ANGE... Père et Fils
Entretiens avec Christian et Tristan DÉCAMPS
ANGE (CCO de Lyon-Villeurbanne) - Jeudi 6 octobre 2005
Ange était une nouvelle fois de passage dans ma bonne ville de Lyon en octobre dernier. L’interview de tonton Francis encore toute fraîche dans mon esprit, je trouvais l’occasion trop tentante de rencontrer à leur tour le père et le fils Décamps.
C’est un Tristan charmant, disponible, beaucoup moins introverti que prévu et surtout beaucoup plus drôle que nous allions rencontrer quelques minutes avant le concert. Mais avant cela, c’est Christian le père qui sautait sur une belle occasion en acceptant chaleureusement ma proposition : faire l’interview dans ma voiture sur le trajet qui nous mène à la Fnac du centre-ville, où a été organisé un showcase postprandial.
Un mini-concert acoustique où Christian, bourré d’humour, de tendresse, d’émotion et de savoir-faire nous rappelle qu’il affectionne particulièrement ce genre de spectacles mariant sketches à la Desproges (qu’il admire) et récital acoustique (voir son DVD Mes Vers Solitaires). Un Décamps plus intimiste qui se livre différemment sur scène, seul à la guitare, sourires en coin et silences complices, devant une cinquantaine de personnes venues là par passion, par hasard ou par curiosité. L’occasion de raconter en quelques phrases l’histoire de Ange («A.N.G.E., à ne pas confondre avec ANPE», nous prévient-il) et de visiter en musique toutes les époques du groupe : les débuts avec «Le Soir Du Diable», la gloire avec l’inusable «Emile Jacotey», le come-back du groupe d’origine dans les années 90 avec «Bonnet Rouge» et l’Ange d’aujourd’hui avec une version différente de «Ricochets» (l’original, sur le dernier album, étant chanté par Tristan). En tout une dizaine de titres et autant d’occasions pour Christian de nous raconter une petite histoire drôle pour illustrer la grande histoire de Ange. Christian est un comédien, il joue avec les mots, avec les phrases, mais pas seulement. Avec son visage, ses yeux, il a le rythme comique, vis comica. Il nous pousse à boire ses paroles autant que ses chansons.
Sur le trajet du retour, Christian se livre davantage. Malgré les embouteillages lyonnais de fin d’après-midi, la conversation est conviviale, à bâtons rompus. Un après-midi en sa compagnie, c’est peu mais ça nous laisse le temps de découvrir une multitude de Christian Décamps : le provocateur («Ah oui, Big Bang ! Le magazine écrit par des intégristes du prog !»); le grand romantique («Les chansons que je préfère sont celles qui parlent d’amour»); le tendre qui enlace d’émotion une fan («Tu te rends compte ? Elle a 48 ans, elle en paraît la moitié; ça conserve, la félicité !») de la première heure qui lui avoue avoir effrayé sa petite sœur en lui faisant écouter «Le Cimetière Des Arlequins»; le modeste et le sincère qui lui avoue en retour avoir écrit ce texte en écriture automatique sans trop savoir après coup ce que tout cela signifiait («J’ai d’ailleurs eu seulement 14/20 à un devoir que j’ai fait pour un élève qui avait choisi ce texte en dissertation !»); le cynique («J’ai jamais quitté le groupe»); l’auteur de bons mots subtils, cabotins («Tu me propose un questionnaire de Proust ? Je préfère un questionnaire de Plouc ou même de Prout») ou ravageurs pour cacher son cœur tendre («Si on avait quelque raison de lui en vouloir, je lui avais quand même pardonné. J’étais à son enterrement, et j’ai donné une participation. Mais je n’ai pas pu m’empêcher de dire à Brézovar, qui était à côté de moi, ‘Tu vois, même mort, il nous pique du pognon’»); le penseur («Dieu, c’est l’ensemble des femmes, c’est pourquoi il est difficile de rencontrer Dieu»), ses formules simplificatrices («L’Eglise, une secte autorisée qui fricote avec les mafias»), réductrices et à l’emporte-pièce («Les journalistes n’écrivent jamais ce que je dis»); le philosophe école Schopenhauer («Nous n’existons pas, ou si peu; nous n’existons que par notre descendance. C’est pourquoi rien n’a d’importance dans la vie sauf ce que l’on transmet, notre héritage»); le persifleur (s’adressant au public de la Fnac : «Salut les Lyonnais. Vous étiez 10000 en ’77 au Palais des Sports. Parmi vous aujourd’hui combien faisaient partie de ces 10000 ? Seulement 3 ? Où sont passés les autres ? Devant la Star Ac’ ?»); l’idéaliste («Je n’ai jamais trahi mes idéaux; si j’avais voulu gagner du fric, je serais resté à 20 ans dans cette entreprise de frêt; je serais peut-être patron d’un truc comme Calberson aujourd’hui»); le respectueux d’autrui («Ne te moques pas de l’âge des gens»); le roublard (à propos d’«Emile Jacotey», musique créditée Jean Michel Brézovar, «J’avais cette mélodie de prête, j’ai mis les textes un peu après, cela a donné ça»); l’ami reconnaissant («C’est Brézovar et moi qui avons créé le groupe. Jean-Michel est un merveilleux guitariste avec un toucher très particulier, très caractéristique, qui a amené une façon d’être qui a fait que la guitare dans Ange est devenue quelque chose de lyrique et de rock à la fois. En plus, il sait composer. Il a donné un paquet de bonnes musiques à Ange»); le fan mélomane («J’ai beaucoup aimé le DVD de Fish live en Pologne. Un show grandiose»); le gastronome aux yeux couleurs d’anfants («Tu as vu çà ? Je viens d’acheter un saucisson de Lyon. Un beau saucisson brioché. On va se régaler»)...
Le soir, place au grand spectacle. Finis l’intimité, le Décamps quasi anonyme du showcase, c’est au showman qu’on a affaire. Un grand artiste complet entouré de jeunes artistes aussi doués que chaleureux. Une set liste de rêve. Jugez plutôt : six extraits du dernier album d’Ange ancienne formule («Les Larmes du Dalaï-Lama», 1992); «Harmonie» avec Tristan au chant tellurique, hautement émotionnel. Et pour le reste, sont convoqués des extraits de grands moments des années 70. Une «...Fête Chez L’Apprenti-Sorcier» à hurler de joie; un «Jour Après Jour» religieux et incantatoire; un «Fils De Lumière» à tomber; un «Si J’étais le Messie» théâtral et troublant; un «Vu d’un Chien» jouissif et priapique; un final titanesque : «Le Chien, la Poubelle et la Rose» pour nous confier des émotions que je ne savais plus pouvoir ressentir.
A ce stade, on est déjà prêt à colporter la bonne nouvelle : Ange reste un des meilleurs groupes de scène au monde (j’ai dit «au monde»), bla-bla-bla. Mais un concert, au mieux, ça se vit, au pire ça se rate. Difficile de ne pas être frustré ou ennuyé à la simple lecture d’un compte-rendu qui a du mal à rendre l’intensité d’un tel événement. «Ces Gens-Là» en au-revoir classique et on se retrouve dehors, hébétés, sonnés, dans le silence d’une douce nuit d’automne qui constitue comme un écrin idéal à cette soirée, car toute musique part du silence et y retourne...
Entretien avec CHRISTIAN DÉCAMPS
Un
simple
showcase à la
Fnac
devant 50 personnes et on découvre un Christian
Décamps détendu et disponible, l’air
heureux d’être là... "J’avoue
que j’aurai préféré passer
plus de temps à participer à la balance du
concert de ce soir là, mais à partir du moment
où ce genre de mini-concert est organisé et que
les gens viennent te voir, même s’ils ne sont que
50, tu te dois d’être
généreux face à ton public. Et je
n’aime pas trop les gens qui se prennent pour des stars."
Justement, le fait de toujours parler de soi, d’être le point central de toutes les interviews, ne conduit-il pas à devenir égocentrique et à jouer un jour ou l’autre plus ou moins la star ?
Non , je ne pense pas. Je suis le père fondateur de l’histoire de Ange, donc c’est normal que l’on s’adresse à moi en priorité et que je parle de moi, de ce que j’ai fait. Mais je parle aussi de ce qu’ont fait les gens autour de moi. Je parle aussi de mon frère avec ses qualités et ses défauts, de Brézovar, de ses bons côtés... Je peux même parler de mes défauts, de mes colères homériques et de mes faiblesses, qui sont telles que parfois j’en arrive à ne plus m’aimer, à ne plus me reconnaître. Mais je ne nie pas les évidences. Mes colères sont disproportionnées et désagréables. C’est parce que je suis quelqu’un qui part du principe qu’à chaque problème il y a une solution, et si on arrive pas à cette solution par manque de temps ou d’argent, ou à cause de la médiocrité de certains, j’ai l’impression de me battre contre des moulins à vent et là, je peux péter les plombs. J’ai d’ailleurs écrit un poème qui s’intitule «Enervé, agacé, courroucé». C’est tout à fait moi. Même si je me suis un peu assagi. Mais à part ça, je ne pense pas être égocentrique : j’ai besoin des autres et je parle des autres. Un groupe de rock, c’est avant tout les autres. On est tous l’autre d’un autre...
Et en ce qui me concerne, j’ai encore plus besoin des autres car je ne suis pas vraiment musicien. Je pose simplement des décors harmoniques. J’aime alors m’entourer de virtuoses qui ont quelque chose à dire ou qui comprennent mes délires et peuvent les mettre en musique. Par exemple, dans «La Voiture A Eau», j’avais dit à Hassan de me trouver un chorus qui soit mi jazz manouche (Django), mi JS Bach. Et il a compris et fait un truc monstrueux, formidable, du JS Black (rires) !!
Au niveau des textes, «Réveille-toi» fait partie de tes sommets, tant sur le plan poétique que sur le plan du jeu d’acteur.
Oui, c’est un personnage fabuleux car c’est un personnage en pleine détresse. Mais d’un autre côté, c’est plus difficile à chanter qu’à jouer en tant que comédien. C’est un mélange de dramaturgie et de chant. C’est comme de l’opéra. Ca m’a été inspiré d’un fait divers : un type à Belfort qui passait le mur du cimetière pour aller retrouver sa bien aimée. Il les imaginait tous les deux sur un banc de square en train de faire tout ce qu’on peut faire la nuit avec sa dulcinée sur un banc de square. Ce gars là n’avait pas du tuer l’enfant–ado qui était en lui. Malheureusement, il a été arrêté et jugé par des adultes. Il a donc fini enfermé chez les fous. C’est çà qui m’a le plus touché et après avoir lu cet article, j’ai décidé d’en faire une chanson. En hommage à tous ceux qui gardent une âme d’enfant (Christian se balade sur scène avec une tétine, ndr)...
On se souvient de la tournée d’A... Dieu de Ange avec Steve Hogarth de Marillion et HF Thiefaine qui vous rejoignaient sur scène. Envisages-tu de tourner avec d’autres artistes ?
J’ai reçu dernièrement un e-mail de Steve Wilson qui me demandait si je pouvais le laisser reprendre, à sa façon bien sûr, «Dans les Poches du Berger», avec un texte en anglais qu’il écrirait lui-même. Il aime beaucoup cette chanson, avec le mellotron à la fin. J’attends de ses nouvelles... Si ça se fait, il viendra peut-être la chanter avec nous sur scène s’il a l’occasion de passer en France. Je l’attends d’ailleurs à la Noiseraie, chez moi; il m’a promis qu’il viendrait passer un week-end.
Steven Wilson et toi, on vous imagine pas vraiment ensemble, en amis. Vos deux personnalités sont si éloignées...
Non, à partir du moment où tu es son ami, il est charmant et détendu. C’est vraiment un type bien, très sympa et talentueux, doué, un grand producteur. Par exemple, Tristan et moi, on a joué au Transbordeur avant Porcupine Tree, mais malgré ça, on ne pouvait pas assister au concert car le sonorisateur avait reçu l’ordre de ne donner d’entrée gratuite à personne. Je suis allé en parler à Steve et ça n’a plus posé de problème pour nous. C’est vraiment lui le patron. Après le concert, je suis allé le rejoindre dans sa loge, en oubliant que j’avais un cigare au bec. Le manager arrive sur moi : «No cigar for Steve, please». Alors Steve arrive et dit «No problem, it’s Christian, my friend. Il tenait à me laisser finir mon cigare. Faut dire qu’il est en admiration devant la carrière de Ange; il a tous les disques vinyles du groupe ! La première fois que je l’ai rencontré, c’était à l’époque de Signify, après un concert de Porcupine Tree à Lille. Je lui dis que je suis chanteur d’un groupe français qui s’appelle Ange, en étant persuadé qu’il ne connaissait pas. Mon Steve, il est là, bouche bée, et il récite avec son accent anglais : Ah ! Caricatures, Guêt-Apens, etc. J’en croyais pas mes oreilles, moi qui était venu le voir en fan. Ensuite il m’a carrément avoué qu’il m’avait piqué l’intro des «Lorgnons» pour la mettre dans Signify. Un grand honneur pour moi !
Et ça m’a fait le même coup avec Steve Hogarth. A Besançon, j’étais invité par Gérard Drouot à un concert de Marillion. Après le concert, j’allais repartir quand Gérard vient me chercher et me dit que Hogarth voulait me parler. Ce dernier m’a alors raconté que c’est en partie Ange qui lui a donné envie de chanter. Il nous avait vu jouer devant 30000 personnes au festival de Reading quand il avait 15 ans !
Qu’as tu appris en 35 ans de carrière ?
Qu’il y a encore autant à faire (rires). Tant que le physique tient le coup, pourquoi pas. Créer, composer dans l’intimité et transmettre sur scène cette création, c’est le véritable bonheur d’un créateur. Ce qu’il y a entre les deux n’est que du travail, et parfois astreignant. Mais quand dans l’intimité de ton ‘home sweet home’, tu te dis : ‘Ah, j’en connais qui vont aimer’, et que tu vois que, en effet, ton public aime ça sur scène, alors là, ça te donne le vrai frisson.
Des morceaux que tu regrettes d’avoir écrits ?
Non, pas vraiment. Il y a peut-être des chansons qui, vues avec le recul, mais sans non plus les juger, traitent de sujets qui ne sont pas forcément intéressants aujourd’hui. Mais c’est davantage une année de ma vie que j’aimerais rayer du calendrier : l’année 1986. Elle a vu partir Coluche, Balavoine... et mon père. Trois grands personnages que j’admirais. Et c’est l’année où on a fait C’est pour de Rire, album mineur, à l’intérêt réel limité à la reprise de «Tout Feu Tout Flamme».
Qui es-tu ? Un contestataire, un anti -social, -militariste, -clérical ?
Je ne pense pas être antimilitariste ni anticlérical. Ce sont des étiquettes qu’on m’a collées. Je pense simplement que les gens doivent faire le point avec eux-mêmes face à ce qu’on leur propose. C’est comme devant la télé, si ça ne te plaît pas, t’es pas obligé de regarder ! Tu peux l’éteindre. Je ne suis pas contestataire, je suis plutôt rebelle, marginal; je défends une forme de vie autre que celle que les gens produisent en ce moment et qui fait que l’on va droit dans le mur, moi avec car je suis obligé de suivre. C’est pourquoi j’ai fait un fan club qui s’appelle «Un Pied dans la Marge», car je ne peux mettre qu’un pied dans le marge et pas les deux, sinon on ne ferait pas ce concert ce soir. Si je voulais vraiment vivre comme j’ai envie de vivre, je vivrais sur une île des Cyclades, en cultivant mon jardin. Et le soir j’écrirais. Je dis ça aujourd’hui, mais je pense que le public me manquerait. La rencontre avec le public pour partager avec lui des émotions t’oblige à te déplacer, et pour se déplacer, on est obligé de rentrer dans le système.
Les projets qui te tiennent le plus à cœur ?
Finir mon livre, «Le Bois Travaille, Même le Dimanche», qui doit sortir en 2006, et qui est un livre sur la vie que l’homme aurait dû mener si on n’avait pas fait tout ça. C’est un roman de science-fiction. J’aime bien écrire, ça me procure autre chose, un plaisir solitaire, donc différent et complémentaire de la formule «groupe de rock» où on a besoin les uns des autres, besoin d’être soudés. Dans un livre tu es le patron, tu as le droit de vie ou de mort sur tes personnages. Tu peux être aussi déçu par ta façon d’écrire, mais tu as beaucoup plus de recul avec un roman qu’avec une chanson. Cela ne s’écrit bien sûr pas de la même façon. Une chanson, en 5 minutes, tu dois raconter les trois tomes du «Seigneur des Anneaux». «Le Cimetière des Arlequins» installe un climat en quelques minutes.
Entretien avec TRISTAN DÉCAMPS
Qu'est-ce
qui te
fait lever le
matin ?
Des loirs qui grattent derrière le mur de ma chambre (rires). Je suis désolé, ce n'est pas passionnant mais c'est vrai. Et sans eux, peut être que je dormirai encore. C'est pourquoi le loir m'est cher (tous pliés de rire). Mais aussi je me lève rien que pour le plaisir de me recoucher le soir.
Ta plus grande réussite ?
Celle que je ferai peut être un jour. Mais je crois que jamais je ne réussirai vraiment à faire ce que j'ai en tête. Il y a tellement de perte quand tu travailles sur quelque chose. Au départ, seul avec tes machines, il y a ton envie, ton imaginaire, ce que tu lâches à ce moment là est souvent assez fort. Puis tu travailles avec d'autres musiciens, puis tu retravailles pour le mixage sur l'album etc. A chaque fois, tu sens comme une perte. Tu as intérêt à avoir un énorme truc au départ qui te fasse vraiment frissonner si tu veux qu'il en reste à l'arrivée. Donc au niveau des réussites, la plus belle sera le jour ou j'arriverai à retranscrire la sensation que j'ai eu en composant le titre, pour la faire partager avec la même intensité au gens qui écoutent. Mais ça semble impossible. En concert j'approche un peu plus de cela car il n'y a pas toutes ces étapes. C'est plus physique et c'est du direct. Par exemple, je suis très content de la reprise que j'ai faite du «Bal des Lazes», un morceau que j'adore même si je ne suis pas un grand fan de Polnareff.
Tu veux dire que tu préfères la scène au studio ? Je pensais que c'était plutôt l'inverse !
L'un n'empêche pas l'autre. Je m'intéresse aussi beaucoup aux sons, aux différentes façons de le travailler. Je suis, de ce point de vue, très inspiré par les groupes anglais. La moindre petite sonorité doit être travaillée, la moindre image dans ta tête doit être exploitée; tout a un intérêt. Mais la base du travail, c'est se faire plaisir.
A propos de groupes anglais, quelles sont tes références ?
Je suis très Beatles en studio et Stones sur scène. J'ai eu la chance de rencontrer Bill Wyman et il était assez d'accord avec moi sur ce point. Parmi les groupes actuels, Porcupine Tree bien sûr. même si je suis un peu moins fan du dernier album. Mais plus je l'écoute plus je l'aime. De toute façon, j'ai horreur de ne pas aimer quelque chose. En cuisine c'est la même chose. J'adore la bouffe, j'ai fait un peu de cuisine avant de devenir musicien, et pour moi l'art culinaire est très similaire à la musique. Le goût, créer des plats, composer un menu pour quelqu'un, c'est comme composer un concert. Bref, il y a plein de produits alimentaires que je n'aimais pas étant gosse. Je me suis forcé à comprendre pourquoi je ne les aimais pas. En musique, c'est pareil, il faut essayer de comprendre.
Le cliché que tu détestes le plus ?
Certaines chaînes de télévision sont bourrées de clichés. Je préfère regarder Paris Première... Il y a de grands moments de télé, parfois très décalés, comme Dick Rivers qui présente «Paris Playmate» avec un film érotique après. Je n'en croyais pas mes yeux ! Mais je regarde surtout des films en DVD.
Un peintre, une peinture... ?
Dali : «Vestige Atavique Après la Pluie»
Un film culte ?
J'en ai beaucoup : «Phantom of the Paradise», «Vol Au-Dessus d'un Nid de Coucou», «Star Wars», «Orange Mécanique» et tous les autres films de Kubrick - je suis archi-fan de Kubrick. Et dans chacun de ses films, des B.O. magnifiques, souvent basées sur la musique classique. Pour ma part, et modestement, je vais m'attaquer à la réalisation d'un clip. Je pense que la musique et le cinéma peuvent s'envisager un peu de la même façon. Pour mes musiques, je m'inspire beaucoup du cinéma et de leur façon de procéder; travailler avec les images, faire des petites scènes, des séquences... Et puis un concert, c'est un peu un film qui se déroule devant le public.
Tes héros d'hier et d'aujourd'hui ?
Hier : maître Yoda; aujourd'hui : Fernando Alonso. Très opposé, non ? Pouvoir piloter une Formule 1, c'est un talent que j'aimerais avoir.
A quelle figure historique pourrais tu t'identifier le plus ?
Le Marquis de Sade (?!)
Ta plus grande peur ?
Voir partir (mourir) ma femme avant moi. En même temps, je m'aperçois que c'est très égoïste de penser ça; alors qu'en fait, ce qui me fait réellement peur, c'est le fait qu'on ne parte ensemble.
Comment aimerais-tu mourir ?
Après l'amour. «Crever d'Amour» est d'ailleurs une des chansons d'Ange que je préfère.
Si tu rencontrais Dieu, qu'aimerais-tu Lui dire et qu'aimerais-tu qu'Il te dise ?
J'aurais rien à Lui dire. Même pas une phrase de dérision du genre, «c'est pas trop tôt». Non. rien, car Il ne m'intéresse pas. Ou alors je Lui dirai peut être : «Prends soin de ma femme si je pars avant elle».
Le bonheur parfait selon toi ?
J'aimerais répondre faire l'amour avec ma femme et Monica Bellucci, mais vous allez finir par croire que je ne pense qu'au sexe (tu crois ? ndr)
Ton principal trait de caractère ?
Sensible.
Ta devise ?
Pour vivre heureux, vivons caché.
Que t'évoquent les disques suivants ?
- Juste Une Ligne Bleue (Décamps et fils)
Plein de souvenirs chouettes. Mes premiers débuts à brailler dans un micro. Avec Christian, on a enchaîné des tournées Fnac qui fonctionnaient plutôt bien. Cela me rappelle aussi l'armée car à cette époque, j'ai été appelé pour faire le pingouin dans une base aérienne (j'étais sergent opérateur tireur pointeur dans un escadron de défense sol-air).
- Le Jouet (Tristan Décamps)
Un accouchement, une très grosse souffrance, beaucoup de choses inconscientes qui sont sorties; mais un très gros bonheur après coup. Aujourd'hui, je suis ravi qu'il existe et que les gens qui l'écoutent l'apprécient tant. Donc une grande fierté. Et quand les gens n'aiment pas ça ne me dérange pas; à condition que cela soit fondé. D'ailleurs les critiques mauvaises me font avancer davantage car j'aime en parler avec les gens. Comprendre pourquoi ils ne sont pas sensibles à ceci ou à cela.
- Le Mal d'Adam (Christian Décamps)
Ah ! C'est plein de souvenirs de gamin qui reviennent. Claude Démet avec mon père; le salon où ils répétaient tous les deux; notre voisin qui avait cet espèce d'avion en bois à coté duquel Christian a été pris en photo pour la couv' de l'album. Je me souviens peu de la musique. J'étais pas très fan à l'époque. J'avais 7 ans. Mais je l'ai réécouté depuis et je le trouve très en avance sur son temps, presque visionnaire. Comme souvent avec ce que fait Christian.
Compose le groupe idéal...
(Sans hésiter) Freddie Mercury et la Callas au chant, Simon Phillips à la batterie, Jaco Pastorius à la basse, Jeff Buckley aux voix et à la guitare, Vangelis aux claviers; Jeff Beck aux solos de guitares, le tout produit par Roger Waters. Pour une reprise d'une symphonie de Wagner ou de L'Oiseau de Feu de Stravinsky.
Ange pourrait il reprendre un jour ce genre de morceaux classiques ?
Ce n'est en tout cas pas à l'ordre du jour. On a tellement de morceaux de Ange à reprendre en live. Ange est un vrai coffre de grenier. Il y a des choses merveilleuses à découvrir, à dépoussiérer. Il y a tellement de morceaux que si on devait tout rejouer à la suite, on serait mort de fatigue. Et le public aussi (rires). Un concert de 3 mois ! Tu as pensé au public ? Tout sec au bout des 3 mois ? On rigole mais Christian avait pensé à une sorte de concert marathon concert de 12 heures à Bercy. C'était en 90 avec l'ancien Ange. Cela ne s'est pas fait, mais c'était bien parti.
Qu'écoutes tu en ce moment ?
Seal, produit par Trevor Horn. Enorme album. Grand producteur, ce Trevor. Je suis très fan. La réverb sur la voix, comme dans les album de FGTH. tu n'en retrouves plus des comme ça. J'aime aussi les productions d'Hugh Padgam : le meilleur de Police. d'XTC, le 1er Phil Collins, Abacab ou Mama de Genesis.
Auteurs / livres de chevets ?
Bernard Werber, Alexandre Jardin, Beaudelaire...
A ce propos, tu visites encore ce genre de paradis ?
Disons que je suis croyant mais je ne suis plus pratiquant. Quand je pense aux vrais junkies qui se foutent en l'air... c'est triste. Il y a bien sûr des raisons. C'est toujours compliqué. Mais côté «créatif», ça ne sert pas à grand chose. Je sais simplement que ça te tue, ça te pète le cerveau, ça le mets en 3 parties. Tu ne te reconnais plus toi même. Bon, si tu as déjà fait le tour de toi même, je peux comprendre que tu ais envie d'utiliser ce genre de procédé. Mais faut d'abord essayer de se surprendre naturellement.
As-tu une question à me poser ?
Es-tu heureux dans la vie ?
Quelle question aurais tu aimé que je te pose ?
La même...
Entretiens réalisés par Alain SUCCA
(avec la participation de J.M. SABY)
(dossier publié dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)

