“1980-1984 : L'Âge d'Argent"
L'histoire est un éternel recommencement. Bornemann subit en effet le départ de ses acolytes, seul Matziol lui demeurant fidèle. Rosenthal et Schmidtchen quittent donc Eloy, tant pour des raisons personnelles (l'entente n'est plus parfaite entre les musiciens) que musicales. A l'orée des années 80, les deux rescapés doivent donc former un autre groupe, et l'on se demande réellement si le glas n'est pas en train de sonner pour Eloy...
Pas du tout. Tel un inattendu phénix, le groupe allemand renaît une nouvelle fois de ses cendres, et enrôle trois nouveaux membres : Hannes Arkona (guitares), Hannes Folberth (claviers) et Jim McGillivray (batterie).
Et
les affaires ne
tardent pas
à reprendre. Aussi incroyable que cela puisse
paraître, un nouvel album sort en 1980, soit un an
à peine après Silent Cries
And Mighty Echoes...
Changement de décennie signifie changement de
sensibilité musicale pour Eloy. Oh,
rassurez-vous, point de
révolution à craindre, simplement faut-il
constater que les musiciens orientent à présent
la musique vers un style plus musclé, plus marqué
en fait par l'urgence que les années 80 vont symboliser par
la suite. Le premier signe de cette évolution concerne la
durée des 8 morceaux : aucun d'entre eux ne
dépasse en effet les sept minutes... Allons-nous
désormais devoir nous passer de ces joutes instrumentales
qui s'étalaient encore sur de longues minutes quelques mois
auparavant ?... Pas vraiment en fait, car ce nouvel album, bien que
plus ramassé, possède des parties d'une rare
intensité, qui éclairent une nouvelle
façon de jouer du rock progressif. Au point que Colours
s'avère rapidement (et le demeure encore aujourd'hui) l'un
des meilleurs albums du groupe allemand... Au moment où le
mouvement progressif tombe en désuétude, Eloy
réinvente son style, et nous offre une version
modernisée de son 'space-rock' légendaire. Les
claviers de Folberth (certainement le meilleur instrumentiste
à ce poste que le groupe ait connu...) occupent donc bien
toujours le devant de la scène, mais s'inscrivent dans des
séquences moins symphoniques que par le proche
passé. Le moog, roi parmi les rois, se fait
désormais plus volubile, pour nous convier à
découvrir des paysages moins
dépouillés. L'action thématique
devient plus vive, et laisse moins le temps a l'auditeur de s'habituer
aux thèmes développés.
Eloy a donc adapté son propos à l'air du temps, et cela lui réussit particulièrement bien. Le dernier titre de l'album, l'instrumental et bien nommé "Sunset", est à citer car sa pureté mélodique, nourrie de guitare 12 cordes et d'un duvet de claviers soyeux au possible, en fait une réussite majeure pour une probante conclusion... Bornemann s'est donc entouré des musiciens qu'il fallait pour éviter toute redite, et continuer de faire parler de lui en bien... Les liens avec Pink Floyd sont ainsi totalement dénoués, et Eloy entame sa période la plus personnelle, à défaut d'être la plus remarquable...
Toutes les
promesses de Colours
sont
confirmées avec la parution de son successeur,
l'année suivante comme il se doit d'après la
régularité métronomique du groupe
allemand. La même équipe est aux commandes, et
l'osmose entre les musiciens semble prendre des formes encore plus
affirmées. Par contre, la prise de risque apparaît
rapidement quasi-inexistante, le groupe semblant avide
d'édifier posément sa musique sur les bases
certifiées de Colours.
Néanmoins, Planets
marque
immédiatement les esprits par la
régularité de son inspiration, ce qui en fait
tout bonnement l'apogée de cette période. Les 8
morceaux, enchaînés la plupart du temps,
illustrent en effet la forme ultime que pouvait prendre le space-prog
d'Eloy
paré de son habillage moderne. Claviers en couches
superposées, magnifiques orchestrations sur "At The Gates Of
Dawn" et "Carried By Cosmic Winds", riffs de guitare et section
rythmique en fusion pour structurer le tout, voilà les
ingrédients unis entre eux sous le regard bienveillant du
grand chef Bornemann, trois étoiles au Michelin du prog...
Certains pourront voir dans le despotisme des claviers une limite du
propos de Planets,
mais il y a fort à parier que la
majorité des fans de prog y trouveront au contraire une
bonne raison de se tourner vers cet album, premier volet d'un concept
que Time
To Turn viendra clore, "un an plus tard, comme de bien
entendu" dirait la chanson...
Time To Turn
voit le retour du batteur
Fritz Randow, en lieu et place de Jim McGillivray. Musicalement, le
groupe poursuit sa démarche synthétique, tout en
la privant quelque peu de sa force évocatrice. Doit-on cette
évolution à une relative baisse d'inspiration ou
à une volonté de doper quelque peu le propos du
groupe ? Toujours est-il que ce dixième album traduit un
léger affaissement de l'ambition progressive de ses auteurs.
La musique, plus carrée et rigide dans ses
développements, échappe alors parfois aux
récentes splendeurs. Heureusement, le grandiose "End Of An
Odyssey", longue pièce de plus de 9 minutes, tombe
à point pour augmenter la valeur moyenne des 7 compositions.
Son crescendo entêtant, à la manière du
"Openings" de Sébastian Hardie mais ici à base de
claviers, parvient bel et bien à propulser Time To Turn
parmi les réussites d'Eloy.
Ce morceau justifie en effet
à lui seul l'acquisition de cet album, dernier à
légitimer le titre ("Âge d'Argent") de la
présente période...
Son
successeur marque
en effet un coup
d'arrêt dans la carrière d'Eloy, et porte en
lui
les germes de la séparation du groupe deux ans plus tard...
Performance,
bien qu'encore sous le joug des claviers, devient beaucoup
plus conventionnel, et offre pour le coup quelques bien pâles
compositions. Eloy
exécute à présent
une certaine forme de rock synthétique vitaminé,
aux traits parfois un peu grossiers... Ce "space-metal"
échappe visiblement au contrôle de Bornemann qui
en fera d'ailleurs quelques années plus tard "le pire album
qu'Eloy ait
jamais enregistré"... Le groupe souffre donc
d'une crise d'identité, et semble subir en son sein des
forces divergentes le conduisant à se dérober
plutôt qu'à assumer cette nouvelle contrainte.
Cette fois, pas de morceau à mettre en exergue, ou en tout
cas à présenter comme le sauveur de l'album.
Néanmoins, il serait malhonnête de ne pas extraire
"Pools" et "Shadow Of Light" de ce gâchis, car ils
évoquent encore les fastes de Colours
et Planets.
Quant aux
autres compositions, leur structure s'avère bien trop
commune, et leur inspiration bien trop insuffisante, pour
empêcher leur auteur de rentrer dans le rang. Eloy devenu une
formation comme les autres, on croyait la chose impossible depuis
l'arrivée à maturité du milieu des
années 70... Et pourtant, le constat est là, cru
et presque sordide : Eloy
n'est plus que l'ombre de lui
même...
Metromania
sera donc le dernier essai
de Bornemann pour tenter de préserver l'âme
originelle d'Eloy.
Un compromis semble avoir été
trouvé entre les musiciens, et le contenu de ce nouvel album
se découvre bel et bien avec un sentiment positif. La
sérénité retrouvée, en
quelque sorte... Nous sommes néanmoins très loin
du Eloy de
la grande époque, et c'est plutôt le
plaisir de redécouvrir Eloy
en vie qui va dominer dans notre
appréciation positive de Metromania.
Car son contenu
s'apparente globalement à celui de son
prédécesseur, et finit même par
ressembler à une version allemande du
néo-progressif qui apparaît
simultanément en Grande-Bretagne. Voilà
peut-être l'Histoire progressive revisitée, pour
faire d'Eloy
le chantre d'un courant dont la paternité est
généralement attribuée à
Marillion... Boutade que ceci, car le succès du groupe
allemand va décroissant tandis que celui de Fish et ses amis
ne cesse de s'intensifier... Comme toujours, Metromania
recense des
morceaux qui sortent du lot, et empêchent l'écoute
de devenir ennuyeuse. Ici, ils ont pour titre "Follow The Light"
(9:37), la plus longue pièce depuis cinq ans, et
"Metromania" (6:10), et confirment que le talent n'a jamais vraiment
abandonné Bornemann et les siens... L'enseignement
à tirer des deux derniers albums de cette période
est donc le suivant : la mise en forme des idées est aussi
(voire plus...) importante que les idées
elles-mêmes... Mais le calme n'est qu'apparent et augure en
fait d'une tempête dont le groupe ne sortira pas indemne.
Pour la troisième fois depuis le début de son
existence, Eloy
est dissous, sans que l'on pense cette fois qu'il
puisse renaître un jour de ses cendres... C'est une nouvelle
fois la fin d'une époque, et l'on se surprend à
s'en féliciter tant le groupe a perdu de sa superbe. Il nous
faudra donc conserver l'image du Eloy
flamboyant de Colours
et Planets,
sous peine de franchement déprimer...
“1988-1994 : Le retour (laborieux, puis gagnant...)"
Quatre
ans se sont écoulés. Eloy
réapparaît, à la surprise
générale, sous la forme d'un duo
constitué de l'inamovible Bornemann et d'un nouveau venu, le
claviériste Michael Gerlach. Les deux hommes se sont
rencontrés en 1986 à Berlin, et nourrissaient
l'idée de recréer Eloy depuis de longs
mois. La
concrétisation de ce projet prend donc la forme de Ra
au
printemps 1988.
Bien que de nombreux musiciens soient venus prêter main forte au duo lors de l'enregistrement, il apparaît immédiatement que ce nouvel album souffre d'un manque de cohésion. Les 6 compositions (de 4:46 à 8:51) pâtissent en effet de l'absence de ce souffle créateur que génère immanquablement un groupe en adéquation (ou mieux, en osmose)... On y retrouve globalement le Eloy que l'on avait quitté avec Metromania, au détail près que les claviers ont cessé d'être les initiateurs mélodiques et que la structure des morceaux est dorénavant moins prévisible... La musique, plus climatique que franchement dynamique, n'en conserve pas moins une sorte d'habillage 'space-metal', qui sied parfaitement à l'époque qui la voit naître. Le point noir concerne la section rythmique, et notamment la batterie. Celle-ci, programmée par Gerlach, confère un léger côté artificiel à Ra, mais surtout brise nettement l'élan ascensionnel des claviers. L'album, bien que symbolisant une renaissance respectable, souffre donc de ce décalage entre une rythmique 'terrienne' au possible et des envolées spatiales comme Eloy les aime... On notera d'ailleurs le soin apporté à la plupart des introductions, qui peuvent pour leur part évoquer en filigrane certains des meilleurs moments de l'Âge d'Or... Mais, vous l'avez compris, il demeure bien difficile de s'enthousiasmer pour cette œuvre un peu poussive qui recrée, plus qu'elle ne le concrétise, l'espoir de voir un jour Eloy retrouver son réel niveau d'inspiration, donc la verve de ses vertes années...
Bornemann
et Gerlach
auront mis bien du
temps à donner une suite à Ra,
nous faisant subir
à nouveau quatre longues années de silence... La
découverte de Destination
est heureusement des plus
engageantes : quelle pochette !!! Si le ramage ressemble au plumage,
nul doute que nous découvrions le digne héritier
des plus belles heures d'Eloy...
Tout faux ! Ce quatorzième
album studio est au contraire une cruelle déception. Les
soldats du manque d'inspiration ont fait d'incroyables ravages, et l'on
ne peut que constater la destruction d'une bonne partie du 'space-prog'
légendaire... Que dire sans être trop cruel ?...
Une nouvelle fois, la batterie est au cœur de cet
échec... Jouée cette fois par un batteur de chair
et de sang, le pesant Nico Barretta, elle invite, un peu
malgré elle, la musique de Destination
à
s'envelopper d'un manteau de plomb... Inutile de vous dire alors que
les 8 compositions (de 4:26 à 7:55) restent
désespérément clouées au
sol. Sans compter qu'elles doivent se coltiner des mélodies
insipides, que Bornemann véhicule de plus par l'entremise
d'un chant doucereux dont ses compétences vocales ne
s'accommodent guère... On est franchement proche du fiasco,
et ce n'est pas le retour ponctuel de Klaus-Peter Matziol sur deux
titres qui peut sauver quoi que ce soit... A la lumière de
Destination,
nul doute que l'on soit amené à
regretter les critiques adressées
précédemment à Performance
et
Metromania...
Eloy est au fond du gouffre, et l'on peut au moins se réjouir d'une chose : il n'ira pas plus bas... La fin d'un mythe, tout simplement...
Tiens, Eloy est de
retour... C'est avec
un léger détachement que nous apprenons deux ans
plus tard la sortie de The Tides
Return Forever... Que voulez-vous,
"chat échaudé craint l'eau froide"... Et
pourtant, le choc ! Ce nouvel album est aux antipodes de son
prédécesseur. Sans retrouver le Eloy de la fin
des années 70 ou celui du début de la
décennie suivante, il est assez incroyable de le
découvrir dans une forme de jeune premier. L'ardeur et
l'impétuosité d'une jeunesse retrouvée
habitent effectivement les sept (de 3:59 à 9:44)
présentes compositions... Et il y a des signes qui ne
trompent pas sur le désir de Bornemann de renouer avec la
verve plus spontanée de ses vertes années : la
reprise du logo des meilleurs albums (abandonné
après Performance)
et le retour de Matziol en tant que
membre officiel... Certes, tout est loin d'être parfait,
convenons-en, à commencer par la présence de Nico
Barretta dont le jeu s'avère malgré tout un peu
moins plombé que sur Destination.
En attendant, le batteur
italien n'est visiblement pas friand de finesse, et cela se ressent
encore quelquefois lors de certaines envolées qui auraient
mérité un traitement rythmique plus subtil... De
plus, le chant de Bornemann est constamment construit sur le mode du
'couplet-refrain', ce qui freine bien sûr le
développement des nombreuses séquences
instrumentales... Mais, la réussite est malgré
tout au bout du chemin. Nous devons d'abord celle-ci au grand soin
apporté aux thèmes mélodiques;
ensuite, il convient de se réjouir du retour à un
space-rock digne de ce nom, c'est à dire dont les claviers
sont les premiers artisans. Gerlach a ainsi quitté son habit
de faire-valoir, et semble enclin à prendre ses
responsabilités dans la nouvelle incarnation d'Eloy... Car,
il est devenu notoire que Bornemann, s'il est bel et bien
incontournable, a besoin d'acolytes talentueux et concernés
pour créer un art réellement abouti...
Le dessein d'Eloy semble donc clair : renouer avec la musique symphonique qui a fait son succès par le passé, et s'engager sur la voie d'une intégrité artistique retrouvée. Car le meilleur est effectivement encore à venir avec Ocean 2. Mais nous ne le savons pas encore... Les quatre années qui séparent 1994 de 1998 vont alors s'avérer longues, très longues, et nourries d'un sentiment mêlant de façon contradictoire plaisir et crainte... Eh, oui. Eloy n'a plus enfanté d'album vraiment excellent depuis 1981 (une éternité, à l'échelle du prog !) : en est-il tout simplement encore capable ?...
Bien qu'Eloy soit une formation incontournable, dont nous arrivons à présent au terme de la présentation, le présent article s'avère d'autant plus légitime que le nouvel album du groupe allemand est une brûlante réussite. Nul besoin de tergiverser, la chronique qui suit (fruit d'une large concertation et réflexion, et non d'une passion aveuglante) est formelle quant au caractère lumineux de l'œuvre qui en est l'objet... Ocean 2 ne va peut-être pas vous faire voir Eloy sous un jour totalement nouveau, mais a toutes les chances néanmoins de vous faire relativiser les critiques que vous aviez pu lui adresser (ou lire sur lui) jusqu'à aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, c'est le moment ou jamais de faire vraiment connaissance avec lui... C'est parti !
Le plaisir
éprouvé dès la première
écoute de cet album n'est donc assurément pas
nostalgique même s'il est déjà
très enthousiasmant de retrouver la qualité des
meilleurs albums passés. En fait, Ocean 2
transcende les
espoirs que le projet avait fait naître. Ainsi, et
peut-être pour la première fois de sa
carrière, Eloy
est en mesure de faire l'unanimité
et de ce point de vue, le nouvel opus apparaît autant comme
un sommet qu'un nouveau départ.
S'il est plus consensuel, si certains excès (dont certains se délectent il ne faut pas l'oublier) ont été estompés, les options retenues ne contredisent en rien celles qui firent la réputation du groupe : croyez-le ou non, aucune des qualités passées ne fait réellement défaut !!! On assiste ainsi à un défilé des caractéristiques les plus marquantes de l'art des Allemands. Ocean 2 est bel et bien un véritable catalogue des meilleures idées qu'Eloy a eues tout au long de sa carrière : claviers majestueux et initiateurs de la plupart des thèmes rencontrés, guitare spatiale et voluptueuse (mais quelque peu trop rare dans ses interventions solistes...), choeurs grandiloquents, entrefilet de flûte, le tout au service d'un space-prog flamboyant... Inespéré, ce constat ? C'est effectivement en cela que l'on est tenté de faire de Ocean 2 le meilleur album de la discographie d'Eloy. "Et le chant ?", vont nous faire remarquer les plus sceptiques... Celui-ci, sans être devenu génial, ne prête plus vraiment à contestation. Bomemann semble avoir voulu la jouer profil bas, afin de laisser la musique s'envoler au gré des motifs mélodiques mis en place...
On est aussi saisi d'emblée par la qualité de la production, fruit des progrès technologiques, mais aussi par la richesse instrumentale, conséquence d'un souci artistique plus pointu. Même les effets les plus risqués (comme l'utilisation de chœurs féminins ou masculins) conserve son équilibre à un ensemble qu'on peut certes qualifier de grandiloquent mais non plus d'excessivement pompeux. Pour de nombreuses plages, il convient même de parler de finesse et de grand raffinement !
Quant aux détracteurs viscéraux d'Eloy, ceux qu'aucun argument musical ne saurait plus convaincre, ils trouveront comme au bon vieux temps de quoi assimiler le groupe à un sous-Pink Floyd. Un peu comme si les musiciens avaient souhaité entretenir ou ranimer leur ardeur, ils reprennent en effet dans le titre-introduction "Between Future And Past" (2:43) quelques traits caractéristiques (horloge, mélodie évocatrice et surtout réplique à l'identique du son d'ouverture de Wish You Were Here) du célèbre groupe anglais. Toutefois restons sérieux, hormis ce clin d'oeil évident et peut-être "Waves Of Intuition" (4:56) qui n'aurait pas déparé The Division Bell, la musique d'Eloy possède indéniablement des caractéristiques qui lui sont propres. Maintenant pour en revenir à l'emprunt sonore, s'il est aussi identifiable c'est qu'il y a là un domaine réservé, voire un abandon. Des sons comme celui du violon et du piano ont été utilisés pendant plusieurs siècles par une multitude de musiciens sans que personne n'y trouve rien à redire. Il est tout à fait injustifiable que certains sons (et à plus forte raison s'ils sont bons) restent réservés à un seul groupe ou musicien, voire à un seul album ! Bref s'il y a des reproches à faire à Eloy, ils ne peuvent plus guère être d'ordre formel.
La réussite est donc aussi constante que l'œuvre s'avère cohérente. Chaque morceau est construit comme s'il était censé honorer un pan de la carrière d'Eloy. Les vocalises féminines, lancinantes et suaves du magnifique "Ro Setau" (7:09), conclues d'ailleurs par un superbe solo de Hannes Folberth (invité pour l'occasion à nous remémorer son talent), le long solo poignant de Bornemann sur "Paralysed Civilization" (9:28), ou bien encore les interventions grandioses du Chœur Philharmonique de Prague sur "The Answer" (11:19) sont quelques uns des moments de bravoure de ce nouvel album exempt de quelque faiblesse que ce soit... A ce propos, la très grande cohésion existant entre les musiciens est immédiatement frappante. Un peu comme si Bornemann avait réuni les musiciens idéaux pour créer le space-rock dont Eloy est aujourd'hui emblématique. Ainsi, le remplacement de Nico Baretta par Bodo Schopf est un élément de poids dans cette osmose car son jeu est bien plus léger, donc plus à même de permettre à la musique de vraiment décoller... Bodo le clown forme donc avec l'auguste 'Matze' un duo en totale adéquation qui crée des motifs rythmiques élégants et parfaits pour accueillir les envolées aériennes de Bornemann et Gerlach (très présent et impeccable de bout en bout !)...
Reste à Eloy à garder ce cap ambitieux dans le futur, et continuer donc de rappeler à la jeune et talentueuse génération la richesse de l'héritage dont elle jouit aujourd'hui...
Passé et présent ont ainsi été réunis au cœur de Ocean 2 pour permettre à Eloy d'envisager l'avenir avec sérénité, et d'en faire peut-être le lieu de ses plus grandes réussites...
P.S.: Vingt et un ans après le premier volet, il convenait de confirmer la continuité également sur le plan iconographique. Ainsi l'excellent Wojtek Siudmak a t-il été remis à contribution. La superbe pochette (supérieure a notre avis à la première), complète idéalement un luxueux livret où le peintre intervient également à deux reprises. Le talent de cet artiste et sa parfaite adéquation avec le genre musical devrait inciter à la prolongation de cette collaboration...

