BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Chroniques

The Dub Room Special pochette

PISTES :

1. “Kim?” / The Dog Breath Variations / Uncle Meat
2. Room Service
3. Nig Biz
4. Approximate
5. Cosmik Debris
6. Cocaine Decisions
7. “The Massimo Bassoli Instant Italian Lesson” / Montana
8. “In Case You Didn’t Know…” / Tengo Na Minchia Tanta
9. Florentine Pogen
10. Stevie’s Spanking
11. Stink-Foot
12. Flakes
13. Inca Roads
14. E.Z. Meat
15. “Huh-huh-huh”

FORMATION :

KCET Studios, August 1974: 

Frank Zappa

(guitare, chant)

George Duke

(claviers, chant)

Ruth Underwood

(percussions)

Chester Thompson

(batterie)

Tom Fowler

(basse)

Napoleon Murphy Brock

(flûte, saxophone ténor, chant)

Halloween, 1981 : 

Frank Zappa

(guitare, chant)

Tommy Mars

(claviers, chant)

Ed Mann

(parcussions, chant)

Steve Vai

(guitare, chant)

Ray White

(guitare, chant)

Scott Thunes

(basse, chant)

Bobby Martin

(claviers, saxophone ténor, chant)

Chad Wackerman

(batterie)

FRANK ZAPPA

"The Dub Room Special" (DVD)

États-Unis - 2005

Eagle/Naïve - 90mn

 

 

Ce DVD est en fait la réédition d'une vidéo publiée initialement en 1982, et dont le contenu est un mélange de deux prestations 'live' bien distinctes : le concert donné, comme chaque année à l'époque d'Halloween, par Zappa et son groupe, quelques mois auparavant (le 31 octobre 1981 pour être exact), et un autre, filmé le 7 août 1974 pour la chaîne de télévision publique de Los Angeles, KCET. Le tout émaillé d'interventions typiques de Zappa (qui interviewe notamment l'équipe technique) et des fameuses animations en pâte à modeler de Bruce Bickford (un peu moins envahissantes que dans Baby Snakes, heureusement).

Il faut l'avouer, le principe même de mélanger deux concerts aussi différents (inutile de préciser que le personnel entourant Zappa s'était totalement renouvelé entretemps) laisse quelque peu sceptique, même si l'on s'est visiblement efforcé, avec un certain succès du reste, de donner à l'ensemble une certaine cohérence par l'insertion de divers éléments extra-musicaux et, plus généralement, un effet «zapping» qui n'est pas totalement en décalage avec l'esprit de la musique du maestro.

Comme toujours avec Zappa, il y a musicalement à boire et à manger. Beaucoup de pitreries en tous genres, notamment, qui supportent moins bien les visionnages répétés que les moments plus strictement musicaux. Parfois, un bon équilibre est trouvé entre les deux, comme cet «Approximate» de 1974 où le guitariste invite ses musiciens à interpréter un thème particulièrement acrobatique, puis à le chanter, et enfin... à le danser (tout en jouant) ! C'est à la fois très amusant et impressionnant, d'autant que le groupe de l'époque est décidément l'un des tous meilleurs jamais réunis par Zappa, avec notamment l'incroyable George Duke aux claviers et l'époustouflante Ruth Underwood aux percussions mélodiques. Dommage alors que certaines des séquences instrumentales les plus spectaculaires de «Inca Roads» aient été «illustrées» visuellement par les animations de Bickford au lieu de nous montrer simplement les musiciens en train de jouer, ce qui aurait été tout aussi spectaculaire. Dommage aussi que certains morceaux («Montana», «Stinkfoot» ou «Cosmik Debris») soient incomplets du fait des partis-pris de montage...

Le groupe de 1981 n'a certes pas grand-chose à envier à son aîné question virtuosité (avec notamment Steve Vai à la guitare), mais c'est la sélection de morceaux qui s'avère contestable, privilégiant trop souvent le spectacle et la rigolade au détriment de la musicalité. On pense en particulier au laborieux «Stevie's Spanking», et surtout aux interventions affligeantes du pas franchement hilarant Massimo Bassoli. Ceci est certes compensé en partie par le talent et l'enthousiasme contagieux des musiciens, mais il est permis de préférer, pour peu que l'on apprécie le Zappa de cette époque, le concert intégral (et plus équilibré) proposé par Does Humor Belong In Music ?

Si l'on considère par contre que l'âge d'or de Zappa se situe plutôt aux alentours de 1973/74, alors espérons une publication prochaine du fameux concert de Stockholm avec Jean-Luc Ponty, qui circule en très bonne qualité parmi les collectionneurs, voire un DVD Roxy And Elsewhere, à partir des bobines filmées à l'époque mais jamais montées. Le projet ayant déjà été mentionné en haut lieu, il ne s'agit pas d'un pur fantasme de fan, alors espérons qu'il devienne enfin réalité... D'ici là, ce Dub Room Special constituera un moyen somme toute acceptable de patienter...

Aymeric LEROY

(chronique parue dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)