ANGE -
"70's / 80's"
(DVD - 2003 - 120mn)
"Anthologie - Sève
Qui Peut"
(DVD - 2003 - 120mn)
Enfin ! Enfin, le plus prestigieux des groupes de prog français (si l'on excepte Magma) bénéficie de sorties DVD ! En réalité, à défaut de véritables nouveautés, il s'agit simplement de la transposition d'enregistrements live qui étaient précédemment sortis en quatre cassettes vidéo, mais se trouvaient depuis épuisés. Le seul ajout pour cette resortie, en plus d'un travail de dépoussiérage, consiste en un montage de plusieurs photographies issues de l'ensemble de la carrière du Ange «classique» commentées par Christian Décamps qui, avec son ton inimitable, nous révèle quelques anecdotes et justifie une fois de plus la renaissance du groupe dans la seconde moitié des années 90 sous sa direction. On regrettera simplement qu'il n'y ait pas davantage de clichés, et que ce bonus soit le même sur les deux DVD.
70's / 80's
rassemble donc trois prestations bien distinctes, couvrant les vingt
premières années du groupe (mais sous une
pochette illustrée d'une photographie des années
90 !). La première,
précédée d'une brève
interview de Christian Décamps, fut filmée sans
public pour la télévision suisse, à
l'occasion de la sortie de l'album Par
les Fils de Mandrin, joué ici en
quasi-intégralité, mais sans
enchaînement entre les morceaux; manque seulement
à l'appel «Des Yeux Couleur d'Enfant»,
pourtant un des meilleurs titres du disque. Les conditions
s'apparentent à celles d'un local de
répétitions, ce qui n'empêche cependant
pas le rendu d'être plutôt bon, en dépit
de quelques pains. La mise en scène est relativement
limitée (Christian affublé d'un loup de brigand
de grand chemin sur «Par Les Fils de Mandrin»,
grimé en clown pour «Ainsi s'en ira la
Pluie», ou s'escrimant avec des mannequins sur «Au
Café Du Colibri»), exception faite du planant et
mystique «Atlantis», sur lequel les membres du
groupe se font acteurs, non sans une certaine
naïveté. De cet enregistrement qui respire
l'authenticité, on signalera en particulier le post
apocalyptique «Ainsi s'en ira la Pluie», le festif
«Autour du Feu» et l'intense «Hymne
à la Vie».
Le second concert date de 1977, à Lunéville. Il présente une courte sélection de morceaux issus des albums Caricatures, Au-Delà du Délire et Emile Jacotey. Le mixage sonore n'est malheureusement pas de très bonne qualité, mais une certaine magie est cependant bien présente. L'émotion est palpable sur «Le Soir du Diable» et «Sur la Trace des Fées», tandis que le groupe se lâche un peu plus sur l'épique «Le Nain de Stanislas», le classique «Fils de Lumière», «Au-Delà du Délire», malheureusement amputé de sa mémorable séquence instrumentale, mais pour lequel chaque musicien a droit à sa partie chantée (avec un Brézovar arborant une magnifique tête d'écureuil !), sans oublier «Les Noces», plus rarement joué en live. Un témoignage intéressant, dont on se contentera en attendant peut-être les images de Tome VI ou d'un concert de la tournée du fameux Guet-Apens...
Quant au dernier enregistrement de ce premier DVD, il s'agit du spectacle mythique de 1985, au Zénith de Paris, dans le cadre de la tournée qui suivit la parution de Fou ! Le montage et la qualité sonore sont ici bien meilleurs, avec une mise en scène centrée sur un Christian Décamps en forme, entouré de musiciens costumés. La track-listing est relativement variée, du hard et rageur «Les Temps Modernes» à l'indémodable «Ces Gens-Là», en passant par l'entrainant «Les Yeux d'un Fou». Ce dernier album est bien sûr largement privilégié, la totalité de la face B conceptuelle étant interprétée. Pourtant, on ne peut s'empêcher de trouver ce concert un tantinet vieilli, les sonorités très typées années 80 accentuant la faiblesse de la densité musicale comparativement aux albums des années 70... D'ailleurs, bon nombre de titres interprétés ce soir-là, tels «Personne Au Bout Du Fil», «Sur La Trace Des Fées», «Hymne à la Vie» ou «Shéhérazade» ne sont malheureusement présents que par le biais de courts extraits. Quant à la déclaration de Christian Décamps, évoquant, au sortir de scène, la possibilité dans un très proche avenir de retrouver Ange accompagné d'un orchestre symphonique, elle laisse songeur, voire rêveur, devant ce rendez-vous manqué.
Anthologie
est pour sa part composé d'un seul concert, celui d'avril
1990 à Mulhouse, tiré du Sève qui Peut Tour.
La formation réunie pour l'occasion est celle de
l'âge d'or du groupe (Brézovar-Haas-Guichard),
enrichie de Robert Defer. En plus de
l'intégralité de Sève qui Peut,
narration comprise, une sélection de neuf morceaux est
proposée, faisant la part belle aux albums de 1971
à 1976. Seuls «Vu d'un Chien» et
«Le Bal des Laze» représentent la
période plus récente. C'est l'occasion de
souligner la qualité de cet album studio de la
réunification, plus réussi qu'on ne veut souvent
bien l'admettre, avec son lot de moments forts
(«Aimer/Haïr», «L'Or, L'Argent
et la Lumière», «Sève Qui
Peut»...). Il y a en outre un grand plaisir à
retrouver la formation légendaire du groupe
réunie sur scène, d'autant qu'en dépit
d'une réalisation qui ne fait guère preuve
d'audace, l'interprétation est remarquable; seule la basse
de Daniel Haas est trop peu audible. La présence de deux
guitares donne d'ailleurs une dimension encore plus rock à
la musique, comme sur «Vu D'un Chien» (qui comprend
même des clins d'œil à
Charlélie Couture et Johnny Halliday !) «Le Soir
du Diable» et «Le Bal des Laze»,
proposé ici dans des versions dynamisées, avec
soli de guitare électrique en prime. Et les inusables
«Les Longues Nuits d'Isaac», «Fils de
Lumière», «Sur La Trace Des
Fées», «Ode à
Emile», «Hymne à la Vie»
(rallongé d'un long solo de clavier du père
Francis) ou «Ces Gens-Là» en ultime
rappel sont toujours aussi envoûtants. Un bien beau concert,
qu'il serait intéressant de compléter avec des
témoignages de la tournée des Larmes du Dalaï Lama
et de celle d'adieu de 1995...
Jean-Guillaume LANUQUE
(chronique publiée dans Big Bang n°49 - Mai 2003)

