de White Willow, ce fut particulièrement vrai, sans doute parce que de par la diversité des styles qu'il visitait, Ignis Fatuus, premier album du groupe norvégien sorti il y a près de trois ans, rendait vraisemblables à peu près toutes les hypothèses. Finalement, quoi que l'on attende d'Ex Tenebris, on risque fort d'être surpris !

Les premières écoutes mettent surtout en évidence les défauts de l'œuvre : l'absence de séquences instrumentales vraiment spectaculaires, une joliesse qui n'échappe pas toujours à la mièvrerie, une variété instrumentale sensiblement réduite par rapport à Ignis Fatuus, le chant un peu forcé de Jan Tariq Rahman contrastant avec la grâce de sa collègue Sylvia Erichsen (drôle d'idée que d'avoir placé en ouverture de l'album un titre aussi atypique que «Leaving The House Of Thanatos» - idée manifestement imposée au groupe par son label...), une certaine lourdeur dans le jeu de Mattias Olsson... On le voit, les faiblesses, perçues ou réelles, ne manquent pas. White Willow n'en a que plus de mérite à les contrebalancer par des qualités peut-être moins nombreuses, mais bien plus essentielles.

La séduction opérée par la musique de White Willow s'apparente à une sorte d'ensorcellement qui gagne peu à peu, et totalement à son insu, l'esprit de l'auditeur. Les mélodies et les atmosphères tout en demi-teintes nées de l'inspiration du guitariste Jacob Holm-Lupo ne distillent en effet que graduellement leur charme, et ce qui apparaît initialement comme une musique sage et sans grand relief revêt finalement une profondeur totalement insoupçonnée.

L'art de White Willow n'a pas vraiment été bouleversé dans ses fondements depuis Ignis Fatuus. Il a simplement délaissé - temporairement semble-t-il - une partie de ses outils pour recentrer son discours autour de ceux qu'il juge essentiels : l'instrumentation acoustique à base de guitare et de piano, le chant féminin, les belles mélodies, et les atmosphères tour à tour mélancoliques et ésotériques. Si l'on est en droit de regretter l'absence du violon et des instruments à vent (à l'exception de deux solos de flûte à bec tenus par Audun Kjus, ancien membre du groupe), on remarque rapidement que ce qui a été perdu d'un côté en variété timbrale a été gagné de l'autre en cohésion et en personnalité.

Il n'apparaît pas nécessaire de s'étendre sur les thèmes d'inspiration de l'album, Jacob Holm-Lupo le fait très bien dans l'entretien ci-après, sinon pour remarquer qu'il existe sur Ex Tenebris une ligne de démarcation non seulement littéraire, mais également musicale, entre les morceaux qui ont été inspirés au guitariste par l'amour qu'il voue à son épouse Teresa d'une part, et ses expériences philosophiques et spirituelles d'autre part. C'est incontestablement la seconde catégorie qui fournit les moments les plus mémorables de l'album : les atmosphères y sont plus contrastées, plus mystérieuses, tour à tour contemplatives et tendues, lumineuses et sombres. A l'inverse, des chansons comme «The Book Of Love» ou, surtout, «Thirteen Days» (et son solo de mellotron-flûte façon «Beautiful Country» d'Illusion), apparaissent excessivement unidimensionnelles et épuisent plus rapidement leurs charmes.

Trois titres, en particulier, retiendront notre attention. «Soteriology» (5:06) tout d'abord, empreint d'un recueillement quasi religieux et où se mêlent divinement chant féminin, orgue d'église, piano et mellotron, et les deux morceaux les plus longs, qui sont en quelque sorte les petits frères de «Cryptomenysis» ou «John Dee's Lament». «Helen And Simon Magus» (9:16) s'ouvre sur un très beau duo chant/piano, qui laisse rapidement la place à des joutes instrumentales plus typiquement progressives (solos de moog et de guitare, orgue Hammond ronflant...), mais perd un peu de son intensité lors du récitatif final. «A Dance Of Shadows» (13:53), enfin, est la pièce de résistance d'Ex Tenebris, celle où se conjuguent le plus harmonieusement toutes les qualités de White Willow, prouvant par là même qu'il n'y a rien de foncièrement incompatible - bien au contraire ! - entre son goût pour les belles mélodies et son aspiration à un vocabulaire musical plus varié.

Avec Ex Tenebris, White Willow peut risquer de décevoir ceux qui attendaient de lui une musique plus typiquement progressive. En fait, elle ne l'est ni plus ni moins que celle d'Ignis Fatuus. Et l'album prouve globalement la validité de ce choix : l'art du groupe norvégien puise l'essentiel de sa force dans la confrontation fructueuse des facettes a priori les plus antagonistes de sa personnalité. Le résultat défie toute tentative de catégorisation et, malgré d'épisodiques baisse d'inspiration, s'avère des plus probants. Alors, un seul conseil à ceux qui s'apprêtent à découvrir Ex Tenebris : «laissez le charme agir...».

Aymeric LEROY

Entretien avec Jacob HOLM-LUPO :

Peux-tu nous retracer la naissance du concept de Ex Tenebris, et la façon dont les événements intervenus au sein de White Willow depuis la parution de Ignis Fatuus ont modifié ou influé sur son contenu ?

La formation de White Willow qui a joué au Progfest'95 a existé un certain temps. C'était une bonne équipe, à bien des points de vue, mais la musique s'éloignait de plus en plus de mes intentions d'origine, c'est-à-dire quelque chose de romantique et mystérieux. Au lieu de cela, nous avons fini par jouer une sorte de 'progressive metal' dont je n'étais pas particulièrement content. En parallèle à cela, je travaillais sur un projet solo, déjà baptisé Ex Tenebris, que j'avais l'intention d'enregistrer avec des musiciens issus de la scène «gothique» plutôt que progressive. Mais entre-temps, la situation au sein de White Willow est devenue intenable, avec notamment un conflit très grave entre moi-même et le bassiste, au point que nous avons alors décidé de nous séparer. C'était à l'automne 1996. J'ai pu alors rétablir White Willow en accord avec mes intentions musicales, en choisissant moi-même les musiciens. J'ai également décidé d'enregistrer un album qui réunisse le meilleur des nouvelles compositions du groupe et de mon projet solo. C'est ainsi que Ex Tenebris est né, en tant qu'album de White Willow.

Ex Tenebris est une œuvre très personnelle, qui traite notamment de ton propre passage de l'adolescence à l'âge adulte. S'agit-il pour toi d'une sorte de confession à cœur ouvert, très personnelle, ou a-t-elle une portée plus universelle ?

Je crois que le véritable thème central de l'album est mon intérêt pour le gnosticisme. Le gnosticisme est une philosophie ésotérique, ou une religion si vous voulez, qui a éclos en même temps que le christianisme. Du fait de leur attitude 'dangereuse', mystique et rebelle à l'autorité, les gnostiques furent persécutés et réprimés par l'Eglise. Les gnostiques croyaient (et croient toujours) que l'homme est en quelque sorte un étranger dans ce monde, et que sa véritable identité est d'être un fragment du 'Monde de Lumière' du Pléroma (plénitude). Mais l'homme a oublié ses véritables origines, sa véritable identité, et se déplace aveuglément dans le monde sous l'influence maligne du Démiurge, une 'entité' qui a créé le monde comme une prison pour l'Homme de Lumière. Retrouver le souvenir de son identité en tant qu'être divin et parvenir à déceler les manifestations de la 'lumière cachée' dans le monde, tels sont les principaux devoirs du gnostique s'il veut un jour se racheter et réintégrer le Pléroma. Tout ceci est un peu compliqué, mais pour résumer on peut dire que le gnosticisme est le père de tous les mouvements occultes et ésotériques apparus par la suite. La tradition gnostique est particulièrement vivace en France, où le gnosticisme est réapparu au Moyen-Age chez les Cathares, et plus récemment, au XIXème siècle, avec l'émergence de l'Eglise Gnostique.

Quoi qu'il en soit, Ex Tenebris est effectivement une oeuvre très personnelle dans la mesure où elle traite de mes expériences et crises religieuses, et de la façon dont je me suis accordé avec le monde, ses beautés et ses misères. Elle est donc plus personnelle que Ignis Fatuus. On peut dire qu'en un sens, j'ai «ouvert mon cœur», mais je crois aussi que le message est universel : le gnosticisme est une philosophie d'une étonnante pertinence dans le monde moderne. Je pense aussi qu'il s'agit en fait du véritable enseignement de Jésus - même si paradoxalement le gnosticisme est également l'origine du luciférianisme - que l'Eglise met tant d'acharnement à réprimer depuis deux millénaires...

On peut diviser schématiquement l'album en deux catégories de morceaux : ceux témoignant de l'amour que tu portes à ton épouse Teresa; et ceux se référant davantage à la philosophie, la méditation, l'ésotérisme, etc. Les premiers sont simples, jolis; les seconds, plus torturés. Est-ce en quelque sorte l'illustration du contraste entre la pureté du cœur et le tourment de l'âme ?

Que puis-je dire ? Je crois que vous avez absolument raison. «The Book Of Love» est une chanson optimiste et pastorale, qui parle de la beauté de l'amour et de l'univers. «A Dance Of Shadows», au contraire, traite de l'agonie des révélations spirituelles et des sentiments de terreur et de crainte qui s'ensuivent.

Quelles que soient les atmosphères des morceaux, ils semblent toujours imprégnés d'une certaine mélancolie. Pourquoi en est-il ainsi, selon toi ?

Je suis également tout à fait d'accord. Je crois que toute chose véritablement belle recèle une part de mélancolie. La beauté d'une mélodie suscite toujours une certaine tristesse, vous fait ressentir le manque de certaines choses que vous possédiez autrefois et qui ne sont plus là. Un peu comme un joli rêve dont vous ne parvenez pas à vous rappeler. Mes chanteurs préférés possèdent tous cette qualité, comme Nick Drake, sar exemple.

L'ordre des morceaux a semble-t-il été changé par rapport à l'idée d'origine. Je pense qu'il était judicieux de placer «A Dance Of Shadows» en fin d'album, mais il me semble également que «Leaving The House Of Thanatos» est un morceau trop atypique pour l'ouvrir. Quel est ton avis sur ce point ?

Je comprends ce que vous voulez dire. Je vois très bien pourquoi «Leaving...» peut ne pas être perçu comme le morceau d'ouverture idéal. Personnellement, j'aurais préféré que «Soteriology» ouvre l'album. Mais en dernier ressort, c'est le label qui décide de l'ordre des morceaux...

Du fait des changements intervenus dans la composition de White Willow, l'instrumentation sur Ex Tenebris est sensiblement différente de celle de Ignis Fatuus. On peut regretter l'absence du violon ou des instruments à vent. Est-ce une coïncidence, ou le résultat d'une volonté de recentrer le son du groupe sur un nombre plus limité d'instruments ?

Il y a de cela, effectivement, une volonté de revenir à un son plus basique. Jusqu'ici, White Willow a toujours compté un nombre important de musiciens dans ses rangs. D'un côté, cela offre énormément de possibilités en termes de textures sonores, mais de l'autre cela affecte la cohésion d'ensemble. Je trouve que Ignis Fatuus souffrait quelque peu de ce problème. Pour Ex Tenebris j'ai donc souhaité que les morceaux parlent davantage pour eux-mêmes. Je pense que nous y sommes parvenus et que le résultat est plus direct et concis. Mais je comprends que certaines personnes puissent regretter ce choix. Je peux donc les rassurer puisque la formation avec laquelle je travaille en ce moment sur de nouvelles compositions comprend un flûtiste et une violoniste. Tirill Mohn est en effet de retour dans le groupe.

Bien que tu aies composé la quasi totalité de l'album, on ne peut pas qualifier Ex Tenebris d'album «de guitariste». Te définis-tu toujours davantage comme un compositeur que comme un instrumentiste ?

La musique de White Willow a toujours été basée sur le chant, davantage que sur les instruments. Je pense pourtant qu'il y a plus de séquences instrumentales sur Ex Tenebris que sur Ignis Fatuus. Toutefois je ne suis pas spécialement amateur de longs solos et autres choses dans ce genre, je préfère de loin une véritable interaction collective. La guitare est présente dans presque tous les morceaux comme instrument de base, mais souvent pour jouer des accords, plus rarement des solos. Il y a de toute façon très peu de véritables solos sur l'album. Les interventions dites 'solistes' sont la plupart du temps écrites plutôt qu'improvisées, et ont un rôle essentiellement mélodique. Pour ce qui est de la seconde partie de votre question, je répondrai à nouveau oui - compositeur d'abord, guitariste ensuite...

Le groupe que l'on entend sur Ex Tenebris a été réuni spécialement pour l'enregistrement. Quelle est la situation actuelle, et White Willow va-t-il redevenir un vrai groupe après s'être prêté à ce qui était davantage un projet solo ?

Je pense que White Willow demeurera à l'avenir le vecteur d'expression de ma propre musique. Jan n'est plus très actif, musicalement parlant. J'ai littéralement dû le tirer hors de son magasin d'importation de claviers pour le faire venir participer à l'enregistrement. Sa seule activité musicale en ce moment est Dodsverk, un groupe absolument pas progressif dans lequel joue également Frode Lia. Je ne crois pas qu'il refera du rock progressif à l'avenir. Donc la formation actuelle de White Willow est constituée de moi-même, Sylvia Erichsen, Tirill Mohn, ainsi que d'un nouveau flûtiste, d'un batteur qui joue également des percussions mélodiques et d'un bassiste/contrebassiste. Nous n'avons pas de claviériste stable à l'heure actuelle, mais nous en cherchons un... Nous projetons de donner à nouveau des concerts à partir de l'été prochain.

Le batteur sur Ex Tenebris n'est autre que l'ex-Änglagård Mattias Olsson. Etant donné la différence de style entre les deux groupes, fut-il difficile pour lui d'adapter son jeu ?

Je crois qu'il était très heureux de jouer à nouveau dans un style progressif. Comme vous le dites, le style de White Willow est assez différent de celui d'Änglagård : le jeu de batterie doit parfois être plus léger, plus basé sur les percussions, et parfois plus basique et énergique. Mais Mattias s'est adapté sans problème. Il a également opté pour un son plus brut et «abrasif» qu'avec Änglagård.

En ce qui concerne le chant, comment as-tu déterminé que tel ou tel titre devait être chanté par Sylvia et/ou Jan ? Et pourquoi avoir fait appel à une autre chanteuse pour «Thirteen Days» ?

«Thirteen Days» est chanté par Asa Eklund, qui est en fait la petite amie de Mattias, pour la simple raison que j'ai adoré sa voix ! Elle a enregistré cette chanson après l'avoir entendue une seule fois... Mais Sylvia demeure la véritable chanteuse du groupe, et c'est sans conteste - et de loin - la meilleure que nous ayons jamais eue. Son chant est bien plus expressif que celui d'Eldrid ou Sara. Quant à Jan, je voulais qu'il chante «The Book of Love» car sa voix est parfaite pour ce style de mélodies. «Leaving The House Of Thanatos» était écrit pour la voix de Sylvia, mais il s'est avéré trop bas pour son registre vocal, et c'est donc Jan qui l'a chanté également.

Pourquoi Jan a-t-il délaissé cette fois les instruments à vent pour se consacrer uniquement aux claviers ? Et qui a décidé du choix de ses sons et de son jeu, plus classisants que sur «Ignis Fatuus» ?

J'avais écrit des parties d'instruments à vent pour Jan, mais malheureusement il n'a pas vraiment «entretenu» son jeu sur ces instruments ces derniers temps. Nous les avons donc abandonnées. L'approche plus classisante vient du fait que ses parties ont été composées par moi et que de ce point de vue j'ai toujours été plus attiré par ce style que lui. Par ailleurs, je préfère écrire pour le piano ou l'orgue. Avant que je sache que Jan allait jouer sur l'album, j'avais l'intention de tenir ces parties moi-même. Les auditeurs de l'album ont beaucoup de chance qu'il ait finalement accepté (sourire)...

«A Dance Of Shadows» est le morceau le plus typiquement 'progressif' de l'album. Comptes-tu perpétuer cette approche à l'avenir, conjointement avec le côté plus «chansons», ou y a-t-il conflit entre les deux ?

Pas du tout, elles s'accordent au contraire très bien. J'essaie toujours de mêler une approche mélodique simple avec des séquences instrumentales plus complexes, et «A Dance...» est le résultat de cette démarche. Les passages chantés sont plutôt simples, les parties instrumentales sont plus bizarres et «difficiles». Je pense que cela reflète la part du musicien en moi, cherchant à repousser les limites du format chanson traditionnel. J'admire toujours les groupes qui parviennent à créer une musique à la fois complexe et très mélodique, et c'est un peu l'objectif que je me fixe pour l'avenir. Je compte également poursuivre mon exploration du côté folk gothique et 'apocalyptique'... Je ne sais pas vraiment s'il convient de qualifier ma musique de progressive, et en fait beaucoup de gens qui achètent les disques de White Willow ne sont pas familiers de ce style de musique. Nous recevons beaucoup de lettres de gens qui écoutent du rock gothique comme Dead Can Dance ou Death In June, ou du doom-metal ou d'autres formes étranges de musique comme cela...

Finissons en parlant du livret, dont la conception est particulièrement recherchée. Peux-tu nous expliquer le sens de l'illustration de la pochette ? Et pourquoi avoir inclus en 'sous-impression' des extraits de livres et autres recueils philosophiques ?

Je suis heureux que vous aimiez le livret. Moi aussi ! L'idée que la pochette montre une rose (en l'occurrence de couleur bleu foncé), car il s'agit d'un symbole mystique très puissant, avec ses pétales multiples s'ouvrant pour laisser apparaître un cœur sombre et mystérieux, et ses épines symbolisant tout à la fois la tentation et la peur. Les paroles de «A Dance of Shadows» disent : «j'ai vu fleurir une rose noire / dans les champs gelés du sommeil». Ce qui signifie l'espoir d'un éveil spirituel au milieu de l'ignorance et du vide. L'image qui figure sur la pochette est un montage photographique de ma femme Teresa, et l'idée des silhouettes féminines flottantes, formant un cercle évoquant l'infini autour de la rose symbole du savoir mystique, était la sienne. Le thème de la rose revient dans les autres photos de Teresa qui figurent dans le livret et la jacquette. Ses photos ont un côté mystérieux. Quant aux extraits, issus notamment d'écrits gnostiques, ils ont été choisis pour compléter et rehausser mes propres textes, qui sont plus personnels et ne traitent souvent qu'indirectement de ces sujets. J'ai pensé que c'était une idée sympa, d'autant que le mot «occulte» signifie à l'origine «caché». C'est un peu comme les messages subliminaux passés à l'envers sur les vieux albums des Beatles...

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°24 - Janvier/Février 1998)