
PISTES :
1. Coming Soon To A Cinema Near You
(1:08)
2. Through A Storm (7:11)
3. Love Is ... (2:15)
4. A Lark (5:47)
5. That's The Price You Pay (4:28)
6. The IceMan Cometh (4:00)
7. Hebden Bridge (4:58)
8. Loot (1:01)
9. Harp And Carp (5:23)
10. Birds (1:16)
11. Location, Location, Location (2:51)
12. Abendrot (4:36)
13. Marsch Burleske (2:39)
14. Pas de Deux (3:28)
15. A Scene From A London Flat (3:21)
FORMATION :
Woolly Wolstenholme
(chant, Mellotron, claviers, guitares électrique et acoustique, trompette)
Steve Broomhead
(chant, guitares électrique et acoustique, mandoline, scie musicale)
Craig Fletcher
(chant, basses)
Kim Turner
(chant, batterie, percussions, guitare espagnole, flûte à bec)
WOOLLY WOLSTENHOLME'S MAESTOSO
"Grim"
Royaume-Uni - 2005
Eclectic - 54:30
Qui l'eut cru ? A peine un an et demi après l'excellent One Drop In A Dry World sorti en 2004, Stuart «Woolly» Wolstenholme (que l'on appellera Woolly pour gagner du temps et de la place), claviériste et membre fondateur de Barclay James Harvest, ancien homme de l'ombre du célèbre groupe jusqu'à son départ en 1978, propose Grim, un nouvel album studio particulièrement intéressant. Mais qui s'en soucie vraiment ? Quelques fans égarés du BJH des seventies ? Surtout ceux qui sont restés accrochés aux morceaux que Woolly fournissait assez chichement à longueur d'album ? Et qui peut me dire pourquoi personne n'a jamais considéré cet oiseau là comme un élément majeur du prog, lui l'ancien claviériste d'un groupe de réputation mondiale, homme discret passé maître dans l'art de l'harmonisation et de l'orchestration mélodramatique de lignes mélodiques accessibles, lui le pilier indéfectible de l'utilisation de notre instrument roi, le Mellotron ? Sachez que si la carrière de Woolly peut sembler aux yeux de certains un minuscule zéro ou un grand trou de néant, ce trou est assez vaste pour contenir le monde du prog symphonique.
Woolly a commencé par écrire des petites chansons tristes pour Barclay James Harvest, sorte de pâles copies de ce que faisaient les Moody Blues à la même époque. Il a donc dès le premier 45 tours de BJH, «Early Morning», utilisé le Mellotron pour apporter une couleur orchestrale aux mélodies suaves du groupe. Puis il en a versé des nappes un peu partout, comme tant d'autres qui n'avaient toujours pas les moyens de se payer un vrai grand orchestre. Mais à la différence de son inspirateur Mick Pinder, le claviériste des Moody Blues (un des premiers, si ce n'est le tout premier, à utiliser le Mellotron dans la pop - dès 1967 - mais qui cessa de l'exploiter par la suite), Woolly n'a jamais renié cet instrument céleste, et l'utilise encore largement aujourd'hui sur son nouvel album, Grim, le deuxième depuis son retour aux affaires. Des quatre membres fondateurs du groupe Barclay James Harvest, Woolly était donc le plus discret. Ce fut celui qui jeta les gants le plus tôt face aux contraintes du show business, après la sortie de l'album XII (1978), juste avant la reconnaissance générale, le succès planétaire. Pas de chance. Ou au contraire, c'était peut être mieux ainsi. Depuis, le batteur Mel Pritchard est mort, et les deux leaders, John Lees et Lee Holroyd, ont vécu la lente et amère dégringolade d'un groupe dans la fosse de la médiocrité et de l'anonymat.
Quant à Woolly, après un premier album solo passé inaperçu en 1980 (malgré le phénoménal «Deceivers All», tuerie symphonique au Mellotron à découvrir d'urgence), et un second avorté l'année suivante, plus quelques musiques pour une émission TV pour enfants, il préfère laisser tomber et se retire du monde musical pour devenir fermier avec son épouse (?!). Après plus de 10 ans de silence, il refera parler de lui en sortant ces deux albums en 1994, couplés sous le nom de Songs From The Black Box, du rock symphonique genre Barclay James Harvest mais dont plus de la moitié est au moins aussi valable que ce qu'il a laissé dans les albums de BJH, avec dans le tas 2 ou 3 pépites (par exemple «Sunday Bells», en plus du sus-cité «Deceivers All»). Heureux d'avoir enfin des nouvelles d'un tel artiste méconnu et sous estimé, on fut pris alors du désir nostalgique de ré-écouter les compos de Woolly avec BJH et de ré-évaluer sa participation. Autant dire qu'on en conclut rapidement qu'il était le principal apport progressif ou symphonique à BJH.
Au sein du groupe anglais, la créativité de Woolly était dans un premier temps assez bien représentée, disons 1/3 du matériel sur les trois ou quatre premiers albums (dont un «The Iron Maiden» inoubliable), avant de se limiter à un morceau par album. Mais quel morceau ! Que du traumatisant : «Ra» en 1976 sur l'album Octoberon ou «Beyond The Grave» l'année précédente sur Time Honored Ghosts (j'ai écouté cette chanson tellement de fois qu'elle me semble aussi familière que les lignes et les contours de mon visage). Quelle ampleur symphonique ! Quelle puissance orchestrale dans les synthés, quelle mélancolie gothique ou solaire reconnaissable entre mille ! Certes, tout cela est bien loin de la pop ouvragée qui a fait le succès de BJH. Mais faites écouter «Ball And Chain» (premier mariage en blanc entre le blues râpeux et le rock prog violent, sur Once Again en 1971) à quiconque prétend que Woolly était le plus lénifiant des compositeurs du groupe, ce qui n'est pas peu dire. «Ball And Chain», c'est du lourd, du violent, un des titres les plus atypiques et impressionnants de ce gentil groupe pop. Malgré la qualité des compositions de Woolly, le monde des mélomanes (y compris celui du rock prog) continuait à ignorer l'artiste. Ni le premier retour de Woolly en 1994, ni la tentative de relance du BJH cinq ans plus tard en compagnie de John Lees sur l'album Nexus ne permirent à Woolly de susciter l'intérêt de plus d'une poignée de fidèles.
Et pourtant. Woolly est aujourd'hui en plein regain de créativité. Nexus, déjà, portait fortement sa marque, avec ses claviers orchestraux, son mellotron, ce qui donnait à l'album, malgré ses faiblesses, un caractère beaucoup plus prog que les albums de BJH sortis depuis la fin des 70's (depuis son départ en fait). Et à l'heure où il est question d'un nouvel album d'un BJH emmené de nouveau par Lees et Woolly (et non pas le BJH désolant de Lee Holroyd qui sévit depuis quelques années !), on se prend coup sur coup de plein fouet rien moins que trois albums (dont un live) de Woolly avec son groupe Maestoso. Tout d'abord, en 2004, le vrai retour avec le mémorable One Drop In A Dry World. Album parfait, série de titres à hurler de joie («One Drop», «Blood And Bones»...), avec des petites pièces à la dramaturgie digne du meilleur Procul Harum (époque «Shine On Brightly» ou «Grand Hotel»).
Grim, le nouvel album essaye d'innover et de faire évoluer la formule tout en reprenant à son compte la Woolly's touch. Tout d'abord cette voix d'affamé, soutenue par un attelage de musiciens fidèles, soudés et fiers. Mais aussi et surtout ce goût pour l'emphase tutoyant une naïveté sublime, cette attirance pour le symphonisme le plus sombre et orageux : «Through A Storm» et son mellotron discret plus proche de celui du King Crimson de 69 que des Moody Blues de la même année, impression renforcée par une guitare très frippienne; «Hebden Bridge», qui rappelle l'«Entangled» de Genesis (1975); ou même ce «A Lark» qui ressemble à un «Solsbury Hill» sans Peter Gab mais avec un break inattendu au violon à vous déchirer le cœur. Autre surprise : un ou deux passages folk-rock à la Jethro Tull, faisant souvent appel à la guitare acoustique, agrémentée d'une inimitable éloquence très bristish. Une musique qui tour à tour berce et renverse.
Presque aussi diversifié et inspiré que son prédécesseur, Grim séduit immédiatement tout en accusant sans complexe quelques petites baisses de régime (quelques minutes insipides) qui laissent l'impression d'ensemble d'être un ton au dessous de One Drop..., de toute façon difficile à dépasser. Passé ce modeste bémol, Grim finit de façon assez originale et rafraîchissante avec ce que Woolly appelle lui même un «Musical», une petite fantaisie aux couleurs victoriennes (le gris, l'ambiance à la Dickens, la révolution industrielle), une séquence finale bien dans le ton du magnifique livret, plus élaboré que jamais (l'album sort chez les incontournables Inside Out qui ont décidément du goût, du courage, et des idées). Alors ne soyez pas farouche (joke), essayez Grim, le dernier Woolly Wolstenholme's Maestoso et si ce n'est déjà fait, découvrez le rock symphonique si particulier de cet artiste sous estimé unique en son genre.
Alain SUCCA
Entretien avec Woolly WOLSTENHOLME :
Trois nouveaux albums de Woolly Wolstenholme's Maestoso en trois ans, en comptant le Live ! Quelle créativité inhabituelle de nos jours et, soyons franc, un peu surprenante de votre part ! Qu'est-ce qui vous a donné envie de vous remettre à faire des disques ? Et à en faire autant ?
Quand la muse frappe à votre porte, il ne vous reste plus qu'à lui ouvrir et à vous enfuir avec elle ! Plus sérieusement, écrire de la musique n'a jamais été un problème pour moi. J'ai d'ailleurs déjà composé 15 nouveaux morceaux pour le prochain album de Maestoso. Si j'ai arrêté de participer à la production de disques pendant une longue période, c'est pour une toute autre raison. Quant à l'album Live Fiddling Meanly, puisque nous n'avions malheureusement pu donner qu'un seul concert (Londres) suite à la sortie de One Drop In A Dry World (2004), nous voulions faire partager ce moment à un maximum de gens par ce biais.
Est-ce que les compositions de One Drop In A Dry World et de Grim, votre dernier album, sont toutes récentes ?
Seulement Une chanson de chaque album était ancienne, «It's Us» sur One Drop In A Dry World a été écrite pour un show télé au début des années 80 et «Harp + Carp» sur Grim date de 1968.
Aucun grand orchestre symphonique n'est crédité sur vos albums studio, alors que dans les moments les plus emphatiques on croirait vraiment que vous y avez fait appel ! Ce sont vraiment vos claviers que vous arrivez à faire sonner ainsi ?
Quand j'ai commencé à enregistrer des disques, il n'y avait que les Mellotron pour donner l'illusion du grand orchestre symphonique. Il y a eu les mini-Moog et tes String machines. De nos jours, il y a de magnifiques bases de données d'échantillons. Pourtant, ce ne sont toujours que des substituts face à l'utilisation d'un orchestre réel. Si vous ajoutez au son de l'échantillon, par exemple, une vraie trompette (jouée ici par moi) et un vrai violon (joué par Stella S.), vous pouvez peut-être obtenir un son encore plus convaincant. Mais qu'il en soit, il y a encore du travail pour obtenir le son d'un vrai grand orchestre symphonique.
Steve Broomhead, votre guitariste, est un fidèle puisqu'il était déjà à vos côtés pour votre premier album solo, Maestoso, en 1980. Sur Grim, il est crédité aussi pour ses «vues musicales». Qu'est ce que cela signifie exactement ?
C'est un simple clin d'œil, pas grand chose : en fait, Steve a décidé un jour de jouer de la guitare avec un archet (Souvenez vous de Jimmy Page). J'ai trouvé que cela sonnait comme du Theremin, et j'ai laissé son idée apparaître sur le morceau «Harp + Carp».
Les trois derniers morceaux de Grim sont réunis sous le titre «Musical?» qui constitue une suite de dix minutes. Est-ce un extrait d'une comédie musicale plus complète que vous avez composé et représenté sur scène ?
C'est une blague, très «second degré», une sorte de mystification. J'avais plusieurs idées de chansons qui ne semblaient pas convenir avec le reste de l'album. Pas la même ambiance, quoi ! J'ai donc imaginé cette fausse comédie/fantaisie musicale qui en réalité n'a jamais existé sur scène.
Quels compositeurs vous ont-ils le plus inspiré pour ce genre d'exercice ? Et de manière générale, quelles sont vos sources d'inspiration en matière de musique classique ?
Mahler, bien sûr, mais aussi Richard Strauss («Salome» ! Quel chef d'œuvre !), le «Gurrelieder» de Schoenberg et aussi un petit peu Wozzeck. Mais fondamentalement, tout ceci reste de la musique pop rock. Le monde du classique, c'est autre chose, on n'y pêche pas les mêmes poissons ! Mais je ne suis pas contre l'idée de m'en inspirer de temps en temps pour enrichir ma musique d'une couleur différente ou lui donner un aspect un peu plus dramatique.
Sur internet, on peut lire que vous aimez bien Radiohead. Je veux bien le croire mais je ne trouve pas que cette attirance se ressent sur votre écriture. Grim ne ressemble à rien d'autre qu'à un album de Maestoso. Comment expliquez vous cela ?
Pour le prochain album, j'ai écris une chanson que j'appelle «un truc à la Radiohead», mais ce n'est pas finalisé, donc rien de certain. Quand je compose, j'ai en tête l'idée générale de la forme et du style du morceau une fois enregistré. Pour l'expliquer aux autres, je leur dis «c'est une sorte de King Crimson» ou «c'est plutôt du UK» ou encore «pourrions nous avoir un peu de batterie à la Peter Gabriel ?». Malgré ça, au bout du compte, ça sonne toujours comme du Woolly Wolstenholme. J'ai toujours pas compris pourquoi !
Si on reconnaît bien votre style inimitable sur votre dernier album, on a aussi l'impression qu'il y a de nouvelle influences, plus rock ou baroque. Comme si vous aviez invité Captain Sensible sur «The Iceman Cometh». Je sais que c'est un peu incongru de penser ça, mais ça devient flagrant avec «Scene From A London Flat».
Le traitement d'une chanson, en particulier ses parties vocales, est dicté par le morceau lui même. Par exemple, sur «Through A Storm», j'ai essayé de modeler mon style vocal sur celui de John Wetton car j'avais l'impression que ce morceau avait un parfum de King Crimson.
L'album de BJH, Nexus, sorti en 1999 sous l'appellation «BJH through the Eyes of John Lees», est en fait, en dehors de trois ou quatre vieux titres repris des vieux albums de BJH, une collaboration entre John et vous même. Mais sur le plan musical (arrangements, claviers, harmonisation), on reconnaît davantage votre style que celui de John. Comment s'est passé le travail de composition exactement ?
En fait, «Sitting Upon A Shelf», «Brave New World» et «Star Bright» étaient des chansons que John avait mis de côté depuis des années. J'ai écrit «The Devils That I Keep» et «Float» puis ré-arrangé «Mockingbird» pour lui inclure «Hors d'Oeuvre». Quant à «Festival!», c'était un vieux riff de guitare de John que nous avons développés ensemble. En fait, j'ai fait ce que j'ai toujours fait avec BJH... et arrangé les chansons de John !
On annonce un deuxième volet de cette collaboration très particulière. Avez vous l'intention de procéder de la même façon au niveau des compositions ?
Qui sait ? J'ai déjà mis de côté trois chansons pour un hypothétique prochain album de John Lees' Barclay James Harvest mais pour le moment, je suis en train de travailler sur la suite de Grim; et surtout, je me prépare pour notre tournée d'Octobre.
(chronique parue dans Big Bang n°62 - Été 2006)

