
PISTES :
1. Crystal Dome (8:51)
2. Harvest Time (7:25)
3. Telepathy (5:11)
4. Fertility Rite (6:40)
5. High Priest (8:30)
6. Nile Melody (8:20)
7. Mystery School (11:27)
8. Atlantis Rising (14:52)
FORMATION :
Steve Kaplan
(claviers)
Joaquin Lievano
(guitares)
Andy West
(basse)
Rama
(concept)
----------------------------------------------

PISTES :
Water :
1. Brook (4:40)
2. Rain (4:50)
3. Ocean (4:33)
Wind :
4. Spring Storm (4:44)
5. Desert Wind (5:02)
6. Mountain Wind (4:07)
Fire :
7. Brush Fire (5:08)
8. Kundalini (4:53)
9. Forest Fire (4:00)
Thunder :
10. On The Plains (4:13)
11. In the City (4:02)
12. In The Upper Atmosphere (4:03)
Earth :
13. Dragon Within The Earth (4:12)
14. Dragon On Top Of The Mountain (3:26)
15. Dragon Swallows The Earth (4:16)
FORMATION :
Steve Kaplan
(claviers)
Joaquin Lievano
(guitares)
Andy West
(basse)
Rama
(concept)
----------------------------------------------

PISTES :
Utah :
1. Bryce Canyon (4:35)
2. Zion (4:26)
3. Arches (4:42)
New Mexico :
4. Bandelier (3:36)
5. Taos (4:38)
6. Zuni (3:54)
Arizona :
7. Grand Canyon (4:13)
8. Canyon de Chelly (4:30)
9. Monument Valley (4:23)
California :
10. Mt. Shasta (4:20)
11. Joshua Tree (4:18)
12. Anza-Borrego Desert (3:25)
Nevada :
13. Lake Tahoe (4:07)
14. Mojave Desert (4:21)
15. Canyons Of Light (4:54)
FORMATION :
Steve Kaplan
(claviers)
Joaquin Lievano
(guitares)
Andy West
(basse)
Rama
(concept)
ZAZEN
"Mystery School"
États-Unis - 1991 - Terra Nova - 71:16
"Enlightenment"
1994 - Miramar - 66:00
"Canyons Of Light"
1994 - Miramar - 64:22
Ceux qui ont fait de Mystery School l'un des albums majeurs de 1991 ont du connaître un intense moment d'excitation en apprenant la parution d'un nouvel album de Zazen. La surprise fut effectivement de taille, car un certain nombre d'indices tendaient à faire penser que le groupe américain avait cessé toute activité musicale.
Pour notre plus grand joie (n'est heureusement pas Sherlock Holmes qui veut...), ces craintes se sont avérées sans fondement, en fait carrément opposées à la réalité... Zazen a en effet signé chez Miramar, célèbre label californien accueillant notamment Tangerine Dream, dès 1994 et publié dans l'intervalle non pas un mais deux albums !
Bénéficiant donc dorénavant de l'infrastructure technique et financière d'une maison de disques d'envergure mondiale, notre "trio à quatre" (patience, vous allez comprendre...) semble alors pouvoir donner libre cours à ses ambitions artistiques les plus folles.
Et pourtant...
Quand Zazen fit paraître son premier album en 1991 sur un label inconnu, Terra Nova, beaucoup crurent dans un premier temps, au regard de la sonorité asiatique de cet étrange patronyme, avoir affaire à une nouvelle formation japonaise; les infortunées personnes obtuses passèrent donc à côté d'une oeuvre majeure. Si le terme était effectivement d'origine nippone ("s'asseoir et écouter avec une totale ouverture d'esprit"...), la formation s'en étant drapé était elle américaine... Dans mon humble carrière de mélomane progressif, la découverte de Mystery School demeure un souvenir encore très saisissant. Ne voulant trahir mon impression initiale, laissez-moi mentionner le discours qui fut le mien à l'époque. 'Si pour vous, la musique est un voyage intérieur, contemplation active de la végétation baroque des paysages rencontrés, vous me permettrez de citer Camus ("Le Mythe De Sisyphe") et de rapporter ses propos aux musiciens de Zazen : "Ces artistes qui connaissent leurs limites, ne les excèdent jamais, et dans cet intervalle précaire où leur esprit s'installe, ont toute la merveilleuse aisance des maîtres. Et c'est bien là le génie : l'intelligence qui connaît ses frontières."'
Et mes sentiments à l'égard de cette œuvre, s'éloignant de l'orthodoxie progressive avec intégrité, n'ont cessé depuis lors de croître tout en s'affinant. A mon sens, une décennie ne peut accoucher que de quatre ou cinq oeuvres de ce calibre... La force de Mystery Sckool est sans conteste d'avoir réussi à exprimer totalement l'émotion potentielle contenue dans chacune de ses arabesques instrumentales. Propulsées vers les cieux par un art consommé de la mélodie aux mille chatoiements, les 8 compositions (de 5:11 à 14:52) de cette féerie musicale sont dominées par le jeu racé de Joaquin Liévano, venant plaquer invariablement ses solos de guitares sur un parterre de claviers (ceux de Steve Kaplan) doux et odoriférants. Cet album semble ainsi ne vouloir se parer que du noble titre de chef-d'œuvre; néanmoins son caractère typé rend impossible un sentiment unanimement convergeant à son égard. Vous ne serez donc peut-être pas aussi enthousiastes que moi, mais ne prenez surtout pas le risque de ne pas le savoir...
Ce qu'un album ne révèle pas, ce sont les conditions environnementales qui président à sa naissance. L'auditeur n'est le plus souvent confronté qu'au seul résultat final, celui qui compte finalement. Avec Mystery School, l'élément central, comme l'avenir allait le démontrer, n'était ainsi et paradoxalement pas le plus voyant, la musique, mais un personnage tapi dans l'ombre et prêt à saisir la moindre opportunité pour faire de son projet une entreprise économiquement rentable... Crédité en tant que percussionniste, rôle qu'il ne tint en fait jamais, Rama s'avère indiscutablement être le mentor de Zazen. Situation assez incroyable et certainement inédite, où ce ne sont plus les musiciens qui effectuent les choix artistiques... Le guide spirituel du trio (le bassiste Andy West s'ajoute aux deux artistes cités plus haut), suite à l'échec commercial de ce premier album, trouva donc naturel, logique qu'il n'eut aucun mal à faire accepter à ses disciples chloroformés, d'orienter la musique de Zazen vers des contrées plus accessibles donc aptes à séduire un plus large public. Tout s'enchaîna alors très vite : le départ de chez Terra Nova, la signature d'un contrat avec Miramar et la sortie de deux albums en 1994 et 1995. Pendant ce temps, les amateurs de musiques progressives, sans aucun écho de ces sombres péripéties, pleuraient (au moins pour certains d'entre eux) la probable disparition d'un groupe exceptionnel...
Et puis il y a quelques mois à peine, à l'occasion de la sortie de Canyons Of Light (son dernier album en date), Zazen refit surface. La première réaction, comme expliqué dans l'introduction de cet article, fut d'éprouver une joie incommensurable. La découverte auditive des deux œuvres inconnues suscita par contre une circonspection inattendue... Pas encore au courant des choix stylistiques induits par le fameux 'percussionniste en goguette', je fus conséquemment surpris par la nouvelle voie artistique empruntée par Zazen. Plus de longs crescendos symphoniques, mais des développements créés à partir d'un même moule formel et célébrant une musique fortement new-age... Impossible par conséquent de distinguer Enlightenment ('éveil spirituel' en français) et Canyons Of Light, d'une part parce qu'ils ont en fait été composés en même temps (en 1993 !), et d'autre part car leur structure conceptuelle et leur propos encore et toujours instrumental sont quasiment identiques... Deux albums pour le prix d'un en quelque sorte...
Heureusement, le Zazen nouveau n'est pas le somnifère musical que l'on pourrait croire a priori; j'imagine déjà les stupidités (notamment si l'inculture s'y mêle) que l'on pourrait écrire en chroniquant cette musique après une seule écoute... Evidemment, point d'universalité dans ce duo d'œuvres (pourtant au fort potentiel rassembleur), mais ce ne fut de toute façon jamais le point fort de la formation.
En fait, Enlightenment et Canyons Of Light, construits sur un mode dual voient leur qualité globale sans cesse tirée vers le haut par les compositions (15 dans les deux cas, d'une durée moyenne de quatre minutes trente) les plus ambitieuses. Car les plages les plus méditatives (et à l'écriture quelque peu minimaliste), bien que minoritaires et somme toute agréables, sont à considérer comme des interludes réparateurs pour les musiciens avant qu'ils ne repartent au combat pour défendre (malgré Rama ?) une cause musicale plus audacieuse...
Ce qui empêche finalement Zazen de discourir avec une totale cohérence, c'est cette constante hésitation entre new-age et ambition progressive, un peu comme si le naturel ne voulait pas se faire chasser et se soumettre au diktat 'sectaire'... De même, la durée formatée de chaque morceau est une contrainte qui ne sied que très peu à une formation, dont les développements instrumentaux n'étaient assujettis par le passé qu'aux seules règles de l'inspiration. L'uniformité structurelle est donc indéniablement réductrice car, si elle convient à certaines pièces peu aventureuses, elle bride clairement l'envergure potentielle des autres. Ces dernières, même dans un habit trop étroit, sont pour la plupart bâties autour d'une mélodie fortement évocatrice qu'elles développe avec toute l'émotion possible. "Rain" (issu de Enlightenment), par exemple, est une pure merveille qui évoque "Overture XV" (l'introduction de son premier album) de Pierrot Lunaire : même génie pianistique au service d'une effervescence harmonique.
Plus généralement, on ne peut s'empêcher de regretter la trop faible place accordée à cet instrument; par son caractère profondément 'humain' et palpable, il permettrait aux séquences synthétiques (davantage critiquables) d'être plus irisées. C'est d'ailleurs en cela que les guitares électriques, beaucoup moins mises en vedette que sur Mystery School, font aujourd'hui défaut, en n'apportant plus leurs fabuleux contrastes. La distinction des compositions les moins inspirées est donc un peu laborieuse, et nécessite pas mal d'auditions attentives; rassurez-vous cependant, le jeu en vaut largement la chandelle...
Si la réussite artistique est sans contestation possible au rendez-vous de cette évolution stylistique, il serait imbécile de ne pas se convaincre d'un fait flagrant : le talent de Zazen est incapable d'éclater pleinement au sein de ces limitations formelles. Le passé plane insidieusement au dessus de cette métamorphose, avec d'autant plus de vigueur que celle-ci est la conséquence de manœuvres frauduleuses d'un être illuminé...
Où en est donc Zazen
aujourd'hui, puisque l'on sait que la création des deux
albums à l'origine de cet article remonte à
1993... ? Cette même année, Andy West quitta le
groupe, mais fut malgré tout crédité
sur Enlightenment
et Canyons
Of Light dans la mesure où il
avait participé à leur enregistrement. Quant
à Steve Kaplan, les informations
délivrées dans l'entretien ci-après
tendent
à prouver que Rama, possesseur du concept Zazen, l'ait
évincé
(officieusement
pour l'heure) de la
formation réduite désormais à Joaquin
Liévano. Ce dernier, encore sous le charme de son
mentor,
vient ainsi de publier chez Miramar une œuvre solitaire (10
morceaux,
de 3:37 à 6:49 pour un total de 51:42), sur laquelle le
sceau de Rama est à nouveau clairement imprimé.
Ecologie
(c'est son titre), à qui l'"on" a imposé
un concept des plus fumeux, se déguste certes avec
délice (le parallèle avec le Boffo le plus
contemplatif semble assez pertinent), mais ne traduit que trop peu les
hautes capacités techniques de son auteur : qu'as-tu fait du
flamboyant guitariste de Mystery School,
mon cher Frederick Lenz ???
L'excitation du début est donc retombée, non pas tant du fait d'une (pourtant indéniable) baisse qualitative de l'art de Zazen, que des perspectives d'avenir que l'intégrisme de Rama lui offre... Qui aurait pu penser que le phénomène des sectes (c'est de cela qu'il s'agit), tellement à la mode ces temps-ci viendrait s'immiscer dans les affaires progressives et nous 'voler' une de nos formations les plus douées.
Bien qu'un nouvel album, sortant sous le nom de Zazen, doive voir le jour dans le courant de l'année, il semble indéniable que les perspectives artistiques les plus ambitieuses soient dorénavant à rechercher du côté des projets solitaires de Steve Kaplan... Car, concernant Liévano, la seule chose à lui souhaiter soit qu'il parvienne à s'extirper des pattes prédatrices de ce gourou nommé Rama...
Olivier PELLETANT
Entretien avec Steve KAPLAN :
Tout d'abord, une question qui s'impose d'elle-même : comment expliques-tu que, après avoir suscité un intérêt certain de la part des publications, Zazen ait pu sortir deux albums dans la confidentialité la plus totale ?
Franchement, cette question m'étonne un peu, car nous avons vraiment eu l'impression, avec Mystery School, d'un coup d'épée dans l'eau. Cet album fut, commercialement parlant, un échec complet. Il est vrai que nous avons lu à l'époque quelques chroniques élogieuses, mais personne, par exemple, n'a demandé à nous interviewer ! Alors, par la suite, il est vrai que nous n'avons pas fait d'efforts particuliers pour promouvoir notre musique auprès du public progressif.
Nous vous retrouvons donc sur un label beaucoup plus important, Miramar. Pourquoi avoir quitté Terra Nova, et comment êtes vous entré en contact avec Miramar ?
Terra Nova faisait son possible pour promouvoir l'album, mais celui-ci a été très mal distribué. On ne le trouvait nulle part. Nous, nous voulions que les gens aient l'opportunité d'entendre notre musique, alors nous avons cherché un label qui ait plus de moyens à nous consacrer. Il se trouvait que j'avais un ami qui travaillait dans un label, mais qui n'avait pas réussi à convaincre ses supérieurs de nous signer. Il nous a néanmoins mis en contact avec Kevin Schmidt, alors responsable de la promotion auprès des radios chez Miramar. Le drirecteur artistique du label, Kipp Kilpatrick, a beaucoup aimé ce que nous faisions, et en 1994, nous avons signé un contrat pour trois albums.
Ce changement de label s'est accompagné d'une évolution sensible de votre style musical. Celui-ci s'est considérablemant "adouci". Etait-ce pour vous conformer à l'optique "new-age" de Miramar ?
Il est vrai que Miramar a construit sa réputation sur la 'new-age', mais leurs horizons s'élargissent. Non, en fait, ce fut une décision interne au groupe. Nous étions tous trois amateurs de 'new-age', en particulier de Vangelis, Tangerine Dream ou Patrick O'Hearn. Mais l'initiative est venue prioritairement de Rama...
Justement, parlons de ce personnage quelque peu obscur, qui semble jouer un rôle important dans Zazen...
En fait, c'est Rama, alias Frederick Lenz, qui a été l'instigateur de Zazen, en 1985. C'est lui qui m'a fait rencontrer Joaquin Lievano et Andy West. Nous fréquentions tous trois des séminaires de méditation organisés par Rama, et celui-ci nous a proposés de nous réunir pour jouer de la musique à l'occasion de séances méditatives et pour diverses cassettes réservées à l'usage des séminaristes.
Il s'est donc écoulé environ six ans entre la formation de Zazen et la publication de son premier album. Comment cela se fait-il ?
En fait, nous avons enregistré énormément de musique, à partir de 1987. Cela représente une bonne douzaine d'albums, mais ceux-ci ne sont pas sortis dans le commerce. Autrement, nous avons effectué de nombreuses prestations publiques, environ une par mois, pendant plusieurs années. A chaque fois, nous répétions spécialement une heure de musique écrite pour l'occasion !
Revenons à Rama. Quelles furent les raisons qui l'ont incité à modifier le style de Zazen ?
Il voulait simplement que nous vendions plus de disques ! De ce point de vue, le rock progressif n'était pas la voie la plus facile... Sous son influence, nous avons donc arrondi les angles et simplifié notre musique de façon à la rendre accessible à un plus large public.
Tel que tu nous le présente, ce changement de cap semble donc avoir été motivé par des objectifs purement financiers...
Pas totalement, mais en grande partie. Rama souhaitait d'une part que nous jouions une musique plus adaptée à la méditation, et d'autre part que nos disques se vendent plus. En ce qui me concerne, je ne voyais pas ça de façon totalement négative. Créer une musique dans un cadre strictement défini constitue un défi stimulant pour un musicien, un peu comme la composition d'une musique de film.
Le rôle de Rama ne me paraît pas très clair : dans quelle mesure est-il réellement impliqué dans l'aspect créatif de Zazen ?
Comme je l'ai déjà dit, Rama fut l'instigateur du groupe. Il a aussi imaginé les concepts des albums, et décidé de leur direction musicale et de l'intitulé des morceaux. D'un point de vue conceptuel, dirais-je, il a joué un rôle très important. Une fois que cette partie du travail était terminée, il se contentait généralement de donner son opinion sur la musique. La composition et l'interprétation étaient entièrement assurés par Joaquin, Andy et moi-même.
Rama est pourtant crédité comme producteur, arrangeur et percussionniste dans le livret de Mystery School...
C'est vrai. En ce qui concerne les rythmes, ceux-ci ont été programmés par moi seul, avec parfois l'aide d'Andy, mais absolument pas par Rama. Ce crédit a été ajouté a posteriori, lorsqu'il a fallu attribuer un rôle musical à Rama. Quant aux arrangements... Je me rappelle que Rama m'a appelé un jour pour me demander en quoi consistait le rôle d'arrangeur dans un disque. Je lui ai expliqué, et il a décidé que c'était exactement ce qu'il avait fait... J'ai préféré ne rien dire... même si j'étais assez choqué par cette décision, pour dire les choses franchement.
Revenons un peu à la musique. Vos deux albums chez Miramar laissent la part la plus belle aux claviers, alors que la guitare électrique, prédominante sur Mystery School, s'est faite plutôt rare...
Encore une fois, la décision vient de Rama. A l'époque de Mystery School, celui-ci souhaitait que la guitare soit mise en avant, même si la plupart des titres étaient en fait écrits par Andy West et moi-même. Pour Enlightenment et Canyons Of Light, Rama voulait par contre ne pas rebuter les auditeurs par des sonorités trop électriques, Joaquin a donc utilisé surtout la guitare acoustique. Quant à la prédominance des claviers, elle tient surtout au fait que j'ai écrit et orchestré seul la plupart des morceaux de ces deux albums, Joaquin et Andy étant pris par d'autres projets.
N'était-il pas frustrant pour toi de devoir brider ton talent et ton ambition afin de faire rentrer ta musique dans le carcan 'new-age'?
Dans une certaine mesure, si. Plusieurs fois, j'ai eu la tentation d'inclure des parties de guitare électrique pour donner plus d'intensité à certains morceaux, mais comme c'était en contradiction avec le 'concept' qui avait été défini, je devais y renoncer. Il est sûr que sans ces obligations, les albums en question auraient sans doute été assez différents...
Auriez-vous par exemple allongé la durée de certains morceaux ? ceux-ci font systématiquement entre 4 et 5 minutes, alors que certains mériteraient vraiment d'être développés...
C'est vrai. Mais encore une fois, ceci faisait partie des contraintes de base. Il y a à la fois des avantages et des inconvénients à travailler de cette manière. L'avantage, c'est que la direction dans laquelle vous allez est claire, et le travail de composition s'en voit simplifié. L'inconvénient, c'est qu'avec ce cadre bien défini, en place avant même qu'une seule note ne soit composée, il est très difficile de faire 'respirer' l'ensemble. En d'autres termes, au lieu de laisser une composition se développer d'elle-même, vous devez la faire rentrer dans un certain format. On peut dire que c'est mettre la charrue avant les bœufs...
Certains morceaux des deux derniers albums peuvent malgré tout être considérés comme du rock progressif, "Rain" notamment...
Il s'agit d'un morceau que j'ai composé seul, durant une phase préparatoire avant la composition proprement dite des albums. J'expérimentais beaucoup à ce moment là, c'est sans doute pourquoi je me suis permis plus de complexité. Lorsque je suis totalement libre d'un point de vue créatif, je suis souvent attiré vers des formes musicales sophistiquées. J'ai une formation classique assez étendue, et j'ai également joué beaucoup de jazz à une époque, même si cet aspect de ma personnalité musicale est totalement absent de Zazen. Le rock progressif, tel que je le conçois, est essentiellement un dérivé de la musique classique, enrichie d'éléments rock et jazz.
La réussite de Mystery School devait beaucoup aux superbes dialogues entre guitare et claviers. Pourquoi ceux-ci ont-ils quasiment disparu ?
Je pense que cela tient avant tout à la durée des morceaux. Nous avons le temps d'exposer la ligne mélodique principale, de la développer brièvement, mais cela va rarement au-delà. Il n'y a tout simplement aucune place pour l'improvisation sur ces albums.
Dans le même ordre d'idée, pourquoi ne joues-tu pas plus de piano dans Zazen, comme tu le fais si bien dans "Rain" ?
Encore une fois, c'est que l'utilisation qui m'en est autorisée par le contexte de Zazen est des plus limitée, soit pour exposer la mélodie, soit pour "remplir" l'espace sonore. Si ça ne tenait qu'à moi, je l'emploierais beaucoup plus pour improviser ou jouer des solos. Quoi qu'il en soit, je peux vous dire qu'il y aura beaucoup plus de piano dans le prochain album de Zazen.
Justement, quelle est l'actualité du groupe ?
Pas grand-chose en fait. Bien qu'il soit présent sur les deux CD sortis chez Miramar, Andy West a quitté Zazen en 1993. Le troisième CD, qui va sortir dans le courant de cette année, a pour sa part été enregistré il y a environ un an et demi, par Joaquin et moi-même. Deux autres albums ont été entamés, mais demeurent inachevés. En fait, nous ne travaillons pas actuellement sur de nouveaux projets.
Pourquoi ?
Le problème est qu'il y a à l'heure actuelle une controverse aux États-Unis au sujet de Rama, et de certaines de ses activités. Pour ma part, lorsque j'ai pris connaissance de certaines, j'ai préféré m'éloigner de lui...
Peux-tu être plus clair ?
Disons qu'il dirige une organisation en marge des religions reconnues, dont il est le chef spirituel. Ses élèves, ou disciples si vous préférez, sont totalement soumis à son autorité. Bien sûr, ils sont libres d'aller et venir. Mais certaines personnes aux États-Unis considèrent que ce que Rama fait est dangereux et s'inquiètent de la santé mentale de ses disciples. Il y a eu des histoires pas très claires concernant l'usage de drogues, et les sommes exorbitantes qu'il réclame à ses étudiants.
Bref, il dirige une secte ?
On peut voir cela comme ça. Je m'abstiendrai de porter un jugement. A mon sens, toute personne est libre de faire ce qu'elle veut de sa vie tant qu'elle n'en fait pas subir les conséquences à d'autres. Les gens qui étudient avec Rama sont tous des adultes responsables, qu'ils aient raison ou tort de faire ce qu'ils font. Je ne me crois pas autorisé à les critiquer.
Dans quelle mesure tout ceci menace-t-il l'avenir de Zazen ?
Eh bien, disons que Rama possède les droits, le concept de Zazen. Et Joaquin, contrairement à moi, est resté fidèle à Rama. et aussi longtemps que cette situation durera, je ne pense pas que nous aurons l'occasion de retravailler ensemble. Bien sûr, tout est possible, mais connaissant l'influence de Rama sur ses disciples, j'en doute fortement.
Es-tu encore en contact avec Joaquin ? As-tu écouté son album Ecologie ?
Cela fait un certain temps que nous ne nous sommes pas parlé. J'espère qu'il se porte bien... Pour ce qui est de son album, je l'ai écouté, et je trouve qu'il a créé vraiment de très belles choses. Mais c'est en-deça de ce qu'il est capable de faire. J'aimerais le voir revenir à quelque chose de plus ambitieux à l'avenir.
Ne penses-tu pas, à la lumière de ces événements, qu'il est dans une certaine mesure regrettable que la musique de Zazen soit associée à des concepts 'spirituels' plus ou moins fumeux ? D'une certaine manière, votre association aux activités de Rama peut discréditer votre musique, de la même façon que l'œuvre littéraire de L. Ron Hubbard a été remisée du fait de son influence sur l'église de Scientologie...
Tout à fait, je suis complètement d'accord avec cette comparaison. Ce que j'espère, c'est que la plupart des gens sauront faire abstraction des éléments extérieurs à la musique, notamment ceux qui concernent Rama. J'ai été contacté par un certain nombre de gens qui, tout en montrant une certaine hostilité à son égard, ont été capables d'apprécier pleinement notre musique. Je trouve cela très gratifiant, même si c'est une situation un peu absurde, je le confesse.
Maintenant que tu es à nouveau libre de tes mouvements, as-tu l'intention de revenir au rock progressif ?
Merci de me poser la question ! Effectivement, je travaille en ce moment sur un projet solo qui explore des formes relativement élaborées de composition, avec de longs morceaux. Je joue aussi beaucoup de claviers, et c'est très plaisant !
Es-tu toujours impliqué dans les relations entre Zazen et Miramar ?
Je suis en très bons termes avec les responsables du label, et j'espère continuer de travailler avec eux d'une manière ou d'une autre. Cependant, ils ont été informés, par qui vous savez, que j'avais décidé de quitter le groupe. Mon implication est donc très limitée désormais... Par exemple, une compilation intitulée Surfing The Himalayas vient de sortir sans que j'aie été consulté. Elle contient des titres de nos albums chez Miramar, de celui de Joaquin, et de deux morceaux tirés d'une de nos cassettes.
Surfing the Himalayas est également le titre d'un livre publié par Frederick Lenz, alias Rama, qui semble connaître un certain succès en librairie aux États-Unis. De quoi parle-t-il ? J'imagine que le titre se veut une métaphore 'spirituelle' ?
C'est effectivement une métaphore, mais le livre parle également de snowboard !!! L'histoire est la suivante : un jeune américain est en train de faire du surf dans l'Himalaya, et manque de renverser un moine bouddhiste, qui l'initie au bouddhisme tantrique. Il s'agit donc d'une sorte de fable philosophique. Bien qu'il s'agisse d'une oeuvre de fiction, Lenz affirme s'être inspiré de sa propre expérience.
Quel regard portent les responsables de Miramar sur la polémique autour du personnage de Rama ?
Je sais qu'ils sont parfaitement au courant des tenants et aboutissants de l'affaire, mais ils ont choisi de ne se préoccuper que de la musique. Je peux vous assurer que Kipp Kilpatrick est un très bon ami, et que Paul Sullivan, le directeur général du label, est un homme d'une grande intégrité. Ils ne se sentent pas particulièrement concernés par tout ce qui tourne autour de Rama. par ailleurs, il faut quand même préciser que Lenz dépense des sommes considérables en publicité dans de grands magazines, notamment une double page dans Rolling Stone il y a quelques mois. Quel label serait assez fou pour refuser des milliers de dollars de publicité gratuite ?!? Du point de vue de Zazen, c'est évidemment la même chose. Cela a donc au moins cet effet positif...
Quelques questions à Andy WEST :
Quand et comment as-tu rencontré Steve Kaplan et Joaquin Lievano ?
J'ai fait la connaissance de Joaquin en 1982. A l'époque, il était encore avec Jean-Luc Ponty, et moi avec les Dregs. Quand, à la séparation des Dregs en 1983, je suis venu m'installer à San Francisco, j'ai repris contact avec lui, et nous sommes devenus amis. A la même époque, nous avons commencé à étudier avec Rama, et nous avons eu l'idée de former un groupe de musique pour la méditation. Rama nous a alors parlé de Steve, qui avait déjà travaillé un peu avec lui. Nous nous sommes donc réunis, et Zazen est né, en 1985.
Etait-ce, d'une quelconque manière, frustrant pour toi, en tant que bassiste, de jouer une musique dans laquelle l'élément rythmique est des plus secondaires ?
Pas du tout. C'était quelque chose de complètement nouveau pour moi, et de ce point de vue je ne me sentais aucunement limité. De toute façon, j'avais d'autres activités musicales en parallèle, notamment le groupe Crazy Backwards Alphabet avec le guitariste Henry Kaiser. Nous avons fait une tournée en Europe en 1987. En fait, la seule chose qui me manquait dans Zazen, c'était les concerts. Nous en faisions très peu comparé aux Dregs. En revanche, je pouvais contribuer de manière bien plus significative aux compositions.
Dans quelle mesure te considères-tu 'adepte' des principes philosophiques de Rama ?
Disons que... Il m'a beaucoup appris. Je ne crois pas vraiment que le terme de 'philosophie' soit très adapté. Il enseigne le bouddhisme, ce qui à mon sens n'a pas grand-chose à voir avec la philosophie. Le bouddhisme, je dirais que c'est une façon très active de ne pas penser (la méditation), et une éthique de vie.
Quel était le degré d'implication de Rama dans le groupe du même nom que tu as formé juste après ton départ de Zazen, en 1993 ?
Très faible, en lait. Il s'agissait d'un trio de rock industriel dans lequel nous utilisions beaucoup la technologie du 'sampling'. J'écrivais tous les morceaux, et j'espère que certains seront un jour enregistrés.
Pourquoi avoir choisi ce nom, alors ?
Je l'aime bien, c'était un hommage à ce que Rama m'a apporté. Nous n'avons fait qu'une poignée de concerts dans la région de Chicago.
Pourquoi as-tu quitté Zazen en 1993 ? Quel effet cela te fait-il de voir des albums de Zazen continuer à sortir, trois ans après ton départ ?
Eh bien, je souhaitais explorer de nouvelles directions musicales. Par ailleurs, mon implication avec Rama était terminée. Pour ce qui est des nouveaux CD, j'aurais évidemment préféré qu'ils sortent à l'époque où nous les avons faits. C'est un peu étrange... Je ne suis pas du tout impliqué dans leur promotion, car on ne m'a rien demandé... Remarquez, en répondant à cette interview, c'est exactement ce que je fais !
Quels sont tes projets ?
Je travaille à plein temps comme consultant dans le domaine de l'informatique. Je continue cependant à jouer dès que j'en trouve le temps. Je prépare un album solo, que j'espère terminer avant l'été. Autrement, je fais partie des Mistakes, qui est un peu la continuation de Crazy Backwards Alphabet, avec à nouveau Henry Kaiser, mais également Mike Keneally à la guitare. Nous faisons une musique complètemenl déjantée, les influences vont de Zappa à Coltrane, et j'adore ça !
Entretiens réalisés par Aymeric LEROY
(chroniques et entretien parus dans Big Bang n°15 - Printemps 1996)

