"The Eagle Will Rise Again" (1978-1980)
Tales Of
Mystery And Imagination, I
Robot et Pyramid
composent ainsi une trilogie conceptuelle qui, si elle
n'était
pas programmée, explore néanmoins de grands
thèmes
transversaux : la dimension fantastique de notre humanité,
son
extinction inscrite dans l'avenir, et ses racines mystiques enfouies
dans les sables d'un lointain passé... Ces trois albums
constituent assurément un des pics artistiques de la
carrière d'Alan
Parsons. Avec ses complices Woolfson et
Powell,
il semble avoir tout donné, et le quatrième opus,
Eve,
qui paraît en 1979, illustrera malheureusement la stagnation,
et
même le recul d'une inspiration qui a dès lors du
mal
à se renouveler. Il faut dire que les impératifs
liés au contrat signé avec Arista les obligent
à
livrer dans des délais relativement courts deux nouveaux
albums.
Ils mettront donc en chantier coup sur coup deux disques : le futur
Eve,
et un second disque, resté jusqu'à ce jour
totalement inédit, intitulé Sicilian Defense,
du
nom d'un
coup aux échecs. Ce mystérieux projet fut
jugé
tellement peu intéressant par la maison de disque qu'il ne
fut
jamais produit; gageons que nous n'avons rien perdu, au vu de la
qualité déjà très
limitée d'Eve...
Ce nouvel album apparaît en effet comme manquant de
cohérence et de morceaux véritablement marquant.
Eve
est
une fois de plus un concept, dédié, comme
l'indique son
titre, à la femme. La pochette est d'ailleurs
censée
illustrer la dualité de la féminité
(et par
extension, de tout individu), puisque derrière la
première impression, celle de femmes séduisantes
simplement porteuses de chapeaux à voilettes, on
aperçoit
les nombreuses verrues dont elles sont affublées. Mais en
découvrant le contenu, c'est la douche froide : des chansons
pop
relativement basiques et fades ("Winding Me Up"), voire poussives ("You
Lie Down With Dogs", "You Won't Be There"); un instrumental
naïf
qui est surtout un pâle et longuet décalque de
"Hyper-Gamma-Spaces" ("Secret Garden"), morceau dont se rapproche
également "I'd Rather Be A Man" (principalement
intéressant par son solo de piano); et des arrangements
beaucoup moins élaborés que par le
passé (seul
"Damned If I Do", unique single extrait de l'album, présente
des
passages symphoniques un peu plus captivants), dominés par
des
violons bien souvent trop roses... Une nouveauté
intéressante est néanmoins à signaler,
qui sera
malheureusement sans lendemain : la participation de chanteuses, sur
deux morceaux. Clare Torry, vocaliste de Dark Side Of The Moon
("The
Great Gig In The Sky"), sur le naïf "Don't Hold Back"; et
Lesley
Duncan, chanteuse anglaise qui débuta sa carrière
dans
les années 60 (elle est l'auteure du hit "Love Song", dont
Elton
John fit une reprise connue, et fit également partie des
chœurs de Dark
Side Of The Moon), qui contribue à
la
qualité de la ballade plutôt bien dosée
"If I Could
Change Your Mind". En dehors de ce morceau, on peut
également
sauver l'instrumental d'ouverture de grande qualité,
"Lucifer",
qui se rapproche de "I Robot", avec une rythmique saccadée
(annonciatrice des "Apollo" ou autres "The Time Machine") et une
mélodie séduisante sur fond d'ambiance
légèrement électronique et de
chœurs fort
travaillés... De même, un nouvel
interprète fait
son apparition, Chris Rainbow, à la voix
extrêmement fine
et diaphane, qui rejoindra ensuite Jon Anderson et son groupe pour son
premier album hors de Yes, Song Of Seven, et la tournée qui
suivit. Pour le reste, c'est la même équipe de
musiciens
que sur Pyramid
qui officie, et on retrouve également Lenny
Zakatek sur deux morceaux, ainsi que David Paton et Dave Townsend.
Cette quatrième réalisation est en tout cas une
des plus
décevantes d'Alan
Parsons, Lilith plutôt que Eve,
en
somme...
Mais
dans
la foulée, The
Alan Parsons Project
va surprendre et livrer en 1980 une nouvelle réalisation de
grande classe, The
Turn Of A Friendly Card, qui renoue avec le niveau
qualitatif et la cohérence des trois premiers albums; la
pochette de ce disque représente d'ailleurs une carte
à
jouer, celle d'un roi de carreau, sorte de symbole de cette
majesté retrouvée, et du concept
célébré, le jeu. Celle-ci se manifeste
dès
le début de l'album, avec le morceau "May Be A Price To
Pay",
harmonieux mélange d'orchestrations symphoniques, de
claviers et
d'une base rock traditionnelle, avec une basse presque funky de David
Paton et un interlude instrumental jazzy en plein centre du morceau.
Cette première composition est d'ailleurs chantée
par un
nouveau venu dans l'équipe, Elmer Gantry, à la
voix
chaude et pleine de caractère. La maîtrise du
groupe est
retrouvée, ce que ne démentira pas le reste de
l'album.
Le dansant "Games People Play", chanté par l'habituel Lenny
Zakatek (présent également avec talent sur
l'agréable "I Don't Wanna Go Home"), est même un
des
premiers grands tubes du groupe, puisqu'il atteindra la
seizième
place du classement Billboard, tout comme la ballade "Time", autre
single à être publié; un
troisième verra
également le jour, "Snake Eyes", avec moins de
succès,
mais tout ceci témoigne du succès commercial
grandissant
du Project,
qui explosera l'année suivante...
L'aérien
"Time" marque par ailleurs la première participation d'Eric
Woolfson en tant que chanteur principal (il interprète aussi
"Nothing Left To Lose"), avec une voix tellement douce,
délicate
et particulière qu'on se demande pourquoi il n'avait pas
tenté l'expérience auparavant... La seconde
partie de
l'album est la plus intéressante pour l'amateur de
progressif.
On y trouve en effet un instrumental, "The Gold Bug", nouvel hommage
à Edgar Allan Poe, dans lequel saxophone (non
crédité) et vocalises se succèdent
plutôt
joliment. Et surtout, la deuxième face du vinyl est
occupée par une unique suite de plus d'un quart d'heure,
divisée en cinq parties (une seule piste sur le CD), et qui
évoque le travail des Beatles sur l'album Abbey Road.
Attention,
toutefois : "The Turn Of A Friendly Card" est plutôt un
collage
de chansons qu'une véritable suite; ce qui l'articule, ce
sont
principalement les deux parties ouvragées qui ouvrent et
ferment
le morceau avec faste, au refrain travaillé
chanté par un
Chris Rainbow en état de grâce, ainsi que le
très
réussi instrumental "The Ace Of Swords", orchestral en
diable,
imprégné de la marque d'Andrew Powell. "Snake
Eyes" et
"Nothing Left To Lose" sont des chansons plus basiques, la
première rock, la deuxième pop, servi par des
chœurs très présents et même
un passage de
bandonéon, avec en prime, à la fin de cette
dernière, une reprise des divers thèmes musicaux
de la
suite, où Ian Bairnson nous livre un de ses meilleurs soli,
tout
en fièvre, mais hélas trop court ! The Turn Of A
Friendly
Card est donc un album très probant, qui
pourrait quasiment
être lié aux trois premiers disques du Project
pour une
tétralogie, somme du style Alan Parsons... On
peut signaler
pour
terminer que "The Turn Of The Friendly Card (part one)"
bénéficia de la réalisation d'un clip
jamais
commercialisé. En ce début d'années
80, Arista mit
également en vente un coffret de quatre albums, I Robot,
Pyramid, Eve et The Turn Of A
Friendly Card.
"Too Close To The Sun " (1981-1983)
Après
une
période de composition plus
longue que par le passé, l'année 1982 est celle
de la
consécration commerciale pour le groupe, avec leur album le
plus
connu, Eye
In The Sky, illustré par ce fameux
œil
égyptien (petit clin d'oeil à Pyramid
?). Il est
une fois
de plus enregistré à Abbey Road, avec les
indéboulonnables Paton à la basse, Bairnson
à la
guitare et Elliott à la batterie, sans oublier la paire
Parsons/Woolfson aux claviers et aux compositions. On remarque
toutefois un prestigieux invité : Mel Collins, ancien membre
de
King Crimson, pour quelques parties de saxophone.
Côté
chanteurs, on retrouve également des connaissances : Gantry,
Blunstone, Paton, Zakatek et Woolfson sur deux morceaux, dont le fameux
single "Eye In The Sky", qui atteindra la troisième place du
top
américain en 1982. L'impact de ce morceau rend l'approche
sereine de l'album plus difficile. Pourtant, on constate assez
facilement une continuité entre The Turn Of A
Friendly Card
et
Eye
In The Sky, avec toutefois une qualité globale
moindre
pour
ce dernier. Pour la première fois, d'ailleurs, l'album n'est
pas
conceptuel, même si la "perte de l'individualisme" est
avancée comme fil conducteur, notion plutôt floue
et
lâche s'il en est... Certes, la production est toujours bien
léchée, l'aspect formel soigné, mais
bien des
compositions restent de sympathiques chansons, sans plus : le planant
"Gemini", la ritournelle rock "You're Gonna Get Your Fingers Burned",
ou l'anecdotique "Step By Step". "Children Of The Moon" et
"Psychobabble" se situent un cran au-dessus, mais il leur manque un
petit quelque chose pour être complètement
indispensables.
Au contraire, les sept minutes de "Silence And I" frisent la
démesure, avec l'emploi d'une centaine de musiciens et une
longue partie orchestrale, du niveau de celles d'I Robot,
toujours
arrangée par Andrew Powell. A côté de
ce point
d'orgue, on peut également citer l'instrumental
"Mammagamma", ou
comment conjuguer de façon intéressante un
thème
déjà utilisé par le passé ;
et surtout la
poignante ballade "Old And Wise", interprétée par
Colin
Blunstone, qui s'envole grâce au solo de Mel Collins (bien
plus
conventionnel, évidemment, que son travail à la
cour du
roi pourpre). Enfin, on ne peut faire l'impasse sur la paire "Sirius" -
"Eye In The Sky", qui évoque en partie
l'enchaînement "A
Dream Within A Dream" - "The Raven". "Sirius", utilisé
ensuite
par l'équipe des Chicago Bulls pour leurs
entrées, est
une sorte de "Voyager" plus agressif et plus sombre, qui condense en un
peu moins de deux minutes tous les éléments du
son Alan
Parsons, et s'avère être une
excellente
introduction au
tube "Eye In The Sky", calibré mais chantée avec
talent
par Eric Woolfson, avec en prime une présence
feutrée
essentielle de l'ami Bairnson; on ne peut y rester insensible,
d'autant qu'il ne s'agit pas d'un reniement, la sophistication
étant toujours présente.
L'année
suivante
voit la parution d'Ammonia
Avenue, à la pochette symétrique
très
floydienne
(tout comme son recto, d'ailleurs). Enregistré aux studios
Abbey
Road, ce nouvel opus confirme la même bande que celle qui
officiait sur le précédent, Elmer Gantry en
moins. Ce
septième album marque une étape
supplémentaire
dans l'appauvrissement de la musique du combo, une évolution
entamée avec Eye In The Sky
(ou même Eve).
Et
cette
fois-ci, il n'y a pas de prétexte conceptuel, la seule ligne
directrice étant celle d'offrir une collection de "pop
songs"
attrayantes. Un signe qui ne trompe pas est la quasi-absence d'Andrew
Powell, excepté pour quelques violons langoureux sur "Since
The
Last Goodbye", et surtout avec "Pipeline" et le titre
éponyme,
le plus long de l'album, sorte de sous "Silence And I", ces deux
morceaux étant les seuls véritables
échos de
l'âge d'or orchestral du groupe. La batterie avait
déjà commencé à
être un peu plus
pesante sur certains morceaux d'Eye In The Sky,
mais avec ce nouvel
opus, on rentre de plain pied dans la rythmique abusive et
résonnante des années 80, qui écrase
en grande
partie les subtilités d'arrangements restantes. La confiance
sans doute renforcée par le succès de "Eye In The
Sky",
Eric Woolfson chante quatre morceaux sur les huit que comporte l'album,
auquel il convient d'ajouter le sympathique instrumental "Pipeline",
construit sur le mode répétitif cher au groupe,
avec une
rythmique ponctuée par la basse et quelques interventions de
saxophone mises en avant. Il est secondé de façon
très efficace dans les chœurs par Chris Rainbow.
Les
compositions proposées vont d'une pop de luxe
très
efficace, aux jolis passages de guitare ("Prime Time", sorti en single
et en vidéo, ou l'anecdotique "Dancing On A Highwire"),
à
un rock plus énergique ("Let Me Go Home" ou "You Don't
Believe",
tous deux chantés par Lenny Zakatek), en passant par
plusieurs
ballades (le sirupeux "Since The Last Goodbye"). Le très
synthétique "One Good Reason", censé
être
plutôt rigolo, aurait plutôt tendance à
faire
pleurer devant le recul de l'inspiration. Il faut cependant mentionner
"Don't Answer Me", hit du disque chanté par Woolfson, un
morceau
pop sur la séparation amoureuse pourvu d'une
réelle
émotion, avec ses sons de castagnettes, ses chœurs
discrets et son solo de saxophone déchirant joué
par Mel
Collins. Ce nouveau tube bénéficie encore de nos
jours de
passages radio, et eut droit à un clip sous forme de
vignettes
BD original et réussi. Même si la
carrière de
l'album ne connaîtra pas le même succès
que celle de
son prédécesseur, il atteindra malgré
tout la
quinzième position du Billboard, ce qui en fait le
deuxième gros succès de la carrière
d'Alan
Parsons.
La même année, le premier best-of de la carrière du groupe est publié, le début d'une - trop - longue série (voir l'encadré "Money Talk : les compilations"). L'occasion de faire un bilan, alors que la musique du groupe semble s'être définitivement convertie aux facilités d'une certaine variété de radio...
"What Goes Up..." (1984-1987)
Le
souci - conscient ou non - de
répéter ces deux
succès successifs va entraîner
The Alan Parsons
Project
dans des directions quelque peu chaotiques. Vulture
Culture, qui est
enregistré entre mai et juillet 1984 et sort la
même
année, approfondit encore un peu plus la direction purement
variété de la musique du combo. D'ailleurs, cette
huitième réalisation sera la seule à
ne pas
inclure la participation d'Andrew Powell, alors en pleine
préparation de la musique du film Ladyhawke (voir
ci-dessous).
Autre modification chez les musiciens, Mel Collins tire sa
révérence et se voit remplacé par un
nouveau venu,
Richard Cottle, qui se charge également des
synthétiseurs. Ce dernier n'est pas un débutant,
puisqu'il a travaillé avec le groupe Wham !, les Bee Gees,
Mick
Jagger, Eric Clapton, Rod Stewart, David Bowie ou Peter Frampton.
Enfin, Eric Woolfson conserve sa place importante dans
l'interprétation, avec trois morceaux sur sept. Au final, on
se
retrouve avec l'album le plus inintéressant de The Alan
Parsons
Project (et le plus court), qui, bien que mieux produit
que Eve,
ne
dépasse pas le même caractère
plutôt
médiocre; seuls quelques arrangements évoquent le
caractère musical plus personnel du groupe. Les seuls
morceaux
qui sauvent réellement l'intérêt des
deux albums
sont deux instrumentaux : "Hawkeye", s'il ne possède pas le
même charisme que "Lucifer", n'en demeure pas moins tout
à
fait agréable. Le reste du disque se compose de ballades
langoureuses et fades, de "Separate Lives" à "Sooner Or
Later",
chantés par Eric Woolfson, tout comme le morceau de
conclusion,
"The Same Old Sun", très insipide. La plupart des paroles -
qui
sont censées donner un regard sur la
société
moderne, les relations actuelles et le commerce de la culture, rien que
ça - donnent également une impression de
déjà entendu. Parmi les rares bons moments, on
isolera
simplement le morceau titre, chanté par Lenny Zakatek,
construit
autour d'une ligne de basse et de quelques souffles de saxo, et "Let's
Talk About Me", qui bien que son refrain soit accrocheur en diable,
présente pendant de (trop) brefs moments des
chœurs en
canon du plus bel effet, qui viennent seconder avec brio David Paton.
La totalité des compositions sont de surcroît
lestées par une batterie plus pesante que jamais, qui
renforce
l'impression d'uniformité que l'on éprouve
à
l'écoute du disque. "Let's Talk About Me", un des deux
singles
sortis (ainsi que "Days Are Number (The Traveller)"), avec un clip
à l'appui, n'atteindra d'ailleurs que la 56ème
place du
Billboard, et l'album n'obtiendra aucunement le même
succès que ses deux prédécesseurs...
L'accueil décevant réservé à Vulture Culture a-t-il convaincu Parsons et Woolfson de modifier en partie leur direction musicale et de tenter de renouveler leur inspiration ? Toujours est-il que l'album suivant, Stereotomy (le nom d'un pavage métallique tiré de la célèbre nouvelle de Poe, "Double assassinat dans la rue Morgue"), qui sort en 1985, va en surprendre plus d'un. La pochette difficilement identifiable et le livret construit en effet miroir sont en eux-mêmes une énigme. Première nouveauté, il fut enregistré d'octobre 1984 à août 1985, ce qui constitue un des plus longs enregistrements jamais réalisés par le groupe, et qui plus est aux Mayfair Studios de Londres, et non plus aux célèbres Abbey Road Studios !
Encore
aujourd'hui,
ce disque est
très loin de faire
l'unanimité. Il faut dire que The Alan Parsons Project
semble y
adopter une posture censée être moderne,
"industrielle",
tout en voulant conserver les éléments qui ont
fait son
succès. Le résultat ? Un album hybride, qui
contient
plusieurs morceaux fort intéressants, mais
également de
nombreux ratés et des sonorités très
datées. Parmi celles-ci, il faut principalement citer la
batterie électronique, extrêmement
sèche et
tellement omniprésente et répétitive
qu'elle tend
à étouffer les autres instruments, dont une basse
plus
aiguisée que d'habitude. Mais ce sont incontestablement les
claviers qui dominent, avec des synthétiseurs qui
parviennent
à renouveler en partie le style sonore de The Alan Parsons
Project. Par ailleurs, la bande connaît
également
plusieurs remaniements : du côté des chanteurs,
Colin
Blunstone et Lenny Zakatek disparaissent du casting, tandis que John
Miles est de retour après une absence de sept
années. De
plus, de nouveaux participants sont à signaler : Gary
Brooker,
de Procol Harum, est un de ces invités de luxe, pour
"Limelight", un des morceaux les plus guimauve de l'album,
malheureusement, tout comme Graham Dye et sa voix joyeuse,
rencontré par Alan
Parsons lors de sessions d'enregistrement
pour son groupe Scarlet Party. Enfin, c'est le retour - timide -
d'Andrew Powell, qui, bien que n'arrangeant pas toutes les
compositions, accroît l'intérêt du long
instrumental
"Where's The Walrus ?", nominé aux Grammy Award. Clin
d'œil évident au célèbre "I
Am The Walrus"
des Beatles, ce morceau répétitif, garni de
quelques
surprises sonores, est sans aucun doute le plus électronique
de
la carrière du Project,
et un des plus originaux,
même si
son côté très années 80 ne
lui permettra pas
de rassembler tous les suffrages. Autre instrumental réussi,
"Urbania", conforme aux structures chères à Alan
Parsons,
mais avec des sonorités différentes, une sorte de
"Mammagamma" plus froid et plus lent; on regrettera simplement le
saxophone, qui semble avoir été
enregistré dans
des toilettes... L'acoustique "Chinese Whispers" est plus anecdotique,
et sert surtout de prélude à "Stereotomy Two".
L'album,
bien que non conceptuel, s'ouvre et se conclut en effet avec les deux
parties du morceau titre, aux paroles elliptiques chantées
par
John Miles : un riff entêtant, des arrangements
inspirés
de la new wave, des parties de guitare de qualité, un
interlude
susurré par Eric Woolfson, sont quelques-uns des
ingrédients qui font de "Stereotomy" une composition au
charme
nouveau, surprenant mais indéniable, à
défaut
d'être une des plus riches d'Alan Parsons. Ce
morceau eut
d'ailleurs droit à une version vidéo. Mais
d'autres
titres ne présentent pas le même
intérêt. Si
l'on peut à la rigueur sauver Chris Rainbow et son
"Beaujolais",
pour l'hommage amusant à notre fameux vin plus que pour sa
qualité intrinsèque (à l'exception de
ses
chœurs superposés en final), "Limelight",
très
dépouillé, voire dénudé, et
"Light Of The
World", sont des ballades sans grand relief, et "In The Real World",
également interprété par John Miles,
est un rock
FM accrocheur relativement basique. Stereotomy,
album partiellement
novateur dans la carrière du Project, mais qui
présente
le défaut d'être échoué sur
les
écueils des années 80, ne
réitérera pas le
succès de Eye In The Sky,
et poursuivra le recul commercial
et
médiatique du groupe, un recul que le prochain opus studio
n'enrayera pas lui non plus.
Cette
même
année
1984 voit naître un
"side-project"
méconnu intitulé Keats. Ce groupe
occasionnel
réunit certains fidèles du Alan Parsons Project,
Colin
Blunstone au chant, David Paton à la basse, Ian Bairnson
à la guitare, Stuart Elliott à la batterie, et un
ancien
membre de Camel, le regretté Peter Bardens aux claviers.
Histoire de rester en famille, l'unique album éponyme du
combo
sera enregistré et produit par Alan Parsons
lui-même.
Richard Cottle fera même une apparition pour quelques parties
de
saxo et de claviers. Deux éditions du disque furent
réalisées, avec un morceau différent
entre les
deux. Un single fut également publié, "Turn Your
Heart
Around", avec un clip vidéo en prime. Le style
privilégié se situe dans le prolongement du
Project, et
les dix compositions constituent une agréable collection de
chansons, sans plus.
En 1985, Alan Parsons va prendre part à une expérience nouvelle pour lui. En effet, Richard Donner demande à Andrew Powell de composer la musique de son nouveau film, Ladyhawke (avec Michelle Pfeifer, Matthew Broderick et Rutger Hauer). C'est Alan Parsons qui va enregistrer et produire l'album de son vieux complice, sur lequel on retrouve une fois de plus les habitués du Project : Stuart Elliott, Ian Bairnson, David Paton et Richard Cottle (aux claviers uniquement). Le thème principal de la BOF est une illustration sans surprise du style Alan Parsons, avec ce mélange de parties orchestrales et d'éléments rock, pour un résultat qui manque un peu de variété. Une édition plus complète de cet album fut publiée en 1995, avec plusieurs inédits pour un total de 23 pistes.
De plus,
à
partir du mois
d'octobre jusqu'en août
1986,
The Alan Parsons Project
enregistre sa nouvelle réalisation,
Gaudi,
aux studios Mayfair et "The Grange". Il s'agit d'un retour
à la veine des albums conceptuels, plutôt
délaissée après The Turn Of A
Friendly
Card. Cette
fois, c'est un autre personnage historique que Poe qui est mis
à
l'honneur : Antonio Gaudi, célèbre architecte
catalan qui
conçut et réalisa la cathédrale de la
sainte
famille à Barcelone, une œuvre d'art
particulièrement originale qu'il laissa
inachevée... Et
la musique de ce nouvel opus est à l'unisson de cette
thématique, délaissant les horizons profanes de
l'air du
temps pour une atmosphère toute en retenue et en douceur. On
assiste en outre à un changement de personnel important : le
bassiste (et parfois chanteur) David Paton, présent sur tous
les
albums du groupe depuis les débuts, n'est plus
présent ;
on le retrouvera quelques années plus tard en compagnie de
Rick
Wakeman sur Softsword... Il est remplacé par le
frère de
Richard Cottle, Laurie (alias Laurence), à la
personnalité musicale moins affirmée. Un nouveau
chanteur
fait également un passage le temps d'un album, Geoff
Barradale,
membre du groupe Vitamin Z, à la voix chaleureuse. Sept
morceaux
sont au programme, dont "La Sagrada Familia", qui ouvre le disque. En
presque neuf minutes, on retrouve la dimension la plus progressive du
Project,
avec le chant sans faute de John Miles, des parties
contrastées, dont certains interludes avec chœurs
de Chris
Rainbow en nappes (et Eric Woolfson sur la fin, tout comme pour
"Stereotomy"), saxo et castagnettes (de circonstance !), arrangements
orchestraux, solo de guitare tout en nuance, et hélas
toujours
un son de batterie trop marqué. Cette réussite
majeure de
l'album se prolonge avec la conclusion du disque, le trop court "Paseo
De Gracia", un instrumental fort réussi qui reprend le
thème de "La Sagrada Familia" avec une partie de guitare
acoustique enthousiasmante. On peut relier à ces deux
titres,
colonne vertébrale de l'album, les deux prestations de Eric
Woolfson sur "Closer To Heaven" et "Inside Looking Out", fluides et
aériens, évoquant même les passages les
plus
planants d'I
Robot, mais dont le relatif dépouillement
laisse en
partie l'auditeur sur sa faim. Les autres titres s'avèrent
plus
conventionnels. Lenny Zakatek est de retour pour une ultime prestation;
"Too Late" est un morceau agréable, mais encore
typé en
partie variété. "Money Talks",
interprété
par John Miles, est plus surprenant, construit sur un riff de guitare
assez brut, mais manquant cruellement d'ampleur. L'entraînant
"Standing On Higher Ground", enfin, se rattache d'une certaine
manière à Stereotomy
dans le style, visant le
succès radio d'un Tears For Fears, avec single et clip. Un
album
en demi-teinte, qui ne marque que partiellement un retour à
l'inspiration d'autrefois.
Gaudi sort finalement en 1987. Si l'album marque un recul supplémentaire des ventes, "Standing On A Higher Ground" connaîtra en tout cas un certain succès en single. Cette même année voit l'achèvement de la réédition des albums antérieurs du groupe en format CD, une réédition couronnée par la réalisation d'une version enrichie du premier opus, le fameux Tales Of Mystery And Imagination (voir ci-dessus). La sortie de deux compilations servira de testament au Project, comme on s'en rendra compte quelques années plus tard...

