
PISTES :
1. Sefir (19.52)
2. Zolg (01.57)
3. Ce N'Est Pas Triste (02.42)
4. Tougoudougoum (01.29)
5. Discasambo (03.17)
6. Omk (17.16)
7. Scherzaaaaaaahhhh (00.38)
8. Scherzo # C (04.41)
9. [.......] (01.32)
FORMATION :
Yan Hazera
(guitare)
Cosia
(vielle à roue)
Pairbon
(basse, basse double)
Michael Hazera
(batterie, percussions)
ZAAR
"Zaar"
France - 2006
Cuneiform - 53:58
Quand, le soir du 25 juin 2004, retentirent les notes finales de "Scherzo #C", le morceau inédit que Sotos avait choisi de dévoiler à l'occasion de son ultime prestation scénique (dans le cadre des deuxièmes Tritonales), on était loin d'imaginer que moins d'un an plus tard, Yan et Michael Hazera auraient non seulement remonté un nouveau groupe, mais seraient déjà de retour au studio de Bob Drake pour immortaliser son répertoire. Frustrés, on s'en doute, par le lent enlisement de Sotos durant ses deux dernières années d'existence (manifestée par l'incapacité de quintette à monter de nouvelles compositions), ils étaient visiblement pressés de revenir au plus vite sur un front discographique trop longtemps déserté.
A l'écoute de l'opus en question, qui nous arrive en ce début d'année 2006, l'impatience et, surtout, l'enthousiasme, des deux frères, apparaissent tout à fait justifiés. Tous ceux qui avaient aimé les deux albums de Sotos se réjouiront de retrouver chez Zaar la plupart des qualités de son devancier, à commencer par le brio et l'énergie décoiffante de Yan, le guitariste, et Michael, le batteur, dont l'identité stylistique et sonore bien affirmée est garante d'une continuité bienvenue avec le passé.
Paradoxalement, cette continuité n'est que partiellement contredite par les changements intervenus dans la configuration instrumentale. En effet, la vielle à roue, qui s'est substituée au duo violon/violoncelle, évoque parfois ces derniers lorsque les sons qu'elle produit ne sont pas transformés par des effets sonores en tous genres. Quant à la basse, son nouveau titulaire ne se distingue notablement de son prédécesseur que lorsqu'il passe à la contrebasse (dans la série de pièces courtes à dominante acoustique "Zolg" / "Ce N'Est Pas Triste" / "Tougoudougoum" / "Discasambo" et l'épopée semi-improvisée "Omk"). Si bien que le sus-mentionné "Scherzo #C", placée en conclusion, ne diffère qu'anecdotiquement de la version de Sotos.
Si l'on est rassuré de ne pas voir les acquis de Sotos délaissés au nom d'un tabula rasa forcément hasardeux, on l'est tout autant de découvrir aussi des éléments nouveaux. Hormis la dimension acoustique inédite signalée plus haut, qui permet à Yan Hazera d'affirmer un style tout aussi singulier et maîtrisé à la guitare classique, c'est évidemment la vielle à roue qui symbolise prioritairement cette nouveauté. C'est certes encore plus frappant en concert, où cet instrument pittoresque constitue en soi un atout visuel considérable, mais c'est tout de même fort appréciable à un niveau purement sonore.
Ce n'est sans doute pas un hasard si "Sefir", la pièce maîtresse de l'album (vingt minutes au compteur), placée comme il se doit en ouverture, débute par une longue introduction solitaire à la vielle, histoire d'imposer d'emblée sa singularité sonore dans le paysage. Entre violoncelle grinçant et orgue strident rappelant Mike Ratledge à la grande époque de Soft Machine, l'instrument s'exprime sur un mode plutôt nerveux, voire agressif, ce qui convient parfaitement aux inclinations naturelles du groupe, même si celui-ci se montre toujours capable de ménager des accalmies bienvenues entre deux passes d'armes échevelées. Si les accents plus lyriques et romantiques de la suite-fleuve "Malstrøm" de Bruno Camiade, pièce de résistance de Platypus, n'ont plus vraiment d'équivalent ici, la cohésion esthétique de l'ensemble s'en trouve par contre renforcée, faisant de "Sefir" la plus belle réussite de Yan Hazera comme compositeur à ce jour.
On pourra par conséquent regretter de ne pas trouver au sommaire de ce CD une autre pièce du même calibre. Si avec "Scherzo #C", Michael Hazera fait des débuts de compositeur remarqués, témoignant d'un talent d'écriture qui va bien au-delà des seules structures rythmiques (on n'en attendait pas moins d'un batteur dont Christian Vander et Daniel Denis comptent parmi les maîtres à penser !), il ne semble pas encore en mesure de rivaliser quantitativement avec son frère. Quant aux 17 minutes de "Omk", elles auraient gagné à figurer au sommaire d'un album plus long (celui-ci fait tout de même un quart-d'heure de moins que Platypus), l'inspiration et l'intensité y étant plus fluctuantes.
A défaut d'avoir réalisé d'emblée un chef-d'œuvre absolu, Zaar démontre au moins qu'il en a d'ores et déjà la capacité. Le seul véritable défaut de ce premier album, on l'a vu, est d'être un peu court, ce que l'on peut considérer comme une forme de compliment à une époque où tant de groupes se voient stigmatisés, à juste titre du reste, pour leur propension au remplissage...
Aymeric LEROY
(chronique parue dans Big Bang n°61 - Avril 2006)

