
PISTES :
CD 1 :
1. Solitude (2:57)
2. Nature (2:32)
3. Air Over (2:32)
4. Crossing The Line (4:46)
5. Man Of Leo (2:02)
6. Stellar (2:53)
7. Space Theme (3:12)
8. Space Requiem (3:20)
9. Space Song (2:00)
10. Carnival (2:46)
11. Ghost Machine (2:06)
12. Surfspin (2:25)
13. Time Is here (2:46)
14. Winner/Loser (4:10)
15. Space Song (Live) (2:30)
16. Carnival (Live) (1:12)
17. Windspin (Live) (9:30)
18. Ghost Machine (Live) (3:43)
19. Surfspin (Live) (2:20)
20. Time Is here (Live) (9:20)
21. Winner/Loser (Live) (5:10)
CD 2 :
1. Solitude (Live) (2:00)
2. Nature (Live) (4:25)
3. Air Voice (Live) (1:10)
4. Crossing The Line (Live) (7:50)
5. Man Of Leo (Live) (15:30)
6. Stellar (Live) (1:25)
7. Space Requiem (Live) (3:35)
8. Prelude (3:03)
9. Seen You Before (6:15)
10. Madness (5:59)
11. Mysteries Of Love (6:42)
12. Wheels Of Fortune (5:35)
13. Beauty (5:10)
14. You And Me (6:59)
15. Ecliptic (2:28)
FORMATION :
Stomu Yamashta
(synthétiseurs, tympani, percussions, piano)
Steve Winwood
(piano, chant, orgue, guitare, string synthétiseur)
Michael Shrieve
(batterie)
Klaus Schulze
(synthétiseurs)
Al DiMeola
(guitare)
INVITÉS
Rosko Gee
(basse)
Chris West
(guitare)
Pat Thrall
(guitare)
Julian Marvin
(guitare)
Bernie Holland
(guitare)
Don Harvey
(guitare, chant)
Peter Robinson
(claviers, synthétiseurs)
Jerome Rimson
(basse)
Paul Jackson
(basse)
Brother James
(percussions)
Lennox Langton
(congas)
Hisako Yamashta
(violon, voix)
Jess Roden
(chant)
Linda Lewis
(chant)
Karen Friedman
(chant)
Liza Strike
Doreen Chanter
Ruby James
Thunderthighs
(chœurs)
STOMU YAMASHTA'S GO
"The Go Sessions"
International - 1976-77
Raven Records - 74:12 / 78:06
C’est aux antipodes (Australie) qu’il faut aller chercher une réédition de la période «Go» de Stomu Yamashta, Raven Records en ayant récemment regroupé la totalité sur un double CD. Bizarre… mais peut-être finalement pas tant que ça. Il faut dire qu’il est difficile d’aborder la description de telles œuvres en faisant preuve d’une impartialité totale : pour beaucoup, ces trois opus, à savoir Go, Live From Paris et Go Too, comptent parmi les pires albums de rock progressif jamais créés ! Avec le recul des années, il paraît presque indéniable que l’élaboration de ce genre de projets, au même titre, par exemple, que les œuvres de Rick Wakeman de la même période, a contribué à «tuer» le rock progressif. Le côté fourre-tout, la présence de parties orchestrales, la durée des titres, la prétention de leurs concepts et l’immense renommée (sans parler de leur technique incommensurable) des musiciens qui officient sur ces albums sont autant de grain à moudre pour les détracteurs de la musique progressive.
Soit, mais là où le bat blesse, c’est qu’une frange non négligeable du public dit progressif rejette également ces albums en bloc, alors qu’il ne viendrait certainement pas à l’idée à cette même frange de vilipender les premières œuvres de l’Alan Parsons Project, pourtant très proches, à bien des égards, des albums qui nous intéressent ici. Cependant, en profitant de ce même recul, vous allez découvrir par vous-mêmes que la réhabilitation de telles œuvres s’impose d’elle-même. Il s’agit juste, comme à l’accoutumée, d’une simple question de point de vue. Tout d’abord, il faut faire abstraction du glorieux passé du percussionniste nippon. Il est évident que cette période «Go» ne peut, en aucun cas, rivaliser avec celle, tellement plus ambitieuse et novatrice qui vit Stomu Yamashta être rattaché à la fameuse école dite de Canterbury.
Né en 1947 à Kyoto où il étudia la musique classique jusqu’à l’âge de 16 ans, il part ensuite apprendre la batterie jazz à la réputée Berkley School de Boston. Toujours aux USA, il intègre différents orchestres jazz ou classiques. Il part ensuite pour l’Angleterre, où il se fait connaître avec l’album Red Buddha (dont la musique, disons… contemporaine, a servi de support à un ballet), puis décide de fusionner jazz, rock, musique classique et orientale au sein de ses formations Come To Edge (un album en 1972 où l’on retrouve, entre autres, Morris Pert) puis East Wind (trois albums avec, notamment, Hugh Hopper). De ces albums ont été extraits des passages qui serviront de supports musicaux aux films «Les Diables» de Ken Russell (1971, qui a marqué la mémoire de nombreux cinéphiles avec sa horde de nonnes emprunte de frénésie sexuelle, mais je m’égare…) et «L’Homme Qui Venait D’Ailleurs» de Nicholas Roeg (LE rôle de Bowie).
Fort de cette renommée, et décidé à marquer un grand coup, Stomu retourne aux USA et rencontre Michael Shrieve, le batteur de Santana, lui aussi décidé à explorer de nouveaux horizons musicaux, ainsi que Steve Winwood. Winwood s’était fait un peu oublier depuis la dissolution de Traffic. En fait, il s’intéressait alors fortement aux musiques africaines et Portoricaines, et pensait certainement que cette collaboration allait le faire réapparaître au premier plan. D’autant plus que d’autres grands noms, et non des moindres, allaient s’ajouter à cette liste déjà prestigieuse. Il s’agit en effet d’Al Di Meola et de Klaus Schulze ! Rosko Gee (Traffic) à la basse, Pat Thrall aux guitares, Hisako, l’épouse de Stomu, au violon, des percussionnistes, des choristes et un orchestre d’une vingtaine de musiciens complètent les sessions de l’album Go qui sortira au printemps 1976.
Alors ? Tout de go (hi, hi…), qu’est-ce qui a pu, à ce point, rendre cet album si rebutant ? Eh bien, de mon point de vue, pas grand-chose. Même si, avec son générique des plus impressionnant, cette superproduction laissait évidemment augurer d’une œuvre disons… plus marquante. Il est logique que la promotion de l’album se soit faite à l’époque sous le nom des prestigieux intervenants ici présents. Aussi, il y a fort à parier que les fans de Santana aient été déçus : nous sommes ici à mille lieues du latino rock. Quant aux «spatio-addicts», le relatif retrait de Klaus Schulze leur a, sans doute, rapidement fait mettre le disque au placard. Les jazz-rockers n’ont su, eux, se contenter des quelques interventions d’Al Di Meola qui parsèment l’album.
Seul Steve Winwood tire son épingle du jeu. A un point tel, d’ailleurs, que cet album lui est souvent directement affilié. Une poignée d’extraits des deux suites qui le constituent vont même se retrouver sur une compilation de l’artiste sortie en 1995. Pourtant, il n’a que très peu participé à l’écriture de l’album, Stomu Yamashta se chargeant de la musique, et Michael Quatermain des textes. Au final, c’est tout de même sa voix et son jeu à l’orgue et au piano que l’on retient en premier lieu de l’écoute de Go, ce qui finit de donner une forte coloration soul à l’ensemble, d’où le rejet catégorique d’une partie des progsters. CQFD !
Eh bien tant pis pour eux, et laissons au mélomane à l’esprit ouvert le soin d’apprécier pleinement cette œuvre riche et constante. Car oui, une fois assimilées toutes ces remarques, Go est un bon album, à ranger aux côtés, comme signalé précédemment, des meilleures créations de l’Alan Parsons Project, les dénominateurs communs étant une rigueur formelle irréprochable, et des arrangements orchestraux dans un contexte accessible et mélodique jamais remis en défaut. Si les interventions de Klaus Schulze se limitent à quelques introductions synthétiques et celles d’Al Di Meola à de somptueux mais épars soli, elles embellissent tout de même l’ensemble de par leur justesse, et brisent l’installation de l’évidente «kitscherie» propre à ce genre de projet.
Bref, Go reste un témoignage tout à fait recommandable d’une époque pendant laquelle le souci d’accessibilité dans la moindre velléité ambitieuse était synonyme de survie pour les artistes. Le véritable tour de force de Stomu Yamashta fut, quelque mois plus tard, de réussir à réunir, à peu de changements près, le même casting pour une courte tournée qui vit le Royal Albert Hall de Londres et le Palais Des Sports de Paris l’accueillir. Un enregistrement fut rapidement proposé à la vente.
Live in Paris, donc, sort à l’époque sous la forme d’un double LP. Il est entièrement retranscrit sur le double CD qui nous occupe ici. Sous l’angle progressif stricto sensu, Live In Paris est plus à même de rallier à sa cause un grand nombre d’adeptes : il reprend l’ensemble des parties constituant les deux suites de Go, mais sous un ordre différent, correspondant plus au développement linéaire du concept (l’histoire «commençant» sur la face B en studio), et en les étendant sur la durée d’un double LP. Une plus grande place est par conséquent accordée aux envolées spatiales de Klaus Schulze (et du maître de cérémonie, ne l’oublions pas, puisqu’il officie aux synthétiseurs en plus de ses percussions mélodiques) et aux démonstrations guitaristiques d’Al Di Meola (à attendre les clameurs du public à l’énoncé de leurs patronymes, c’est pour eux qu’il s’était déplacé ce soir-là). De plus, l’orchestre brillant ici par son absence, la mièvrerie sous-jacente qui discréditait Go se trouve amoindrie. Le jeu de batterie de Michael Shrieve est également bien mieux mis en valeur et, pour finir, la présence d’une seule, mais très douée, choriste titillera les oreilles des «floydophiles» avertis, une ambiance à la «Great Gig In The Sky» se faisant perpétuellement ressentir.
Pourtant, une fois encore, c’est la prestation (de toute beauté, il est vrai, pour peu que la soul blanche du bonhomme ne vous rebute pas) de Steve Winwood que les critiques de l’époque auront retenus. Est-ce pour cette raison qu’on ne le retrouve pas sur Go Too, qui sort l’année suivante ? Ou bien Winwood, une certaine notoriété retrouvée, décida-t-il de partir voler de ses propres ailes ?
Toujours est il que Go Too reprend plus ou moins les mêmes recettes que son prédécesseur. Un claviériste supplémentaire, une chanteuse et un chanteur pallient l’absence de Steve Winwood. Klaus Schulze, Al Di Meola, Michael Shrieve et un orchestre sont de nouveau présents. Go Too est, une fois encore, constitué de deux «faces» construites de morceaux enchaînés. Cependant, et certainement grâce à la présence de Winwood, si Go est à conseiller en priorité aux amateurs de «blue eyed soul» un tantinet plus sophistiquée que la moyenne, son successeur lorgne allègrement (et ce pour le plus grand bonheur de votre serviteur !) vers un funk de haute volée, racé et nanti d’arrangements très classieux, au risque, là encore, de sombrer dans le kitsch, mais au charme certain.
D’ailleurs, Stomu Yamashta n’hésite pas à décrire ces deux œuvres comme des bandes originales de films imaginaires. Dans le cas présent, il est évident que Go Too conviendrait parfaitement à un film de Blaxploitation. Le concept fumeux du tout (euh, entre philosophie et Kung Fu !) mettrait joliment le karatéka black Jim Kelly en valeur, par exemple. En fait, et l’exagération est toute relative, apprécier Go Too, c’est avoir l’estomac assez accroché pour pouvoir digérer - et ce en l’espace d’une dizaine de minutes - une introduction synthétique planante suivie d’un funk chaloupé (la rythmique Paul Jackson/Michael Shrieve fait des merveilles, la guitare rythmique semble évadée de Shaft…) transitant doucement vers le jazz-rock le plus technique, la guitare véloce d’Al Di Meola à l’appui, avant un intermède pop soutenu par un orchestre… et ainsi de suite. Linda Lewis (qui, outre une carrière solo bien remplie, a collaboré entre autres avec David Bowie, Chris Spedding, Cat Stevens ou Rick Wakeman) et Jess Roden, les deux vocalistes leaders de l’album, se complètent parfaitement, l’un par sa voix suave, et l’autre, véritable concentré d’énergie, par son chant vigoureux aux cris stridents… Betty Davis style…
Inutile de préciser que cette ultime tentative de Stomu Yamashta pour percer dans un domaine à la fois commercial et ambitieux se solda par un échec en matière de ventes. Il se retira quelques années à Kyoto, dans un temple bouddhiste et, depuis, sans doute requinqué spirituellement, se consacre exclusivement à la musique New Age. Restent ces trois albums qui, s’ils sont pris avec le recul nécessaire, et pour peu que l’on ne soit rebutés ni par la soul, ni par le funk de qualité ou les mélanges à la limite du digestible, ne dépareraient pas votre discothèque.
Fabien CLAIR
(chronique parue dans Big Bang n°58 - Été 2005)

