BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

Z=7L pochette

PISTES :

1. Marochsek (7:13)
2. Ataturc (5:49)
3. Ronach (4:39)
4. Atart (3:31)
5. La Soupe (7:20)
6. Satanyia (6:46)

FORMATION :

François Cahen

(pianos électrique et acoustique)

Yochk'o Seffer

(saxophone, clarinette)

Joël Dugreno

(basse)

Jean-Yves Rigaud

(violon électrique)

Jean-My Truong

(batterie)

Mauricia Platon

(chant)

ZAO

"Z=7L" / Rétrospective

France - 1973

Muséa - 36:18

 

 

Quelques secondes de confusion, des sonorités qui cherchent à s'associer et trouvent peu à peu leur place... Et soudain, ce cri fédérateur : "Zao !!!". Explosion, cataclysme : c'est parti pour un peu plus d'une demi-heure d'une transe musicale dont on aura du mal à décoller les oreilles avant que le silence ne reprenne finalement ses droits...

Ainsi débute, en 1973, la discographie mouvementée d'un groupe dont l'existence le fut tout autant. Ironie du sort, c'est l'imprudente émettrice du 'cri primal' en question, Mauricia Platon, qui fera la première les frais des hésitations de Yochk'o Seffer et 'Faton' Cahen, les deux leaders de la formation, quant à la forme finale que devait prendre leur association... une recherche qui, bien évidemment, n'aboutit jamais vraiment.

Autour de Yochk'o Seffer, le Hongrois à l'esprit féru de complexité, et 'Faton' Cahen, le jazzman virtuose dont les doigts courent d'un bout à l'autre du clavier de son piano Fender avec une prodigieuse agilité, il y a donc Mauricia Platon, toute la sensualité, la générosité et la fougue des musiques noires; Joël Dugrenot, bassiste au jeu touffu mais très efficace; Jean-My Truong, batteur à la polyrythmie apparemment innée; sans oublier l'homme de l'ombre, Jean-Yves Rigaud, ce violoniste en congé des orchestres de variétés, venu 'prendre son pied' sur une musique plus consistante...

Z=7L est une bombe, aussi explosive qu'il y a 22 ans. Un titre empreint de mysticisme : le Z, c'est comme l'explique Best à l'époque, "l'assemblage de deux '7', dont l'un est renversé ('L'), symbole kaballistique dont la signification est simplement que tout = rien, et savoir = ignorance... Quand tout est fini, on recommence, le serpent se mord la queue et la boucle et bouclée...".

Technicité irréprochable, énergie jouissive, émotions à fleur de peau : la cohabitation des six musiciens est tout simplement parfaite.

En concert, c'est la folie, évidemment. Le passage de Zao à la Fête de l'Huma en septembre 1973 est très remarqué. Mais Mauricia et son charisme incroyable font de l'ombre aux deux ex-Magma qui en avaient assez d'être étouffés par Christian Vander et ne veulent pas à nouveau passer au second plan !

Osiris pochetteLe départ forcé de la chanteuse, légitime ou non, laisse quoi qu'il en soit un énorme vide, que n'arriveront pas à combler Seffer et Dugrenot, désignés pour assurer désormais les parties vocales. Osiris (1974) est un album bancal, où l'on ne retrouve pas la fièvre de Z=7L. Un seul être vous manque... Ajoutez à cela des compositions moins inspirées, et vous obtenez ce que l'on appelle pudiquement un album "de transition". Car il est clair que, désormais, seul un changement radical de formule peut résoudre les problèmes d'identité du groupe.

Entrée en scène du Quatuor Margand, quatre musiciennes classiques que Seffer convainc de rejoindre la formation, pour en enrichir et renouveler la palette sonore et stylistique. Exit Rigaud donc, bientôt suivi par Dugrenot qui, de toute façon, rongeait son frein depuis "l'éjection" de Mauricia Platon - Gérard Prévost le remplace.

Shekina pochetteL'épisode durera un an et demi, le temps d'un album, Shekina (1975), qui renoue avec la réussite, dans un esprit et un registre évidemment très différents. Une musique technique, certes, mais belle et fougueuse, évoquant le Soft Machine de Six, en plus 'speedé', avec le sax soprano convulsif de Yochk'o dans le rôle de l'orgue de Mike Ratledge.

Mais force est de constater que l'apport des cordes tient finalement plus de l'embellissement que de la fusion véritable. Un fois encore, les deux leaders ont péché par excès de directivisme. Peut-être eut-il été également préférable d'attendre que l'association soit bien rodée avant de rentrer en studio. Ceci dit, l'album n'en demeure pas moins très bon.

Hélas, la formule prend l'eau : trop lourde... Les concerts en formation réduite se multiplient, jusqu'à ce que la séparation pure et simple d'avec le Quatuor Margand devienne inévitable, à la fin de l'été 1976.

Il ne fallait pas posséder des dons extralucides pour deviner que le renfort consécutif de Didier Lockwood, fraîchement débarqué du vaisseau Magma, ne pourrait être que de courte durée. Le jeune (il n'a alors que vingt ans) prodige voit sa notoriété grandir à vue d'oeil, et va forcément vouloir voler de ses propres ailes...

Les germes d'une implosion devenue inévitable sont semés, et début 1977, 'Faton' se retrouve seul aux commandes, flanqué de Gérard Prévost en guise de fidèle lieutenant. Entre-temps, Lockwood a convaincu Truong de le suivre dans Surya, qui produira un magnifique (mais hélas unique) album de jazz-rock progressif; quant à Seffer, il retombe vite dans les bras de son cher Quatuor Margand, avec lequel il enregistrera trois albums sous la bannière Neffesh Music (dont le dernier, Ghilgoul, a été réédité lui aussi par Muséa).

Kawana pochetteMalgré sa rapide désagrégation, cette formule prestigieuse de Zao laissera en témoignage un album, Kawana. Vue l'exceptionnelle concentration de talents, la qualité du résultat n'est pas étonnante. Nous avons ici affaire à un jazz-rock très dynamique, progressif aussi malgré les défauts inhérents au genre (virtuosité parfois gratuite, thèmes étirés à l'excès...). Dans mon palmarès personnel, je classerais cet album second derrière Z=7L.

Désormais coupé de ses racines (le pacte fondateur Seffer-Cahen), le Zao nouveau monté par Cahen ne durera guère plus d'un an, gravant un ultime album, Typhareth (1977), assez controversé, et que Muséa n'a manifestement pas jugé opportun de rééditer [ndr: il l'a été depuis]. Dommage on y assistait quand même, entre autres, aux débuts discographiques d'un certain Manu Katché...

Suit une parenthèse (si l'on peut dire !) de 17 ans, pendant laquelle chacun gère sa propre carrière, avec plus ou moins de succès. Puis, en 1994, suite aux bonnes ventes des rééditions des quatre premiers albums (achevée tout récemment avec Osiris, repiqué d'un vinyl neuf en l'absence des masters d'origine), Zao renaît de ses cendres à l'initiative d'Alain Juliac, avec une formation où l'on trouve autour des trois ex-piliers (Seffer, Cahen et Truong), deux éphémères intérimaires de la période 75-76, Patrick Tilleman (violon) et Dominique Bertram (basse).

Akhenaton pochetteLe résultat est ce Akhenaton sorti l'automne dernier, qui tente de renouer, non sans un certain succès, avec la splendeur d'antan - même si la créativité s'est un peu émoussée au profit d'un savoir-faire certes toujours impressionnant, mais plus conventionnel.

Il est cependant suffisamment rare, de nos jours, de voir des musiciens de cette génération, reconvertie pour l'essentiel dans un 'jazz français' pépère et guère enthousiasmant, renouer avec cette forme artistique injustement délaissée qu'est le vrai jazz-rock, celui qui s'appuie sur des compositions consistantes, et met celles-ci en relief par des contrastes dynamiques et rythmiques, pour ne pas applaudir à cette initiative.

Hélas, cette réunion en restera sans doute là. L'absence de tout concert à la sortie du CD, ainsi que les rumeurs d'une nouvelle brouille entre Seffer et Cahen, laissent en effet à penser que l'on n'entendra pas de sitôt reparler de Zao...

Aymeric LEROY

N.B. : Osiris et Kawana comprennent chacun un titre bonus d'une dizaine de minutes, enregistré fin 1973 par Seffer et Cahen en compagnie de musiciens québécois de passage à Paris - ce qui élève la durée des CD en question à un niveau acceptable pour l'argent dépensé. L'absence de titres 'live' s'explique par le projet qu'a Muséa de sortir un CD uniquement constitué d'inédits enregistrés en concert.

(chronique parue dans Big Bang n°12 - Juillet/Août 1995)