BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques


PISTES :

1. April Skies
2. Lex The Fly
3. Mr. Chairman
4. Take Me Home
5. In Memorial Of... (Taj Mahal, Part I)
6. By The Golden River (Taj Mahal, Part II)
7. Waves Of The Sea (Taj Mahal, Part III)
8. Green Mile
9. Cosmic Virus
10. Material World
11. A Snake In Paradise
12. Xsavior

FORMATION :

Göran Edman

(claviers)

Benny Jansson

(guitare)

Mathias Garnås

(basse)

Matt Norberg

(claviers)

Daniel Flores

(batterie)

XSAVIOR

"Caleidoscope"

Suède - 2005

Atenzia Records - 64:45

 

 

Xsavior, au cas où vous ne connaîtriez pas, est un nouveau groupe de prog suédois. Ce genre de groupe qui ne lésine pas sur les rythmes syncopés, les cassures, les contrastes, abondant à souhait dans un dynamisme de bon aloi, ne négligeant pas les solos échevelés, duos guitare/clavier redoutables en dérapages incontrôlés censés représenter la fougue de la jeunesse et son absence de limite et de contrainte. Cela grince, «bouffone», au risque de provoquer parfois des dissonances de registre. Tout ça brille d’une lueur pétillante, avec une fièvre de l’interprétation qui fait jaillir les notes comme une source chaude et suscite des émotions fondatrices, des sensations puissantes qui proviennent de l’enfance. A 1000 lieues du prog’ traditionnel suédois représenté par Flower Kings ou Ritual.

Les deux premiers morceaux, véritables vitrines musicales du disque entier, laissent se télescoper le Bowie le plus rock et le plus moderne (Heroes ou Tin Machine ?), Queen, The Tubes (surtout le génial premier album de ces américains hors norme), et les groupes prog’ qui leur doivent tout (comme, au hasard, ACT, Enchant…). Bien, mais proche de la surcharge. A éviter les lendemains de bringues, les jours ou le mal de cheveux et le foie fragilisé nous oblige à nous engloutir dans le silence des déserts que rien ne trouble.

Après ce début en fanfare, la suite est moins débridée/pétillante, plus raisonnable. Une connexion franche avec un Saga un peu secoué, ou le Dream Theater le plus radiophonique. De temps à autres ça se calme, il s’installe comme une sorte de mièvrerie inattendue. Puis ça s’excite de nouveau et ça se prend pour une vraie réunion de surdoués. On se sent tout de suite mieux, revivifié, comme si on avait avalé un grand bol d’Ovomaltine par une matinée glaciale de janvier (un rapport avec le prog’ ?). On rentre alors de plein pied dans le monde ‘tachycardique’ de Dream Theater. Cette abondance de sons typique de toute jeunesse, qui souvent vise le comblement d’une éternelle béance, d’une blessure, d’un manque. Ce débordement créateur qui est comme une allégeance à plus fort que soi, à ce qui nous habite et nous possède.

En fin de compte, Xsavior peut être considéré comme le promoteur d’un autre son, un précurseur de forme quand il essaye de proposer un langage nouveau dans le Hard prog, une syntaxe novatrice, plus mélodique, plus légère, tout en entretenant des rythmes dionysiaques, une vitalité sonore rafraîchissante, une matière fluide et complexe. Mais se réfugier trop souvent dans ce pseudo modernisme peut passer pour du conservatisme quand il sacrifie trop au nouveau dogme formaliste en vigueur dans le prog ‘ricain’ imaginé par Dream Theater. Cela risque de nous abuser et nous faire croire qu’on avance dans la modernité, le futur du prog alors que l’on stagne à force de profiter du vent de l’histoire pour gonfler ses propres voiles, sans vision personnelle, sans réelle émotion.

Alain SUCCA

(chronique parue dans Big Bang n°59 - Octobre 2005)