
PISTES :
1. Chemical Sunset (7:58)
2. Sally Left (6:33)
3. Endless Science (3:37)
4. Soulburn (9:21)
5. Insomnia (5:49)
6. Storm Season (4:21)
7. Nightside Of Eden (9:44)
FORMATION :
Jacob Holm-Lupo
(guitares, claviers)
Sylvia Erichsen
(chant)
Johannes Saebøe
(guitares électriques)
Marthe Berger Walthinsen
(basses, tambourin)
Lars Fredrik Frøislie
(claviers)
Aage Moltke Schou
(batterie, percussions)
Ketil Vestrum Einarsen
(flûtes, tambourin)
Sigrun Eng
(violoncelle)
Finn Coren
(chant [4])
Teresa K. Aslanian
(voix fantomatique [2])
WHITE WILLOW
"Storm Season"
Norvège - 2004
Laser's Edge - 47:27
Il y a quatre ans déjà, la sortie de Sacrament avait définitivement consacré White Willow au rang de formation majeure du progressif moderne. Autant dire que ce quatrième opus, qui a donc pris son temps pour arriver, était attendu au tournant... Un album qui présente d'abord un effectif en partie renouvelé, l'arrivée du claviériste Lars Fredrik Froislie, par ailleurs membre du très prometteur Wobbler, représentant le changement le plus marquant comme on le verra plus loin. Le bassiste Johannes Saeboe devient quand à lui second guitariste, la quatre cordes étant désormais tenue par Marthe Berger Walthinsen, autre nouvelle recrue, tandis qu'enfin le flûtiste Ketil Vestrum Einarsen n'est plus présent qu'en tant qu'invité.
Jacob Holm-Lupo, toujours leader (il signe encore la grande majorité des titres), avait annoncé un durcissement du propos musical de son groupe, et force est de constater qu'il n'avait pas menti. Une évolution évidente dès la première écoute avec la présence de puissants riffs typés metal joués à l'unisson par les deux guitares, servis par une excellente production, à la fois ample et claire. De même la composante gothique se trouve ici renforcée, en particulier lors de certains refrains chantés, à l'agressivité inédite. Plus globalement, l'ensemble est plus rythmé, plus mordant, avec une tension quasi-constante qui imprime un dynamisme inédit et une densité qui parfois faisait défaut aux précédents albums de White Willow (c'était à mon goût une des petites choses qu'on pouvait leur reprocher). En toute logique, les parties folk sont en net retrait et ne représentent désormais qu'une part minoritaire des compositions, l'accoustique «Endless Science» apparaissant à ce titre comme un paisible interlude entre deux moments de noirceur. Les ambiances ténébreuses et mélancoliques, certes depuis toujours honorées par le groupe, se taillent en effet la part du lion et trouvent pour ainsi dire là une forme définitive. Un peu à l'image de la très belle pochette (toujours soignée chez le groupe Norvégien) où un arc-en-ciel semble lutter timidement face au déluge qui l'entoure...
Il ne faudrait pourtant pas conclure que White Willow s'est transformé en groupe de metal, loin de là. A la manière d'un Änglagård, les contrastes sonores sont utilisés avec une rare efficacité, entre débordements électriques et moments de calme qui, bien que conséquents, apparaissent souvent comme des préludes à la tempête (pour reprendre un titre d'album des plus judicieux). Le groupe sait nuancer son discours et évite le monolithisme. De plus, une grande maîtrise transparaît dans la construction des morceaux et dans l'agencement des différentes parties, enchaînées avec une grande fluidité (ce qui également n'était pas toujours le cas auparavant...).
Le batteur est ensuite tout sauf un adepte de la double pédale et son jeu fin, limite aérien contrebalance d'une certaine façon, peut-être involontairement même (on sent qu'il n'est pas dans son registre naturel), la lourdeur de certains passages métalliques. L'excellent travail du nouveau claviériste nous rappelle aussi qu'on reste en terre symphonique, avec une panoplie 100% analogique et des interventions toujours pleines d'a-propos. Arpèges de piano, rugissements d'orgue Hammond, nappes envoûtantes de Mellotron, discrets bidouillages électroniques qui apportent une petite touche de modernité, sans parler des mini-moog et autres Wurlitzer : fait donc paradoxal, les claviers n'ont jamais été aussi présents et par là même contribuent grandement à la réussite de l'album. Recrue de choix, Lars Fredrik Froislie l'est assurément et il signe même un des meilleurs titre de l'album avec «Insomnia» et son captivant final instrumental. Enfin, le rôle des invités est loin d'être négligeable, que ce soit la flûte, qui a l'honneur d'ouvrir les débats sur «Chemical Sunset», ou le violoncelle, qui notamment fait merveille sur la partie centrale de «Soulburn» (à noter que c'est Tirill Mohn, membre originelle du groupe, qui signe les arrangements de cordes).
Bref, avec ce Storm Season, White Willow ne révolutionne pas son style dans le fond, mais en rééquilibre plutôt les composantes. Les ingrédients sont globalement les mêmes (folk, gothique, progressif), c'est simplement leur dosage qui a changé, à l'exception peut-être de ces riffs metal, mais qui finalement prennent la place des irruptions de violence Crimsoniennes qui parsemaient les albums précédents (une influence au passage qui est devenue des plus discrète ici). Et au dessus de cet édifice la voix de Sylvia Erichsen s'élève comme jamais : la chanteuse offre sans doute ici sa meilleure prestation, profitant de lignes de chant très soignées et sachant varier son registre au gré des variations climatiques qui parsèment les morceaux. Le morceau titre la met particulièrement en valeur, grand moment de magie à part dans l'album, avec cette voix fantomatique noyée au milieu de claviers majestueux dans une ambiance irréelle. Une performance qui apparaît un peu comme un chant du cygne, la vocaliste ayant décidé récemment de quitter la formation.
Au final, White Willow ne déçoit pas et signe peut-être là son œuvre la plus aboutie, qualitativement très homogène, sans temps morts ni ventre mou. Ménageant un savant équilibre entre envolées instrumentales grandioses et parties chantées aux mélodies mémorables, le groupe a, en affermissant le ton, affiné son alchimie musicale pour aboutir à une forme de perfection dans son art. Une bien belle réussite, qui l'on espère en appellera d'autres (mais avant 2008 si possible...), et qui en tout cas risque d'occuper une place de choix dans les classements de fin d'année...
Clément CURAUDEAU
(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)

