
PISTES :
1. Colours (5:08)
2. Train To Nowhere (4:50)
3. Talk (5:54)
"Speak To The World" :
4. Part I - Awakenings (1:57)
5. Part II - Newtons Cradle (4:58)
6. Part III - At The Hovel Of Eddies (0:51)
7. Part IV - Basic Communication (4:48)
8. Life The Way I Knew It (3:41)
"Ghost Of A Memory" :
9. Part I - Nothing To Fear (4:00)
10. Part II - Grapes Of Wrath (0:43)
11. Part III - The Passage (1:18)
12. Part IV - Black Pigeon (5:22)
13. Part V - Deus Ex Machina (1:26)
14. Dust In Your Eyes (5:40)
FORMATION :
Mikael Askemur
(chant, basse, claviers, guitare)
Sven Larsson
(guitare, chant)
Jonas Thurén
(batterie, chant)
XINEMA
"Basic Communication"
Suède - 2006
Unicorn Records - 50:31
La ponctualité est, parait-il, la politesse des rois. Sans doute est-ce pour cela que Xinema, trio suédois révélé il y a quatre ans avec l’excellent Different Ways, collection de chansons prog façon ‘FM’ ambitieuses et sophistiquées, affiche un profil plutôt modeste : difficile, en effet, d’espérer conquérir les ondes radiophoniques avec vingt-cinq ans de retard ! C’est d’ailleurs là à peu près la seule objection qu’on puisse lui faire, car pour le reste, son nouvel opus, Basic Communication, s’avère un successeur largement à la hauteur de son brillant premier essai, luxueusement mis en forme, riche, tranchant et inspiré. Que voulez-vous, on a la classe, ou on ne l’a pas !
Il faut dire que la production est absolument impeccable, quasiment stylée, avec un son équilibré et d’une formidable clarté, sans le moindre accroc, digne de la grande époque des Toto, Styx et autres Foreigner. Et puis – tâchons de ne pas nous arrêter à des apparences trompeuses, même si elles influent beaucoup dans l’appréciation du présent album – la musique de Xinema n’est sans doute pas assez formatée pour être aussi facilement assimilée à une vague resucée FM, trop ambitieuse, en somme, pour se conformer au moule dans lequel on voudrait presque inconsciemment la faire rentrer - on serait bien en peine, par exemple, malgré une séduction immédiate et presque viscérale, d’en extraire un riff ou un refrain facilement mémorisable. C’est en ce sens qu’elle se distingue de tous les modèles qui l’ont précédé, et pourrait bien faire un malheur auprès des aficionados progressifs exigeants, tout du moins ceux qui sont à la recherche d’une continuité, curieux de savoir ce que le rock des années 80 aurait pu devenir s’il n’avait été bridé par des exigences bassement commerciales.
De ce point de vue, Xinema nous comble littéralement, les pieds enracinés dans le meilleur de la tradition rock mélodique anglo-saxonne (prononcez ‘AOR’, pour faire plus court), et la tête bien dans son époque, tournée vers l’avenir. On mettra peut-être plus particulièrement en exergue les trois premiers titres, dont l’efficacité mélodique n’a d’égale que la profondeur des arrangements et la densité de l’instrumentation, touffue sans être pour autant étouffante. Quelque part entre Asia, Toto, Saga, Rush, voire Simple Minds lorsque les synthétiseurs se répandent en nappes froides et éthérées, ces petits bijoux de symphonisme pêchu semblent ramper sur une basse sinueuse et profonde, transpercés par une guitare électrique au flegme nerveux, jouée avec un détachement virtuose qui pourrait presque passer pour de la froideur, mais qui n’est que pure classe ! Le chant est au diapason, assuré par Mikael Askemur dans un anglais impeccable, avec une prestance déliée d’une rare élégance. A tel point que chacune de ces pièces, d’une durée pourtant restreinte (entre 5 et 6 mn, tout au plus), semblent s’étirer à l’infini, au fil du plaisir ininterrompu qu’elles suscitent chez l’auditeur.
Moins immédiates, mais tout aussi travaillées, les compositions qui suivent distillent à leur façon une magie presque similaire, d’autant que Xinema, sans nous offrir de véritable ‘epic’, tente d’approfondir son propos en liant ses morceaux au sein de suites courtes et contrastées. Si, dans ce registre, «Speak To The World» s’avère peut-être un chouia trop délayé pour susciter un enthousiasme aussi aigu, «Ghost Of A Memory» (13 minutes bien négociées !), en revanche, nous plonge dans un passionnant enchaînement de séquences capiteuses, exacerbées par un jeu de guitare vif et acéré, presque spasmodique sur le final. Au total, même si l’on reste sur le sentiment que l’album est légèrement déséquilibré - les morceaux les plus inspirés étant situés dans sa première partie -, il s’en faut tout de même de peu pour atteindre le sans faute.
Malgré des influences nettement identifiables, tout en étant relativement diluées, Xinema possède une véritable personnalité, car il a de sa musique une conception précise alliée à un goût très sûr. Je n’hésite donc pas à placer cet album parmi les meilleures réussites de ces derniers mois (encore une, eh oui !…), dans un genre certes quelque peu en marge des canons progressifs habituels, mais qui ne devrait pas manquer de séduire ceux qui, par exemple, ont craqué pour le récent Trust de Saga. Amis amateurs de rock enivrant et distingué, ou Xinéphiles récemment convertis, le nirvana vous est acquis !
Olivier CRUCHAUDET
(chronique parue dans Big Bang n°63 - Automne 2006)

