
PISTES :
1. From The Purple Skies (6:08)
2. The Elephant Stone (6:33)
3. Drifting (7:41)
4. Across The Sunrise (8:53)
5. Forever My Queen (2:57)
6. Rising Above (7:02)
7. Queen Of Violet (6:19)
8. Space Child (9:09)
9. Gypsy (5:22)
10. Return To Uranus (18:14)
FORMATION :
Lucio Calegari
(guitares, chœurs)
Paolo "Apollo" Negri
(claviers)
Enrico Garilli
(basse)
J.C. Cinel
(chant, guitare)
Andrea Concarotti
(batterie)
EXTRAITS AUDIO :
WICKED MINDS
"From The Purple Skies"
Italie - 2004
Black Widow - 72:21
On peut s'interroger sur la légitimité de l'existence d'un groupe comme Wicked Minds. Un groupe dont les membres semblent avoir l'esprit bloqué en 1972. Il suffit de compulser le livret pour s'en rendre compte, que ce soit au niveau vestimentaire ou via l'instrumentation utilisée. Un groupe qui se contente de reprendre, dans les grandes lignes, la musique délivrée au long de In Rock ou de Machine Head de Deep Purple (ses deux albums les plus emblématiques, générateurs de tant et tant de tubes...) ou sur la période 1970-72 d'Uriah Heep (soit cinq albums à la qualité maintes fois reconnue).
Mais remettre en cause Wicked Minds, c'est remettre en cause le label Black Widow, riche de formations de ce genre, c'est remettre en cause une certaine forme de rock progressif actuel, totalement décomplexé, qui non seulement affiche pleinement ses influences mais aussi qui, au risque de paraître rétrograde ou passéiste, n'hésite pas à se rapprocher le plus possible fondamentalement et formellement d'une époque révolue. Maintenant, il faut être un groupe sacrément talentueux pour convaincre dans ce genre d'exercice. Du talent, des formations comme London Underground, Standarte ou... Wicked Minds en ont a revendre.
Dans le cas de ce dernier, les musiciens sont exemplaires. Le guitariste, sans bien sûr égaler Mick Box ou Ritchie Blackmore, fait montre d'un jeu solide et varié; le claviériste sait être puissant à l'orgue et délicat au piano et au mellotron; la section rythmique charpente le tout de façon ronde et chaude et le chanteur, bien qu'un peu maniéré, possède un joli timbre et un registre étendu. En deux mots : ça joue ! Mais leur véritable talent est ailleurs. Aussi décomplexés qu'ils soient, les membres de Wicked Minds ne sont pas moins conscients des limites de leur démarche. Et quoi de mieux, pour repousser ces limites, que d'ajouter une sérieuse touche de personnalité à leur musique ? Rusés comme ils sont, et toujours avec le souci de ne pas se renier (ces gars vivent en 1972, rappelons-le !) ils vont, par conséquent, puiser dans cette même période afin d'apporter de la singularité à leur propos, mais de façon moins évidente et immédiate.
Ainsi, aux côtés des compositions fortement influencées par les deux formations citées précédemment (dont une reprise du fameux «Gypsy» d'Uriah Heep, qui est loin de transcender l'original, soit dit en passant), on retrouve quatre morceaux (les plus longs de l'album, entre sept et dix-huit minutes) assez proches de ce que l'on appelle le 'vieux hard' (voix chaude, orgue déluré, guitare saturée, rythmique chaloupée) tout en étant plus contrastés. Le chant y est donc moins présent, les breaks et autres changements de rythmes plus fréquents. De longues introductions ou conclusions atmosphériques font leur apparition (superbe guitare, proche de l'idée que l'on peut se faire d'un David Gilmour "sale" et très belles parties de Mellotron) au même titre qu'une flûte (invitée) lyrique à souhait.
Dans ces moments, Wicked Minds délaisse vivement les chemins balisés par Purple et Heep pour rejoindre une école, plutôt méconnue, chère à nos voisins germaniques : une sorte de heavy-prog rythmé et contrasté dans lequel claviers et guitares se donnent la réplique, le chant est plus rauque et grave et où - coïncidence ! - parfois, une flûte daigne pointer le bout de son bec. Une école dont Wind (le premier album), Birth Control, Murphy Blend et 2066 And Then sont les représentants les plus significatifs. Toujours sur cette poignée de morceaux (ceux-là même qui font de From The Purple Skies un album des plus recommandables), on peut remarquer quelques clins d'œil appuyés à l'ultra référentiel premier album de Captain Beyond ou aux débuts de Black Sabbath, notamment lors de séquences un peu plus lourdes, un peu plus 'doom' de la suite «Return To Uranus». D'ailleurs, doom, le groupe l'est carrément sur l'autre reprise de l'album, «Forever My Queen» du groupe Pentagram. En fait, les deux reprises sont tout simplement les deux morceaux les moins convaincants, ce qui devrait en dire long sur la légitimité remise en cause en début de chronique, non ?!
En définitive, malgré quelques baisses d'inspiration, Wicked Minds a réussi, dès son premier album, le difficile compromis d'être susceptible d'attirer autant les nostalgiques de vieux hard que les nouveaux progsters curieux et avides de sons anciens.
Fabien CLAIR (avec Yann CARREAU)
(chronique parue dans Big Bang n°56 - Décembre 2004)


