
PISTES :
1. Chemin dans les Falaises (3:48)
2. Je vous Écrivais (3:55)
3. Giverny (4:03)
4. Un Jardin qui ne ressemble à rien (3:12)
5. Des Saisons sur les Toiles (2:28)
6. L'échappée Belle (4:37)
7. Conflits (3:01)
8. Les Beaux Jours de Giverny (3:08)
9. La Fanfare Rouge (3:13)
10. Le Fantôme de l'Ile aux Orties (4:13)
11. Les Cathédrales Immergées (5:07)
12. L'œil Cannibale (1:39)
13. Antibes (4:34)
14. Les Arcanes de l'Air Bleu (6:36)
15. Errances (3:39)
16. L'Âme de l'Hiver (7:00)
FORMATION :
François Claerhout
(piano, claviers, guitare acoustique, percussions)
Philippe Claerhout
(guitares, basse, Oud syrien, luth vietnamien, harmonica, claviers, glockenspiel, percussions)
Michael Geyre
(piano, synthétiseurs, orgue Hammond, accordéon)
Thierry Moreno
(chœurs, sifflets, percussions)
Laure Oltra
(Paroles)
INVITÉS :
Catherine Alcover
(chant [8,13])
Bevinda
(chant [2,15,16])
Anne-Laure Meladeck
(harpe [13,15])
JClaude Aufaure
(narration [1,3,4,6,11,14])
Ian Bairnson
(guitare [14])
Joon Claudio
(flûte en bambou [2])
Stéphane Rolland
(Guitare [1,5,16])
Jean-Luc Trentenaere
(guitare [5])
Pistolet
(aboiements [16])
XII ALFONSO
"Claude Monet - Volume 1"
France - 2002
Muséa - 64:23
Si, comme moi, vous avez eu l'opportunité d'assister à la calamiteuse édition 1998 du défunt festival progressif de Corbigny (un désastre météorologique et logistique, mais une indéniable réussite sur le plan musical), sans doute vous souviendrez-vous de la rafraîchissante prestation d'un jeune groupe récemment auteur d'un premier album remarqué, The Lost Frontier, qui marqua tant les esprits à sa sortie en 1996. Entre autres compositions, le public opiniâtre avait alors eu la primeur d'entendre les premiers extraits d'un ambitieux concept retraçant la vie du peintre Claude Monet. L'heure était tardive, mais je revois encore quelques membres de l'assistance, frappés par l'élégance de cette musique, se hâter autour du stand Muséa pour acquérir prestement l'unique album alors disponible de XII Alfonso.
Il aura finalement fallu attendre, au moins depuis cette date, près de quatre ans pour que se concrétise enfin cette ample biographie musicale, sous la forme liminaire d'un premier volume luxueusement emballé (un joli étui de carton, accompagné d'un somptueux livret de 52 pages retraçant pas à pas les principales étapes de l'aventure «Claude Monet», œuvre des graphistes Claire Guiral et Philippe Poirier à qui l'on doit également le design du récent Vital Duo). Un laps de temps que le groupe aura notamment mis à profit pour parachever ses autres travaux (un second album, Odyssées, globalement réussi et bien accueilli par le public progressif malgré quelques imperfections formelles, ou encore les plus anecdotiques lithophonies d'El Canto De Las Piedras), s'entourer d'un réseau amical de nombreux et parfois prestigieux artistes, mais surtout parfaire les détails d'une chronique musicale dont l'ambition même, et en particulier sa durée (trois volumes !), pourrait bien lui être tout aussi bénéfique qu'insidieusement nuisible.
Voici donc un disque qui tombe à point nommé pour dissiper les doutes éventuels quant à la vitalité du groupe, et peut-être même, c'est le moins que l'on puisse souhaiter, combler les attentes les plus impatientes des aficionados de XII Alfonso. A moins qu'il ne faille maintenant écrire en toutes lettres Douze Alfonso, comme indiqué sur la pochette qui sert d'écrin à ce nouvel opus. Un détail ? Pas si sûr, car cette évolution calligraphique pourrait bien illustrer de la part des frères Claerhout, têtes pensantes du groupe, une volonté réaffirmée (au moins sur le plan musical) de clarté, de lisibilité, pour ne pas dire d'accessibilité, tout en soulignant l'appartenance bien française du concept qui sert de trame au présent album.
Cette dernière particularité risque même de surprendre ceux qui, restés sur les consonances celtiques du premier album ou sur l'approche hétéroclite réservée à Odyssées, s'attendraient à un traitement nettement plus «anglo-saxon» du sujet. A quelques exceptions près (en particulier «Les Cathédrales Immergées», un titre qui n'aurait pas déparé The Lost Frontier), les seize présentes compositions explorent un folklore au charme latin suranné, marqué par de chaudes sonorités souvent acoustiques, parfois émaillé de rythmes chaloupés et de contrepoints d'accordéon nostalgique, allant même jusqu'à puiser hardiment dans le répertoire classique d'une certaine chanson de genre à la française, le temps de trois reprises librement adaptées des œuvres de Lucienne Delyle (dommage, d'ailleurs, que le livret si soigné ne soit pas plus explicite à ce sujet...).
Au-delà de toute description formelle, forcément réductrice, la musique de Douze Alfonso reste fidèle à ses valeurs profondes, développant ses attraits avec une sensibilité toujours plus aiguë, à savoir ce lyrisme paisible, cette poésie sereine et éthérée, sur un mode bucolique particulièrement propice à la rêverie (on pense parfois à Debussy, Ravel ou Fauré). Les mélodies soignées auxquelles le groupe nous a accoutumés dessinent ici un climat à la fois lumineux et onirique, emprunt d'un romantisme en demi-teinte, occasionnellement ponctué par la voix grave et pénétrante du narrateur, Claude Aufaure, sorte d'évocation imagée d'un âge d'or révolu mais encore vibrant.
Ce premier volet de la trilogie Monet possède en outre ce qui faisait cruellement défaut à son prédécesseur (Odyssées) : une véritable cohérence et un solide fil conducteur (notamment grâce à la récurrence de thèmes entêtants qui s'épanouissent au final), avec une brillante ouverture et un dénouement puissant qui clôt l'album sur un enveloppant sentiment de fascination. Entre ces deux temps forts, garants d'une séduction à long terme, les compositions forment un riche trait d'union avec un brio certain, bien que parfois plus inégal (quelques pièces atmosphériques feront peut-être baisser l'attention des moins concentrés). De ce point de vue, Monet Volume 1 renoue nettement avec l'inspiration qui traversait The Lost Frontier, ce qui devrait, en toute logique, lui assurer le soutien d'un public déjà réceptif.
Fidèle à ce qui est maintenant devenu une tradition, ce nouvel opus est également un espace d'expression ouvert, puisqu'il bénéficie opportunément du professionnalisme confirmé d'une pléiade d'invités talentueux. Parmi ces interventions souvent pertinentes (entre autres, les arpèges de harpe cristallins d'Anne-Laure Meladeck, ou encore le jeu de guitare agile de Ian Bairnson sur le très jazzy «Les Arcanes De l'Air Bleu»), les prestations de la chanteuse Bevinda, étoile du fado portugais dont l'influence évidente, particulièrement en terme de sonorités, n'est certainement pas étrangère aux nouvelles orientations prises par la musique de Douze Alfonso, ajoutent à cette cinématographie sonore un lyrisme tantôt alerte (sur «Je Vous Écrivais», reprise de la fameuse chanson popularisée par Barbara, «Mon Amant de Saint-Jean», affublée des paroles de Laure Oltra greffées il est vrai avec un certain bonheur sur les couplets originels), tantôt pénétré (sur «Errances», toujours accompagné d'un texte puissamment imagé de Laure Oltra, nettement plus ampoulée toutefois dans ses œuvres solitaires).
Vous l'avez compris, le tome 1 de Claude Monet, construit tout en délicatesse et en contrastes bigarrés, dégage une séduction tenace, à l'image de ces toiles impressionnistes qu'il illustre si brillamment. L'album s'écoute alors comme on visite une galerie de tableaux, en flânant rêveusement, en s'arrêtant parfois net, soudainement figé par la beauté d'un motif. Reste maintenant à préserver le bénéfice de cette première réussite. Car si Douze Alfonso semble avoir trouvé ici une formule gagnante, l'étendre sur deux autres volumes, sans jamais sombrer dans le remplissage stérile ni lasser l'auditeur, est en revanche une gageure qui a de quoi en laisser plus d'un sceptique. Ce choix, courageux il faut bien dire, est-il vraiment l'expression d'une inspiration sincère, ou reflète-t-il le désir confus d'imprimer une marque définitive à travers une œuvre aux dimensions écrasantes ? Rendez-vous est pris, en tout cas, pour la prochaine étape de ce pittoresque périple musical...
Olivier CRUCHAUDET
(remerciements à Philippe BABO)
Entretien avec Philippe CLAERHOUT :
La première chose qui frappe en découvrant votre nouvel album est son luxe formel. Était-ce une chose indispensable pour vous, étant donné que votre source d'inspiration est ici Claude Monet ?
En fait, nous travaillons depuis plus de cinq ans à ce projet. François a consacré durant toutes ces années une grande partie de son temps libre à écrire une biographie du peintre, et très rapidement des morceaux de musique sont venus illustrer certains chapitres. Alors l'idée nous est venue de consacrer un morceau de musique à chaque chapitre, ce qui permettra ainsi, quand son livre sera édité, d'avoir deux objets distincts, livre et disque, mais intimement liés.
Nous avons ainsi accumulé tant de maquettes et de démos que quand nous avons fait le point, nous avions plus de cinq heures de musique !! Nous avons alors opéré des coupes, supprimé ce qui avait mal vieilli, ce qui était moins intéressant, et nous sommes quand même retrouvés avec plus de 3 heures de musique à enregistrer... D'où l'idée du triple-album. On ne s'est pas dit au départ : «On va se mettre à la barre d'un gros navire, un truc énorme !». C'est plutôt une forme de fatalité heureuse qui nous a menés à la tête d'un tel projet. En revanche, nous avons tout de suite décidé d'échelonner la sortie des CD sur un laps de temps assez long : la sortie simultanée des trois disques nous aurait contraint d'une part à ne rien sortir avant que tout ne soit enregistré, travail colossal et longue attente, et d'autre part à un véritable suicide commercial. Qui achèterait aujourd'hui le triple-CD d'un groupe inconnu, avec en prime un livret de 150 pages ?!
Au fil de ces années, nous nous sommes bien sur documentés, passionnés pour la vie de Monet, et il nous est apparu indispensable, pour un disque qui parle plus de la vie de Monet que de ses œuvres, de faire partager à l'auditeur notre passion, d'où le livret de plus de 50 pages. Le résultat final est un disque où il y autant à lire qu'à écouter, mais cette première impression de «luxe formel» ne tient pas du tout du caprice, mais bien de l'absolue nécessité. Muséa l'a bien compris, et nous a accompagnés dans cette démarche. Qui plus est, cette présentation me semble constituer un bon vaccin contre le piratage : quelqu'un qui se graverait l'album, même en faisant une photocopie du livret (ce qui lui reviendrait plus cher que d'acheter le disque !), passerait complètement à côté de l'album.
Il est donc prévu que vous sortiez 3 volumes de cet album dédié à Claude Monet. Pensez-vous non seulement pouvoir mener à bien ce projet, mais aussi parvenir à intéresser votre public sur ce même thème durant 3 CD ? A ce propos, les deux volumes suivants vont-il ressembler au premier, d'un point de vue musical ?
C'est un projet sur lequel nous travaillons depuis plusieurs années, et qui va nous mobiliser un bon moment encore, nous en sommes conscients. Mais jamais nous n'avons travaillé aussi sereinement. C'est la première fois pour nous qu'un album est entièrement (ou presque) écrit avant que nous ne commencions à l'enregistrer, c'est un mode travail très confortable. Donc pour les volumes 2 et 3, nous n'avons pas l'angoisse de la page blanche, les albums sont à 95% composés, nous savons quelles directions ils vont prendre. Et puis nous sommes assez sereins quant à l'intérêt que portera le public à ces albums : nous ne parlons pas des œuvres de Monet, mais de sa vie. Nous allons le suivre dans ses tourments, sa frénésie de créations, nous allons partager ses zones d'ombres et ses élans généreux, sa cécité, de grands moments de tristesse, d'allégresse, de nostalgie, nous allons voir disparaître ses amis impressionnistes, partager ses deuils et ses moments de joie, son triomphe. Bref, nous avons encore quelques histoires à vous conter !!!
En fait, le sujet parait très ardu, voire rébarbatif, quand on évoque la possibilité d'écrire trois CD sur la vie de Monet. Mais nous avons le sentiment d'avoir écarté d'entrée de jeu tout risque de lasser ou de nous répéter. Nous parlons certes du même homme, mais nous allons partager ce que sa passion à lui, celle des 43 dernières années de sa vie (à partir du moment où il s'installe à Giverny) a fait naître en nous. Les albums auront donc tous les trois un cachet, un style identifiable, mais ils seront également différents entre eux dans la mesure où le Monet de 1920 n'est plus tout à fait le même homme que le Monet de 1883. Les musicologues évoquent souvent le 'rubato' de Chopin, cet art de faire varier le tempo à l'intérieur d'un morceau mais sans jamais le dénaturer, créant ainsi un effet de flottement caractéristique de son interprétation, en le comparant au vent qui fait bouger les feuilles d'un arbre : si vous le regardez, c'est toujours le même arbre, mais jamais vraiment le même avec ses feuilles sans cesse en mouvement. J'adore cette idée qu'un homme ou qu'un objet puisse être à la fois toujours le même et sans cesse différent.
La première chose qui frappe en écoutant pour la première fois votre album, c'est son dépouillement formel et (paradoxalement) sa grande richesse. Parlez-nous de vos influences actuelles. On pense ainsi souvent au maître de l'illustration sonore qu'est René Aubry. On a l'impression que vous avez beaucoup écouté cet artiste, non !?...
René Aubry est un artiste que j'aime bien, j'ai même été le voir en concert aux côtés d'un des illustres rédacteurs de Big Bang !! Ses deux derniers albums sont très agréables, avec de bonnes trouvailles mélodiques. On retrouve même sur son dernier Lucien Zerrad comme invité (guitariste de Bevinda). Mais je ne pense pas que ce soit une influence majeure à proprement parler, c'est un artiste que j'écoute, parmi tant d'autres... De toute façon, je pense être le plus mal placé pour parler de nos influences, car ce phénomène agit je crois à un niveau inconscient. Et puis pourquoi toujours parler d'influence ? Le groupe est certes loin d'être majeur, il n'a que 14 ans, mais il est à un âge où il peut commencer à s'entendre dire qu'il est en train de développer une personnalité propre (sourire)... C'est vrai qu'à la première écoute, il peut paraître plus dépouillé que les précédents. Ça doit tenir à la nouvelle configuration de notre studio : nous avons investi dans du nouveau matériel, qui permet de laisser plus de place aux prises d'instruments réels (quasiment exclusivement en fait), ce qui donne une dimension plus acoustique et plus authentique à l'album. Et le fait d'enregistrer convenablement un instrument permet de faire sonner son timbre réel, sans qu'on ait besoin de sur-ajouter des instruments pour doubler les thèmes ou les arrangements. Le dépouillement est en fait une vertu qui permet le plus souvent d'arriver à une plus grande richesse !
Pour ce qu'on écoute actuellement, je ne peux parler qu'en mon nom - François, Thierry ou Michael donneraient sans aucun doute des réponses différentes... Les meilleurs albums que j'ai entendus depuis un an sont sans doute «Man» de Francis Dunnery, «Waves» de Pekka Pohjola (un bassiste finlandais qui manie les mélodies comme personne), et «Phantom Moon» de Duncan Sheik, un album très intimiste de pop folk, de la très bonne chanson avec des arrangements très acoustiques et des textes superbes. Mais dans la période de composition de ces albums, on s'est replongés aussi avec délice dans les œuvres de Debussy, Ravel et Satie, entre autres...
L'utilisation de l'accordéon, dans un contexte fortement acoustique qui plus est, évoque également Yann Thiersen, très à la mode actuellement. Vous sentez-vous proches de ce genre d'artiste ?
Aucun d'entre nous, je crois, n'écoute assidûment Yann Thiersen. J'ai entendu un album, «Le phare», qui ne m'a pas convaincu. Et n'ayant pas vu «Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain», je ne connais pas cette BO. Donc on ne peux pas dire qu'on se sente proche de son style, mais en tous cas c'est bien qu'un artiste comme lui soit si populaire : ça permet de rappeler à des personnes qui l'avaient peut être oublié que la musique n'est pas nécessairement festive ou affaire de gros sous, mais peut être également un merveilleux vecteur d'émotions. L'accordéon a trouvé tout naturellement sa place sur notre album. C'est, à certains endroits, exactement la couleur que nous recherchions. Et comme Michael est un véritable virtuose, tant à l'accordéon qu'aux claviers, ça s'est fait très naturellement. Et c'est assez drôle car il y a des personnes pour qui accordéon rime avec musette.
Il y avait donc une forte appréhension à l'idée que nous puissions utiliser un tel instrument. Appréhensions dissipées quand on réalise à quel point cet instrument est expressif et émouvant.
Votre musique semble s'être quelque peu extirpée de vos premières influences (une forme de progressif à connotations celtiques, pour être simple), est-ce un phénomène ponctuel ou une volonté d'élargir votre champ d'expression ?
En tant que musicien, mais pas seulement, également en tant qu'être humain, je crois qu'il est important de ne pas se cantonner à un domaine bien précis. Il est, à ce titre, essentiel d'élargir son champ d'expression, mais également d'investigation. Le fait d'être curieux, avide de rencontres et d'expériences nouvelles, permet d'éviter de se rouiller, de se répéter, et puis aussi peut être de progresser un peu, et d'offrir quelque chose de mieux, ou tout du moins un peu différent, la fois suivante. Ceci dit, la démarche du groupe, si elle évolue, ne se révolutionne pas à chaque album. Nous avons toujours ce souci de la mélodie plutôt que de la virtuosité. Nous apportons de plus en plus de soins à travailler des thèmes solides, à les arranger différemment tout au long de l'album, en les réharmonisant au passage. Ainsi, Monet - Vol 1» est axé principalement autour de deux motifs mélodiques et d'une série harmonique redondante. C'est un travail absolument passionnant que de réarranger, voire de cacher, des mélodies dans un album. Je rêve toujours d'écrire un morceau dont la mélodie principale ne serait pas jouée, mais se définirait en négatif par rapport à tout ce qui est joué. Ça fait des années que j'y pense, je ne sais toujours pas comment m'y prendre !! Et à propos de mélodie cachée, il y a dans «Monet - Vol 1» le thème du film Fantomas (celui avec Louis de Funes et Jean Marais). Un CD live du groupe à gagner pour les trois premiers lecteurs de Big Bang qui peuvent m'indiquer dans quel morceau et à quel moment précis !!
Les morceaux chantés peuvent parfois évoquer des chansons de Barbara, d'autant plus que certains d'entre-eux sont carrément des reprises réarrangées. Cette analogie vous semble t-elle fondée ? Barbara est-elle une artiste importante pour vous ? Et pourquoi n'avoir pas mieux mentionné les reprises dans votre livret, pourtant des plus complets ?
C'est un compliment énorme que d'être comparé à une artiste comme Barbara. Il est vrai que Catherine Alcover, qui interprète deux titres sur l'album, a un timbre qui peut être comparé au sien. Nous avons opté délibérément pour deux timbres différents sur l'album. Bevinda et Catherine ont une approche et transmettent une émotion et une sensibilité très différentes. Pour revenir à la comparaison à Barbara, je pense que c'est sur «Les Beaux Jours De Giverny» que c'est le plus flagrant. Ce morceau, comme trois autres sur l'album (trois des quatre chansons), est une reprise, en l'occurrence de Lucienne Delyle. C'est vrai que nous n'avons pas explicitement mentionné qu'il s'agissait de reprises, nous avons juste mentionné les compositeurs originaux des trois titres en question. Cela tient principalement au fait que nous avons opéré un gros travail de réécriture harmonique sur ces titres. Pour «Les Beaux Jours De Giverny», nous avons gardé intacte la mélodie de chant, mais l'harmonie a été complètement remaniée autour. C'est vrai, nous aurions pu créditer les titres à la façon «Titre de ..., arrangé par Douze Alfonso», ça aurait peut-être été plus clair. Mais cette démarche ne relève pas de la volonté de s'approprier la paternité de ces titres. Au contraire, on ne peut qu'être en situation d'humilité face à des mélodies qui ont si bien traversé les décennies. C'est précisément cela qui nous a fait opter pour des reprises. Nous nous sommes dit que nous n'arriverions pas à créer des chansons qui auraient ce cachet particulier, ce côté un peu rétro indispensable à l'esprit de l'album. Alors nous avons marché sur les traces de nos aînés. Et tout en respectant le rythme des textes d'origine, ce qui était une contrainte supplémentaire, et pas des moindres, pour notre parolière, Laure Oltra qui nous a livré à mon sens les plus beaux textes qu'elle ait écrits pour le groupe.
Votre nom a également un peu changé, le «XII» habituel ayant été remplacé par un «Douze» plus explicite...
En fait au départ, ce sont Claire Guiral et Philippe Poirier, les graphistes ayant réalisé tout le visuel de l'album, qui ont eu l'idée de modifier légèrement le logo, et de transformer le XII en Douze. Il est vrai que ça colle mieux à l'esprit de l'album, et que c'est plus beau écrit en toutes lettres. Nous leur avons de toutes façons accordé toute notre confiance. Ils ont parfaitement intégré l'esprit de l'album, et le travail qu'ils ont fourni est bien au delà de toutes nos espérances ! Et à bien y réfléchir, cette transformation du «XII» en «Douze» règle un problème de référencement alphabétique qui nous collait à la peau : étions-nous en début de liste avec les chiffres (12), en milieu de liste à la lettre «T» comme «Twelve», en fin de liste à «X» comme «XII» ? Maintenant, c'est réglé, nous sommes à la lettre «D» !
Plus généralement, que pensez-vous du mouvement progressif actuel ? Et vous sentez-vous totalement inclus dans ce mouvement ?
Le mouvement progressif a l'air très riche et très actif, même si je suis loin de connaître tout ce qui se fait dans ce domaine. Mais c'est comme dans tout autre style, il y a des artistes originaux, inventifs (comme Isildurs Bane ou After Crying), qui côtoient des groupes ou artistes un peu moins intéressants. J'aurais du mal à m'identifier à un mouvement précis, et surtout de façon exclusive. Il y a dans la musique du groupe des éléments qui sont rattachables au rock progressif, mais d'autres qui empruntent au jazz, à la fusion, à la salsa, à la chanson française, à la tradition folk. C'est très délicat de coller une étiquette sur une musique.
Je sais que c'est pourtant indispensable, mais j'aime autant que ce ne soit pas à moi de le faire; de l'intérieur du groupe, on est en fait les plus mal placés pour le faire. Que des personnes nous classent dans leur collection «chanson française» ou dans leur section «rock progressif», ce qui importe finalement c'est qu'ils ressentent un peu de plaisir et partagent un peu de l'émotion qu'on a essayé de faire passer à travers cet album. On se considère comme des artisans, peu importe le numéro Siret qu'on nous attribue !
A-t-on des chances de vous revoir bientôt sur scène ?
Nous commençons à envisager un spectacle qui laisserait une large part à un côté visuel, voire théâtral. J'espère que nous aurons des propositions de concerts : jouer «Monet» sur scène est un défi que nous espérons devoir relever prochainement. Il y a quelque chose de vivant à concevoir autour de cette trilogie, nous en avons l'intime conviction !
D'autres projets ?
Eh bien, nous travaillons actuellement à l'enregistrement de «Monet - Vol 2», qui devrait sortir début 2003. On y retrouvera Barry Palmer, et peut être également David Paton et à nouveau Ian Bairnson. Ce sera vraisemblablement l'occasion de refaire une interview pour Big Bang; et si vous me demandez alors, en guise de dernière question, quels sont nos projets, la réponse sera invariablement : nous pensons sortir «Monet - Vol 3» début 2004 !
Après, eh bien j'ai toujours cette idée d'un album acoustique et instrumental, c'est peut-être la première chose que nous ferons après la trilogie «Monet»; quelque chose de fluide, de léger, comme une coupe de fraises fraîchement cueillies du jardin et qu'on déguste sous un soleil de mai...
(chronique et entretien parus dans Big Bang n°43 - Mars 2002)

