BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. Croisade pour Olympia (7:13)
2. Partition pour pinceaux et coquelicots (2:33)
3. Meules, soleils dans la brume (7:45)
4. Ce que disent les arbres (4:52)
5. Tout change, quoique pierre (4:46)
6. La cathédrale me tombait dessus (1:12)
7. Visite à Giverny (2:52)
8. Au pays de l'hiver (8:07)
9. Rien d'autre que l'impossible (2:10)
10. La cabane du douanier (2:32)
11. Elégie pour Suzanne (1:54)
12. Le pont japonais (3:30)
13. Le guetteur des brumes (6:14)
14. Vétheuil (2:01)
11. Dans la flaque du petit jour (4:31)
16. Les archipels illusoires (7:00)
17. Madrid 1904 (4:33)

FORMATION :

Michael Geyre

(accordéons, mélodica, claviers)

Philippe Claerhout

(guitares, basse, percussions, instruments à vent)

François Claerhout

percussions, claviers, instruments ethniques divers

Thierry Moreno

(snare, percussion [7,17])

Laure Oltra

(percussions, plume [1,8])

Claude Aufaure

(narration)

Stéphane Rolland

(guitare [4,7])

Joon Claudio

(flûte de bambou {1])

Franck Geyre

(trompette [4])

François de Roubais

(boucle de batterie [11])

Philippe Poirier

(tablas, percussions [13])

Arnaud Toussaint

(guitare [13])

Mickey Simmonds

(piano [16])

André Alba

(voix [17])

XII ALFONSO

"Claude Monet Vol. 2"

France - 2005

Muséa - 74:00

 

 

Il aura fallu attendre pas moins de trois ans pour voir apparaître dans les bacs le successeur du premier volet consacré à la dernière partie de la vie du peintre Claude Monet par les Bordelais de Douze Alfonso (redevenu ici XII Alfonso). En plus de leur contribution - relativement logique, si l'on se rappelle le titre de leur second album studio - au nouveau projet de Colossus sur l'Odyssée d'Homère (voir la recension de ce triple album dans ces mêmes pages), le trio central constitué par Philippe Claerhout, François Claerhout et Michael Geyre sort en effet un Claude Monet Vol. 2 particulièrement bien rempli et dont l'enregistrement très soigné s'est étalé du début 2002 à la fin 2004. Si le packaging est moins luxueux que pour le premier volume, avec un digipack sans livret indépendant, les textes commentant chaque morceau, proposés en français et en anglais afin de toucher un plus large public, se révèlent être d'un grand intérêt, mâtinés de poésie discrète. Regrettons néanmoins l'erreur entre la liste des titres et leur disposition réelle sur le CD : le titre 11 est en réalité placé à la plage 15, décalant tous ceux situés entre ces deux numéros.

En ce qui concerne les intervenants, on retrouve plusieurs acteurs déjà connus des amateurs du premier volet, comme Laure Oltra ou le narrateur Claude Aufaure. A cette petite équipe s'est joint le temps d'un morceau le claviériste Mickey Simmonds, collaborateur de Mike Oldfield, Camel et Renaissance, qui succède à Ian Bairnson comme invité prestigieux, une habitude pour lui : sa délicate prestation de piano sur l'émouvant «Les archipels illusoires» ne manque pas de sensibilité, et la seule composition qu'il signe, «Le pont japonais», est une belle évocation orientalisante à la Vangelis, un solo de guitare très planant en prime. A l'écoute des dix-sept nouvelles compositions, variant de une à huit minutes, on constate une différence notable avec l'opus précédent : le choix du tout instrumental. Peut-être est-ce ce qui explique l'ambiance souvent plus grave et triste, mélancolique, du disque. On y retrouve en tous les cas toute la richesse et la diversité musicale dont le groupe est coutumier, avec des influences jazz («Meules, soleils dans la brume»), celtique, hispanisante («Madrid 1904»), acoustique, rétro et électro, et même de musiques de dessins animés ou de films («Partition pour pinceaux et coquelicots»), toutes largement disséminées. Pèle mêle, on pense à Danny Elfman, Mike Oldfield, Vangelis ou Tony Banks (le piano électrique sur «Croisade pour Olympia», par exemple, sonne en effet comme celui de ce dernier à la fin des années 70).

Mais XII Alfonso sait cultiver la personnalité de son propos, peignant des morceaux multicolores et délicats qui peuvent surprendre au premier abord du fait de leur grande variété interne et des multiples arrangements parfois concurrents (piano et guitare sur «Visite à Giverny»), mais qui révèlent peu à peu leur profonde substance mélodique. La palette des instruments utilisés est en effet impressionnante, des pianos aux percussions et aux divers claviers et guitares, en passant par l'accordéon, la trompette et plusieurs sonorités orchestrales. «Croisade pour Olympia» en est un des exemples les plus caractéristiques, puisque s'y côtoient - entre autres - envolées de flûtes, éclairs électriques très rythmés, piano «genesien» ou chœurs grégoriens synthétiques. Dans cette lignée, le très diversifié «Meules, soleils dans la brume», aux claviers de plus en plus synthétiques, le solennel et orchestral «Au pays de l'hiver», le très inventif «Le guetteur des brumes», «Dans la flaque du petit jour» et le plus grave «Tout change, quoique pierre», parsemé de consonances religieuses, sont également de belles réussites, tandis que «Ce que disent les arbres», «Vetheuil», «Visite à Giverny», l'acoustique «Elégie pour Suzanne» ou le très émouvant «Rien d'autre que l'impossible» sont légèrement plus intimistes et d'une beauté diaphane, mordorée.

Au final, Claude Monet Vol. 2 est un album d'une grande richesse, sans temps morts, susceptible d'enchanter aussi bien les férus d'ambition musicale que les amoureux de jolies mélodies. On peut même aller jusqu'à le placer un cran au dessus du Vol. 1 (auquel quelques clins d'oreille sont consacrés, voir l'entretien avec Philippe Claerhout) de par une maturation accrue et un caractère progressif davantage développé. Vivement la conclusion de ce triptyque qui n'a rien à envier à bien des œuvres étrangères et défend avec vigueur et simplicité les couleurs d'un progressif à la française.

Jean-Guillaume LANUQUE

Entretien avec Philippe CLAERHOUT :

Pourquoi ce volume 2 sur Claude Monet est-il finalement sorti fin 2005, alors que vous l'aviez initialement annoncé pour début 2003 dans l'interview que vous aviez donné à Big Bang (numéro 43) ?

Ce retard dans le calendrier confirme que XII Alfonso est un groupe besogneux, obsessionnel. En fait le calendrier initialement prévu était tout simplement intenable, tant nous aimons peaufiner, faire, défaire, laisser mûrir, reconstruire, abandonner et finalement reprendre la moindre parcelle de musique. Heureusement, il y a toujours l'un d'entre nous pour dire «Bon les gars ça y est, on n'ira pas plus loin», pour faire sienne la devise de François Truffaut «On ne finit jamais une œuvre, on l'abandonne». Et c'est difficile de trouver ce point d'équilibre à partir duquel on ne fera plus avancer un morceau, et au contraire à partir duquel à force de travailler, on va abîmer ce qui a été fait. Partant de cette question, nous ne nous hasardons plus à donner la moindre date de sortie pour Monet volume 3, mais 2007 semble être une échéance réaliste. Avec entre temps un album plus léger, un vieux projet qui me tient à cœur, à base de pièces plus acoustiques, moins habillées que ce que nous faisons avec Monet, qui s'appellera probablement «La mémoire désancrée», un album un peu plus à base de guitare probablement, mais pas exclusivement.

Le packaging de ce volume 2, ainsi que la caligraphie du nom du groupe, diffèrent de ceux du volume 1 : pouvez-vous nous en dire les raisons ?

L'idée n'est pas de brouiller les pistes, mais de tenter de se réinventer à chaque album. Essayer à chaque fois quelque chose de nouveau. Et si l'apparence change, c'est bien le signe qu'il n'y a probablement pas un «style» XII Alfonso, mais une variété de facettes qui créent l'identité du groupe.

Il y a toujours une très grande variété de styles sur votre disque : jazz, celtique, acoustique, voire même des influences de cartoons ou d'un compositeur de musiques de films comme Danny Elfman : qu'est-ce qui commande la présence à tel moment de tel style ? La mélodie précède-t-elle toujours le type d'arrangement choisi ?

La mélodie précède souvent l'arrangement choisi, et il y a souvent une différence notable entre la maquette d'un titre et sa forme définitive. Parfois il ne reste presque plus rien de l'idée initiale, l'un d'entre nous apporte une idée, et les autres s'échinent à la triturer, la déformer, la «pourrir» (expression de Michael notre pianiste), la modeler jusqu'à ce qu'elle devienne un morceau de musique de XII Alfonso. Ça passe bien sûr par une dépossession de ce qu'on apporte, mais ça ne se fait pas dans la douleur, c'est en général un processus d'enrichissement des idées, chaque morceau vit son propre cheminement jusqu'à être livré à l'auditeur. C'est un travail acharné, un processus de création à la fois très impulsif, parfois, et très studieux, souvent. Avec beaucoup d'autocritique, pas mal de coupes franches dans les morceaux : «Bon là objectivement on s'emmerde, on enlève telle section, ok ?». Le morceau «Madrid» par exemple comportait une section additionnelle qui a été coupée. C'est souvent François et Michael qui jouent le rôle des bouchers. Moi je serais plutôt du genre à pleurer pour qu'on garde tout !! (rires)

A cet égard, pourquoi avoir fait le choix du tout instrumental pour ce second volume ?

Parce qu'aucun texte, aucune chanson ne s'est naturellement imposée. Nous avions bien une maquette pour une chanson sur la période londonienne, un morceau interprété par Barry Palmer, mais qui n'a pas été finalisé. Peut être en bonus sur Monet 3, on verra... Et au final ça donne peut être une plus grande unité à l'album... Et puis, c'est notre premier album vraiment instrumental. Qui sait si un jour il n'y aura pas un album exclusivement constitué de chansons ?

Vous limitez-vous au public progressif pour sa promotion, ou tentez-vous de toucher un auditoire plus large, en particulier du côté des amateurs de peintures ?

Notre idée est de tenter de nous faire référencer auprès de la Réunion des Musées Nationaux quand le projet sera bouclé, avec la trilogie en poche. Mais c'est un milieu difficile à pénétrer. Mais bien sûr ce serait très beau que la trilogie soit disponible à Giverny, au musée d'Orsay, à l'Orangerie. Mais c'est un autre chantier à mettre en place d'ici un ou deux ans.

J'ai personnellement senti davantage de gravité et de tristesse dans ce volume 2, parfois derrière des thèmes plus enjoués : qu'en pensez-vous ?

C'est possible, là je manque un peu de recul pour répondre. Mais nous tentons de retranscrire aussi bien les élans que les pires angoisses de Monet, bien sûr sans partie pris du genre «Là il faut un thème mineur pour évoquer la tristesse», ce serait abominable. Nous tentons d'évoquer, de suggérer plutôt que de dire. Et effectivement, un thème enjoué peut véhiculer une grande palette d'émotions.

Avez-vous, dans ce volume 2, comme vous l'aviez fait pour le volume 1 avec le thème de Fantômas, caché quelques mélodies particulières ? La présence de Louis de Funès en photographie et pour un très court extrait de dialogue pourrait le faire penser ! De même, avez-vous fait des clins d'œil à certains de vos artistes préférés ? On pense ainsi à Tony Banks en entendant certaines sonorités de piano sur «Croisade pour Olympia» ou «Ce que disent les arbres»...

La référence à Tony Banks est totalement involontaire. En revanche, oui, nous sommes prêts à offrir un exemplaire de Monet 2 dédicacé par le sosie de Louis de Funès à la personne qui pourra localiser dans le disque le maximum de clins d'œil parmi les suivants :

- Chemin dans les falaises (XII Alfonso)

- Les Beaux jours de Giverny (XII Alfonso)

- Billy Jean (Michael Jackson)

- Pierre et le Loup (Prokofiev)

- La Danse des Rabbins, extraite de la musique de Rabby Jacob

- Pour un flirt avec toi (Michel Delpech)

Réponses à cette adresse.

Et je pense que j'en oublie.........

A quoi peut-on s'attendre pour le volume 3 ? Y aura-t-il des invités prestigieux ? Pour quand peut-on l'espérer ?

On va tenter 2007, mais c'est sous toute réserve. Au niveau des invités, des contacts sont pris, mais rien de sûr pour l'instant. Peut être David Paton à la basse. J'aimerais beaucoup aussi quelques notes de guitare de Francis Dunnery. On va à coup sûr travailler avec un bassiste de Dijon, Fabien Lo Cicero, qui a un super toucher de fretless. Musicalement, François a récemment exhumé, presque par accident, une vingtaine de maquettes que nous avions écrites il y a bien longtemps pour Monet 3, et à notre grande surprise, il y en a une douzaine qui nous plaisent encore. On part donc avec pas mal de matière. On pense aussi à une longue pièce qui pourrait clore l'album. Mais si on fait le compte, je pense qu'on a de la matière pour des Claude Monet vol 4 et vol 5 !!!!! Mais il faudra savoir s'arrêter, passer à autre chose. Et puis de toute façon, Claude Monet va bien mourir un jour, probablement dans Monet 3, alors voilà, ce sera fini.

Une fois la trilogie achevée, sortirez-vous, à l'instar d'un George Lucas, un coffret récapitulatif ? Cela pourrait d'ailleurs être l'occasion de corriger quelques erreurs de disposition des morceaux : sur l'édition de Muséa dont je dispose, le onzième morceau («Dans la flaque du petit jour», curieusement intitulé «matinées sur Seine» dans le livret) est en effet sur la quinzième piste, décalant d'autant les morceaux précédents («Elégie pour Suzanne» est ainsi le onzième morceau, «Le pont japonais» le douzième, etc.).

Oui l'idée d'un joli coffret est très tentante, et puis ça pourrait donner une seconde jeunesse à l'ensemble du projet. On verra quand ce sera terminé. Mais en général, on est tellement dans le projet suivant, avant même d'avoir bouclé celui en cours, qu'on ne peut être sûr de vouloir/pouvoir mobiliser la moindre énergie pour travailler sur de la matière existante. Et effectivement on a tellement bossé sur le Vol 2, tellement peaufiné le truc qu'une énormité, un décalage dans l'ordre des titres vers la fin de l'album, est passée à travers les mailles du filet. C'est souvent comme ça quand on est trop dans quelque chose, le nez sur la toile en quelque sorte, on s'obstine sur un million de détails et on ne voit pas un truc évident. C'est quelque chose qui est un peu déstabilisant mais que l'on peut corriger si l'on écoute l'album en suivant le livret. Ce n'est pas faute d'avoir travaillé, je pense que c'est faute d'avoir trop travaillé dessus...

C'est la première fois que vous participez à un projet collectif comme celui de l'Odyssée : qu'est-ce qui vous a motivé pour vous lancer dans cette entreprise ? Que pensez-vous des projets précédents initiés par Colossus ?

Quand l'association Colossus nous a contacté pour nous demander si nous étions partants, nous n'avons pas hésité une seconde. On a essayé de se rappeler des premières années du groupe, et on s'est demandés comment on aurait réagi à l'idée qu'on nous propose qu'un de nos morceaux figure sur un disque... On aurait sauté au plafond bien sûr, donc on a tenté de garder cette fraîcheur, cet enthousiasme. C'est un bon moteur pour la création. Quant aux autres créations de Colossus, très honnêtement je n'en connais rien. Et puis c'est vrai qu'on avait déjà fait un clin d'oeil à Ulysse et Pénélope sur notre album Odyssées il y a quelques années.

Comment avez-vous composé votre morceau avec cette contrainte de durée et d'instruments à utiliser ? Pourquoi avoir choisi cette partie du récit d'Homère, et ne pas y avoir inclus de paroles ?

On était trop content d'avoir le passage du cyclope !!! Pour la compositions, tout s'est fait très vite, on a essayé de jouer la carte de la spontanéité. Si on met bout à bout les séances de travail qu'on s'est accordées pour ce projet, le morceau a été composé et enregistré en 5 jours. Pour des besogneux comme nous, c'est ce qu'on appelle bousculer ses habitudes. Et on s'est encore amusés comme des fous avec des nouveaux jouets, comme le thérémine. Pas de morceaux ou de thèmes cachés cette fois par contre. Mais c'était intéressant de voir aussi qu'on pouvait travailler vite, honorer une commande. Ca peut être enrichissant de se voir imposer des contraintes.

On trouve, en introduction de «From Ismarus To The Land Of Death», un passage très inspiré de la musique religieuse, tout comme sur le très beau «Tout change, quoique pierre» : est-ce un hasard objectif ?

C'est peut-être quelque-chose que l'on doit inconsciemment à Thierry et Jean-Luc Payssan. A force de les entendre vanter les mérites de Guillaume de Machaut, j'ai fini par acheter La Messe de Notre Dame, de ce dernier, et c'est vrai que c'est absolument sidérant. J'ai depuis investi dans plusieurs œuvres d'un compositeur un peu plus récent, Cipriano de Rore (sa Messe contre l'ordre des choses est sublime), ainsi que dans des choses plus Renaissance, comme Marc Antoine Charpentier. Et même si ça ne se fait pas de façon délibérée, ce sont des nourritures forcément enrichissantes, des vitamines un peu inhabituelles, et peut-être que ça rejaillit sur ce que l'on fait, je ne sais pas, je l'espère. Très humblement.

Comment trouvez-vous les contributions des autres groupes ? Lesquelles vous ont le plus convaincu ? Serez-vous prêt à tenter de nouveau ce genre d'expériences ?

Je n'ai pas encore écouté le projet dans son ensemble. J'ai écouté les morceaux de Nexus (avec qui on avait joué au Baja Prog) et de Minimum Vital, et j'aime bien les parties vocales de Glass Hammer.

Pourquoi dans l'Odyssée comme sur Claude Monet Vol. 2, ce jeu sur les noms de DJ ayant soi-disant mixé l'ensemble ? Cela semble en tout cas confirmer l'impression que vous faites preuve de beaucoup d'humour !

On peut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux...

Avez-vous des projets de scène ? Aura-t-on la chance de vous voir interpréter les deux volumes de Claude Monet dans le cadre d'un spectacle conceptuel ?

Ce serait absolument merveilleux de monter la trilogie Monet sur scène. Ca nous paraissait a priori infaisable, jusqu'à ce que nous ayons l'occasion de jouer quelques extraits de Monet lors d'une prestation un peu surréaliste au Musée du Louvres il y a 2 ou 3 ans, ça nous a rassuré sur le potentiel scénique de Monet. Nous en parlons avec Michael, ça commence à nous démanger très sérieusement. Mais ça demande un travail de mise en place colossal, de recruter des musiciens, un investissement en temps et en énergie très important, donc c'est quelque-chose qui ne se fera que dans la perspective d'avoir plusieurs dates, comme une mini-tournée. On ne peut pas faire ça pour un ou deux concerts isolés. Avis aux tourneurs, programmateurs de concerts et de festivals, et aux mécènes qui lisent Big Bang... Vous pouvez nous contacter à cette adresse.

Pour terminer, pouvez-vous nous citer quelques albums récents qui vous ont particulièrement marqué, dans l'univers progressif ou ailleurs ? Les rédacteurs de Big Bang sont en train de finaliser leur classement des quinze meilleurs albums de 2005, peut-être pourriez-vous nous en proposer une dizaine ?

Dans le registre progressif, il y a l'album de Kino, Pictures. Ca fait plaisir, à défaut de retrouver It Bites, d'en retrouver un membre dans ce projet. Je regrette la voix un peu fade du chanteur, car il y a musicalement de très bonnes idées. Le dernier Porcupine Tree comporte aussi quelques titres sympas, comme le single «Lazarus». Autrement, j'ai bien flashé sur l'album d'un contrebassiste suisse, Mich Gerber, The Endless String, un mélange de jazz, de world, d'électro, un truc assez aventureux et pas opportuniste. Dans un registre jazz, l'album solo de Manu Katche avec Ian Garbarek est très classieux, enfin un disque de batteur où le principal intéressé ne se met pas en avant !! Le nouveau Duncan Sheik, White Limousine, est très raffiné aussi. Quelques idées intéressantes dans le dernier Depeche Mode. Des song writers comme Tom Baxter ou Mark Geary ont également fait des albums intéressants. Il y a aussi un groupe qui marche bien en Ecosse, Runrig, avec des influences celtiques, leur album Proterra est riche de belles mélodies et d'hymnes qui ne vous sortent pas de la tête. J'ai également découvert un véritable ovni musical, via France Inter, un groupe qui s'appelle Anthony and the Johnsons, totalement indescriptible. Le chanteur est peut-être une chanteuse, j'ai pas très bien compris, c'est un album complètement envoûtant pour qui est sensible à des chansons délicatement arrivées sur Terre en provenance d'une autre planète. Un peu Jeff Buckley réincarné en Mark Hollis... Dans un autre registre, Nick Dunne est un chanteur guitariste anglais autoproduit, qui digère intelligemment le style et l'humour de It Bites dans son album Kiss my Stupid Mouth. Mais LA révélation de l'année reste incontestablement la jeune, talentueuse et très prometteuse Katie Melua. Ses deux albums Call off the Search et Piece by Piece sont de vraies merveilles. Voilà voilà, il faut penser à se mettre pleins de belles, riches, différentes et jolies choses entre les oreilles.

(chronique et entretien parus dans Big Bang n°61 - Avril 2006)