
PISTES :
1. I Will Be The Wind (6:53)
2. Spaken (1:04)
3. Flag Of Convenience (10:10)
4. Prästpolskan (0:57)
5. Zwecia (25:29)
6. Anthem Of The Long Forgotten Loss (8:22)
7. Ekelundapolskan (0:53)
FORMATION :
Anders Altzarfeldt
(orgue Hammond, mellotron, synthétiseurs)
Lennart Glenberg-Eriksson
(violon)
Danne Lindell
(basse)
Svetlan Raket
(batterie, percussions)
P-O Saether
(chant)
ZELLO
"Quodlibet"
Suède - 1999
Muséa - 53:53
Comme souvent, les prévisions de Zello quant à la date de sortie de son second album étaient excessivement optimistes (peut-être ont-elles été contrecarrées par les difficultés de son ancien label, Ad Perpetuam Memoriam), mais on ne saurait lui en vouloir pour ces dix-huit mois de retard, dans la mesure où la réussite est au rendez-vous. Dans un registre totalement à l'écart des spécificités Scandinaves les plus sombres, Quodlibet place en effet son auteur directement au tout premier rang des meilleures formations progressives.
Les influences constatées sur le premier album ne sont pas démenties. Si le parti-pris de remplacer la guitare par le violon rapproche inévitablement Zello de Kansas ou de UK, les similitudes observées ne sont pas que sonores; les constructions mélodiques et le lyrisme aux accents romantiques évoquent bien sûr le premier, alors que les multiples rebondissements s'apparentent plutôt au second. Quant à l'inlassable dynamisme dont font preuve les Suédois, il est comparable à celui de ces deux glorieux aînés.
Après tout, le créneau n'est pas si fréquenté. Il y a, c'est évident, matière à y faire son nid, d'autant que le groupe y présente de toutes façons ses propres spécificités, notamment un apport folklorique Scandinave subtilement injecté à ses compositions, ou apposé tel quel en guise de pont ou d'épilogue. Pourquoi, par contre, ne pas utiliser concrètement, de temps à autre, le violoncelle que le nom du groupe est censé évoquer ?
Le chant particulier de P-O Saether, même s'il semble parfois mal mixé (surtout sur le premier morceau), est aussi à mettre au rang de ses spécificités propres, dans un timbre à rapprocher par moments de celui de Roger Chapman (quant il n'éraille pas sa voix) et de Derek Shulman, et à d'autres de Peter Nicholls, voire même Peter Gabriel. Bien qu'appréciable, il a surtout le mérite de ne pas être envahissant - étant le seul compositeur, Saether est le premier à savoir ce qu'il faut privilégier.
Car il faut aussi mettre en évidence chez ce groupe ce qui pourrait en faire une nouvelle star du public progressif, à savoir l'aspect jubilatoire de ses échanges instrumentaux. C'est en effet sur la base d'un incroyable foisonnement mélodique que ces dialogues violon-claviers prennent des allures de feux d'artifice prolongeant les fêtes de ce dernier 14 juillet... A ce titre, le plus long morceau, «Zwecia» (25:29), est un véritable régal. Assurément, ces musiciens ont le plaisir communicatif, et c'est bien là leur principale qualité...
Maintenant, dans le contexte de leur choix (ou de leur instinct ?) hédoniste, il est évident que c'est essentiellement Anders Altzarfeldt (claviers) et Lennart Glenberg (violon) qui mènent la danse, la hauteur de leur talent leur autorisant les plus périlleuses escapades. Il n'en va malheureusement pas de même pour Danne Lindell (basse) et Svetlan Raket (batterie) qui font de leur mieux, avec une pointe d'inventivité, pour s'adapter au jeu fantasque de leurs deux confrères, mais qui parfois se laissent aller (surtout au niveau de la batterie) à un rôle quelque peu minimaliste.
On peut certes voir là une coloration néoprogressive, actualisant le propos du groupe (pour ceux qui le conçoivent comme daté 70s'). Personnellement, je ne partage pas du tout cette analyse, ne serait-ce que parce qu'elle tient du compliment à l'endroit même où un tel groupe pourrait indéniablement progresser. Ce qui est bon n'a pas d'âge, c'est précisément parce que la musique de Zello aspire à une dimension intemporelle qu'elle peut faire l'unanimité; qu'elle puise son inspiration dans une période ou dans une autre importe peu.
D'autre part, je n'admettrai jamais qu'un élément limitatif puisse incarner une quelconque modernité. Si par ailleurs la médiocrité devient la règle, elle ne doit pas être acceptée comme une fatalité inhérente à notre époque. L'ambition progressive passe même par son rejet clair et net. C'est précisément parce que Zello joue désormais dans la cour des grands que ses choix rythmiques apparaissent parfois comme un frein à son potentiel. Ce que nous ne songeons même plus à critiquer chez Pendragon et IQ (et qui, il faut bien le redire, ne choque pas outre mesure un large public) est signalé ici par ce que les Suédois sont susceptibles d'aller plus loin encore, et qu'il ne serait pas honnête à ce stade de leur carrière de les priver d'une marge de progression motivante.
Quoi qu'il en soit, Quodlibet est d'ores et déjà l'album de la révélation, et a toutes les chances de faire un carton (toute proportion gardée...). Quant au prochain, rappelons que ce sera le troisième, et qu'une tradition suivie en fait souvent celui de la consécration...
Laurent MÉTAYER
(chronique parue dans Big Bang n°31 - Juillet 1999)

