BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. In The Scent Of The Night (5:46)
2. Over The Sea (3:41)
3. The Last Flower (4:37)
4. Timing (4:29)
5. One Day (3:40)
6. Different ways (4:50)
7. Maybe Time (3:06)
8. Across The Styx (4:42)
9. Distant Lights (5:02)
10. How Can I Believe (4:37)
11. The Secret (5:54)
12. Blind Is The Light (7:04)

FORMATION :

Mikael Askemur

(chant, basse, claviers, guitares)

Sven Larsson

(guitare, chœurs)

Jonas Thurén

(batterie, chant)

XINEMA

"Different Ways"

Suède - 2002

Unicorn Records - 57:39

 

 

Le fan de prog est prévisible. Faites-lui écouter une musique, qui lui rappelle celle de groupes qu'il a aimés par le passé, et il sera invariablement heureux. Si la musique en question jouit de plus d'un aspect formel dénué d'aspérités et d'une haute inspiration, nul doute que le Nirvana sera à portée d'oreille pour notre incorrigible mélomane...

Sans forcément l'avoir prémédité, Xinema bénéficie pleinement de cet effet vertueux, en signant un premier album qui renvoie à l'archétype progressif de la fin des années 70 et du début de la décennie suivante. Les compositions sont plutôt ramassées (12 ici, de 3:06 à 7:04), les mélodies efficaces, les instrumentistes talentueux, la guitare volubile à souhait, les claviers spatiaux en diable, et le chant irréprochable à défaut d'être le principal vecteur de séduction du groupe...

Cette description peut d'ores et déjà avoir fait germer un nom (ou deux) dans votre esprit. Si c'est le cas, nul doute alors que cette intuition traduise une bienveillance (voire plus) à l'égard de la formation en question, à savoir Saga (ou Rush). Different Ways renvoie en effet indubitablement au(x) groupe(s) canadien(s), notamment du fait de la grande complicité qui unit guitariste (émule de Ian Crichton, plus que Alex Lifeson) et claviériste...

Mais les analogies entre Xinema et certains ténors de notre mouvement ne s'arrêtent pas là. Des effluves du Yes de 90125 émanent également de certains passages de cet album, notamment quand des accords de voix retentissent au sein de séquences instrumentales fougueuses. Quant au chant à proprement parler, il n'évoque pas non plus celui de Michael Sadler (ou de Geddy Lee), mais tend plutôt à prendre les (bonnes) manières du John Wetton de Asia...

Ainsi, au regard des structures musicales assez limpides (on est évidemment plus proche ici de Galleon que de Änglagård, pour prendre des exemples suédois), le fan de prog n'apparaît au final pas si pavlovien que cela. Car, il est impossible de donner raison au groupe quand il affirme que «[sa] musique n'est pas destinée au amateurs de groupes comme Änglagård ou King Crimson»... Il suffit de regarder le sommaire des derniers numéros de Big Bang pour constater combien le monde progressif (au sens large et à de rares exceptions près) n'est aucunement replié sur lui-même, mais avide au contraire de franchir les frontières qu'on lui impose ou qu'il s'est imposées... En ce sens, la brièveté et le caractère direct des morceaux de Different Ways n'engendre ni frustration ni regret de la part de l'auditeur, tant ils se terminent avec justesse. Cet album possède une personnalité propre, dont on ne retient logiquement au départ que les références au passé, mais qui propose à l'arrivée un rock progressif parfaitement léché et cohérent.

Nulle raison par conséquent de ne pas profiter pleinement du progressif immédiat et 'punchy' de Xinema, tout en se réjouissant par exemple de la reformation d'Änglagård (malgré la perspective sans cesse repoussée d'un nouvel album)...

Désolé de faire sortir cette chronique de ses rails, mais le discours 'maladroit' des membres de Xinema ne peut être que source de cloisonnement, alors que son parcours est exemplaire du point de vue du désintéressement commercial et de la passion artistique, le groupe ayant connu en quinze ans d'existence de multiples remous dont il ne souffre visiblement d'aucune séquelle...

Paatos, Flower Kings et Xinema : trois groupes au sommaire de ce numéro, qui prouvent, non seulement que la Suède offre l'un des plus beaux panoramas progressifs actuels, mais aussi que notre courant est multiforme et nullement engoncé dans des valeurs surannées...

Olivier PELLETANT

(chronique parue dans Big Bang n°47 - Décembre 2002)