BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Witchflower pochette

PISTES :

CD :
1. Through My Love (5:02)
2. Witchflower (4:41)
3. A child And A Mirror (7:13)
4. Here Comes The King (3:45)
5. Before The Morning Light (8:00)
6. Burning Tree (4:34)
7. Shadows Train (5:23)
8. Black Capricorn Fire (8:12)
9. The Court Of The Satyr (2:48)
10. Sad Woman (9:25)
11. Scorpio Odyssey (13:21)
12. Soldier Of Fortune (6:21)

DVD :
1. Through My Love
2. Form The Purple
3. Return To Uranus
4. Rising Above
5. Queen Of Violet
6. The Elephant Stone
7. From The Purple Skies
8. Drifting
9. Might Just Take Your Life
10. Across The Sunrise
11. Return To Uranus
12. Gypsy
13. Witchflower
14. Through My Love
15. Witchflower
16. A Child And A Mirror
17. Before The Morning Light
18. Sad Woman
19. Scorpio Odyssey
20. Through My Love

FORMATION :

Lucio Calegari

(guitare, chœurs)

Paolo "Apollo" Negri

(claviers)

Enrico Garilli

(basse)

J.C. Cinel

(chant, guitare)

Andrea Concarotti

(batterie)

EXTRAITS AUDIO :

WICKED MINDS

"Witchflower"

Italie - 2006

Black Widow - 79:00

 

 

Vous avez aimé From The Purple Skies ? Oui, alors vous allez adorer Witchflower. Vous pouvez l'acheter les yeux fermés (c'est à dire sans lire cette chronique). Vous ne connaissez pas Wicked Minds ? Tout n'est pas perdu. Vous avez la possibilité de suivre une petite séance de rattrapage. D'accord ? Bon, tout d'abord, reprenez le numéro 56 de Big Bang et ouvrez-le à la page 44. Vous avez l'article sous les yeux ? Bien.

L'essentiel est là, dès le premier paragraphe : cette formation Italienne semble vouer un certain culte à Deep Purple et Uriah Heep et se comporte comme si elle vivait dans l'Angleterre des années 70/72. Ce qui a été dit à propos de From The Purple Skies est valable pour Witchflower. Le petit dernier (le quatrième) se situe donc dans la droite lignée de son prédécesseur. Une écoute attentive permet toutefois de discerner quelques petites évolutions. Celles-ci sont mineures au niveau du style : on retrouve ce mélange de hard-rock, de prog du tout début des 70s et de psyché. L'adjonction d'éléments 'nouveaux', comme le clin d'oeil à la blaxploitation (guitare wah-wah, percussions tribales, piano électrique) et l'apparition du saxophone sur un titre, témoignent d'une ouverture d'esprit mais ne vient pas fondamentalement perturber une machine bien rodée.

Au niveau de l'écriture, de l'exécution vocale et instrumentale et de la production on peut par contre parler d'améliorations. Les compositions sont plus travaillées et diversifiées. Le tout-puissant orgue Hammond se voit davantage relayé par le Moog, sans oublier le Fender Rhodes, le Mellotron, le piano acoustique, le clavecin, les synthés ARP et Waldorf... bref tout l'attirail du parfait claviériste. Et on peut dire que Paolo Negri sait bigrement bien s'en servir. C'est un véritable festival d'envolées en tout genre. Les sonorités analogiques sont en outre bien rendues par une production sans artifices qui transmet de vraies émotions. Si les claviers font merveille et captent l'attention, les guitares ne font pas pour autant de la figuration, constamment actives dans un rôle d'accompagnement (riffs heavy ou arpèges acoustiques sur les deux ballades) et flamboyantes dans des soli furieux ou lyriques. Nous avons là deux instrumentistes talentueux et inspirés, qui plus est mis en valeur par une section rythmique sans faille, véhémente et agile.

Il convient par ailleurs de saluer la prestation de J.C. Cinel, sans qui Wicked Minds ne serait probablement pas sorti du lot. Il faut dire que le chant tient une place non négligeable dans la musique de la formation Italienne et qu'une déficience de cet organe serait forcément préjudiciable. Capable de s'adapter aux situations les plus diverses, la voix se fait tour à tour douce, limpide, puissante, éraillée. On la sent vibrer. D'une manière générale, les cinq musiciens mettent tout leur cœur à l'ouvrage, se livrent corps et âme. Leur démarche est certes rétro (d'aucuns la diront même totalement dépassée) mais authentique et sincère. Elle refuse toute forme flatteuse (donc trompeuse) cherchant à masquer un manque de fond et préfère la force émotionnelle à l'émotion forcée. Une qualité rare aujourd'hui à l'époque des produits frelatés, aguicheurs mais inconsistants voire vides de toute substance.

Witchflower a tout d'une œuvre réjouissante, chaleureuse, débordante d'enthousiasme et de passion dont le seul véritable défaut est de ne pas avoir été amputée de deux ou trois morceaux pour lui garantir un impact maximal. Dès lors, on en vient à s'interroger sur le bien-fondé et la pertinence d'intégrer une reprise («Soldier Of Fortune» de Deep Purple) tant les compositions originales parlent d'elles-mêmes. Mais cet exercice semble être imposé par le label Black Widow. From The Purple Skies en contenait déjà (une de Pentagram et une de Uriah Heep) ainsi que les derniers opus de Northwinds, Areknamés («Snails» de Gnidrolog, cela permet au passage de parachever la chronique de Love Hate Round Trip signée Alain Succa) ou encore Abiogenesi.

S'il ne peut se prévaloir d'une folle originalité, Wicked Minds n'a rien d'un pâle suiveur et ses intentions ne sont pas mauvaises en soi : revenir à la source du hard-prog pour en puiser toute la fraîcheur. Le résultat est confondant, à tel point que les Italiens font peut-être mieux que les 'maîtres' anglais, ne serait-ce qu'à l'échelle progressive. Reste à savoir si cela est suffisant pour passer à la postérité.

Yann CARREAU

PS : le CD est accompagné d'un DVD contenant deux enregistrements 'liVe' (concerts du groupe à Piacenza et au Spirit Of 66 de Verviers) sans grand intérêt du fait d'une qualité d'image assez moyenne et de la présence d'une seule caméra fixe, qui plus est soit trop éloignée de la scène soit malencontreusement placée derrière des spectateurs. Ces vidéos sont complétées par deux clips, un making-of et des versions audio de titres de Witchflower joués pour la promo de l'album.

(chronique parue dans Big Bang n°64 - Hiver 2006-2007)