BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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ELOY (3/6) - Suite >

“1980-1984 : L'Âge d'Argent"

L'histoire est un éternel recommencement. Bornemann subit en effet le départ de ses acolytes, seul Matziol lui demeurant fidèle. Rosenthal et Schmidtchen quittent donc Eloy, tant pour des raisons personnelles (l'entente n'est plus parfaite entre les musiciens) que musicales. A l'orée des années 80, les deux rescapés doivent donc former un autre groupe, et l'on se demande réellement si le glas n'est pas en train de sonner pour Eloy...

Pas du tout. Tel un inattendu phénix, le groupe allemand renaît une nouvelle fois de ses cendres, et enrôle trois nouveaux membres : Hannes Arkona (guitares), Hannes Folberth (claviers) et Jim McGillivray (batterie).

Et les affaires ne tardent pas à reprendre. Aussi incroyable que cela puisse paraître, un nouvel album sort en 1980, soit un an à peine après Silent Cries And Mighty Echoes... Changement de décennie signifie changement de sensibilité musicale pour Eloy. Oh, rassurez-vous, point de révolution à craindre, simplement faut-il constater que les musiciens orientent à présent la musique vers un style plus musclé, plus marqué en fait par l'urgence que les années 80 vont symboliser par la suite. Le premier signe de cette évolution concerne la durée des 8 morceaux : aucun d'entre eux ne dépasse en effet les sept minutes... Allons-nous désormais devoir nous passer de ces joutes instrumentales qui s'étalaient encore sur de longues minutes quelques mois auparavant ?... Pas vraiment en fait, car ce nouvel album, bien que plus ramassé, possède des parties d'une rare intensité, qui éclairent une nouvelle façon de jouer du rock progressif. Au point que Colours s'avère rapidement (et le demeure encore aujourd'hui) l'un des meilleurs albums du groupe allemand... Au moment où le mouvement progressif tombe en désuétude, Eloy réinvente son style, et nous offre une version modernisée de son 'space-rock' légendaire. Les claviers de Folberth (certainement le meilleur instrumentiste à ce poste que le groupe ait connu...) occupent donc bien toujours le devant de la scène, mais s'inscrivent dans des séquences moins symphoniques que par le proche passé. Le moog, roi parmi les rois, se fait désormais plus volubile, pour nous convier à découvrir des paysages moins dépouillés. L'action thématique devient plus vive, et laisse moins le temps a l'auditeur de s'habituer aux thèmes développés.

Eloy a donc adapté son propos à l'air du temps, et cela lui réussit particulièrement bien. Le dernier titre de l'album, l'instrumental et bien nommé "Sunset", est à citer car sa pureté mélodique, nourrie de guitare 12 cordes et d'un duvet de claviers soyeux au possible, en fait une réussite majeure pour une probante conclusion... Bornemann s'est donc entouré des musiciens qu'il fallait pour éviter toute redite, et continuer de faire parler de lui en bien... Les liens avec Pink Floyd sont ainsi totalement dénoués, et Eloy entame sa période la plus personnelle, à défaut d'être la plus remarquable...

Toutes les promesses de Colours sont confirmées avec la parution de son successeur, l'année suivante comme il se doit d'après la régularité métronomique du groupe allemand. La même équipe est aux commandes, et l'osmose entre les musiciens semble prendre des formes encore plus affirmées. Par contre, la prise de risque apparaît rapidement quasi-inexistante, le groupe semblant avide d'édifier posément sa musique sur les bases certifiées de Colours. Néanmoins, Planets marque immédiatement les esprits par la régularité de son inspiration, ce qui en fait tout bonnement l'apogée de cette période. Les 8 morceaux, enchaînés la plupart du temps, illustrent en effet la forme ultime que pouvait prendre le space-prog d'Eloy paré de son habillage moderne. Claviers en couches superposées, magnifiques orchestrations sur "At The Gates Of Dawn" et "Carried By Cosmic Winds", riffs de guitare et section rythmique en fusion pour structurer le tout, voilà les ingrédients unis entre eux sous le regard bienveillant du grand chef Bornemann, trois étoiles au Michelin du prog... Certains pourront voir dans le despotisme des claviers une limite du propos de Planets, mais il y a fort à parier que la majorité des fans de prog y trouveront au contraire une bonne raison de se tourner vers cet album, premier volet d'un concept que Time To Turn viendra clore, "un an plus tard, comme de bien entendu" dirait la chanson...

Time To Turn voit le retour du batteur Fritz Randow, en lieu et place de Jim McGillivray. Musicalement, le groupe poursuit sa démarche synthétique, tout en la privant quelque peu de sa force évocatrice. Doit-on cette évolution à une relative baisse d'inspiration ou à une volonté de doper quelque peu le propos du groupe ? Toujours est-il que ce dixième album traduit un léger affaissement de l'ambition progressive de ses auteurs. La musique, plus carrée et rigide dans ses développements, échappe alors parfois aux récentes splendeurs. Heureusement, le grandiose "End Of An Odyssey", longue pièce de plus de 9 minutes, tombe à point pour augmenter la valeur moyenne des 7 compositions. Son crescendo entêtant, à la manière du "Openings" de Sébastian Hardie mais ici à base de claviers, parvient bel et bien à propulser Time To Turn parmi les réussites d'Eloy. Ce morceau justifie en effet à lui seul l'acquisition de cet album, dernier à légitimer le titre ("Âge d'Argent") de la présente période...

Son successeur marque en effet un coup d'arrêt dans la carrière d'Eloy, et porte en lui les germes de la séparation du groupe deux ans plus tard... Performance, bien qu'encore sous le joug des claviers, devient beaucoup plus conventionnel, et offre pour le coup quelques bien pâles compositions. Eloy exécute à présent une certaine forme de rock synthétique vitaminé, aux traits parfois un peu grossiers... Ce "space-metal" échappe visiblement au contrôle de Bornemann qui en fera d'ailleurs quelques années plus tard "le pire album qu'Eloy ait jamais enregistré"... Le groupe souffre donc d'une crise d'identité, et semble subir en son sein des forces divergentes le conduisant à se dérober plutôt qu'à assumer cette nouvelle contrainte. Cette fois, pas de morceau à mettre en exergue, ou en tout cas à présenter comme le sauveur de l'album. Néanmoins, il serait malhonnête de ne pas extraire "Pools" et "Shadow Of Light" de ce gâchis, car ils évoquent encore les fastes de Colours et Planets. Quant aux autres compositions, leur structure s'avère bien trop commune, et leur inspiration bien trop insuffisante, pour empêcher leur auteur de rentrer dans le rang. Eloy devenu une formation comme les autres, on croyait la chose impossible depuis l'arrivée à maturité du milieu des années 70... Et pourtant, le constat est là, cru et presque sordide : Eloy n'est plus que l'ombre de lui même...

Metromania sera donc le dernier essai de Bornemann pour tenter de préserver l'âme originelle d'Eloy. Un compromis semble avoir été trouvé entre les musiciens, et le contenu de ce nouvel album se découvre bel et bien avec un sentiment positif. La sérénité retrouvée, en quelque sorte... Nous sommes néanmoins très loin du Eloy de la grande époque, et c'est plutôt le plaisir de redécouvrir Eloy en vie qui va dominer dans notre appréciation positive de Metromania. Car son contenu s'apparente globalement à celui de son prédécesseur, et finit même par ressembler à une version allemande du néo-progressif qui apparaît simultanément en Grande-Bretagne. Voilà peut-être l'Histoire progressive revisitée, pour faire d'Eloy le chantre d'un courant dont la paternité est généralement attribuée à Marillion... Boutade que ceci, car le succès du groupe allemand va décroissant tandis que celui de Fish et ses amis ne cesse de s'intensifier... Comme toujours, Metromania recense des morceaux qui sortent du lot, et empêchent l'écoute de devenir ennuyeuse. Ici, ils ont pour titre "Follow The Light" (9:37), la plus longue pièce depuis cinq ans, et "Metromania" (6:10), et confirment que le talent n'a jamais vraiment abandonné Bornemann et les siens... L'enseignement à tirer des deux derniers albums de cette période est donc le suivant : la mise en forme des idées est aussi (voire plus...) importante que les idées elles-mêmes... Mais le calme n'est qu'apparent et augure en fait d'une tempête dont le groupe ne sortira pas indemne. Pour la troisième fois depuis le début de son existence, Eloy est dissous, sans que l'on pense cette fois qu'il puisse renaître un jour de ses cendres... C'est une nouvelle fois la fin d'une époque, et l'on se surprend à s'en féliciter tant le groupe a perdu de sa superbe. Il nous faudra donc conserver l'image du Eloy flamboyant de Colours et Planets, sous peine de franchement déprimer...

“1988-1994 : Le retour (laborieux, puis gagnant...)"

Quatre ans se sont écoulés. Eloy réapparaît, à la surprise générale, sous la forme d'un duo constitué de l'inamovible Bornemann et d'un nouveau venu, le claviériste Michael Gerlach. Les deux hommes se sont rencontrés en 1986 à Berlin, et nourrissaient l'idée de recréer Eloy depuis de longs mois. La concrétisation de ce projet prend donc la forme de Ra au printemps 1988.

Bien que de nombreux musiciens soient venus prêter main forte au duo lors de l'enregistrement, il apparaît immédiatement que ce nouvel album souffre d'un manque de cohésion. Les 6 compositions (de 4:46 à 8:51) pâtissent en effet de l'absence de ce souffle créateur que génère immanquablement un groupe en adéquation (ou mieux, en osmose)... On y retrouve globalement le Eloy que l'on avait quitté avec Metromania, au détail près que les claviers ont cessé d'être les initiateurs mélodiques et que la structure des morceaux est dorénavant moins prévisible... La musique, plus climatique que franchement dynamique, n'en conserve pas moins une sorte d'habillage 'space-metal', qui sied parfaitement à l'époque qui la voit naître. Le point noir concerne la section rythmique, et notamment la batterie. Celle-ci, programmée par Gerlach, confère un léger côté artificiel à Ra, mais surtout brise nettement l'élan ascensionnel des claviers. L'album, bien que symbolisant une renaissance respectable, souffre donc de ce décalage entre une rythmique 'terrienne' au possible et des envolées spatiales comme Eloy les aime... On notera d'ailleurs le soin apporté à la plupart des introductions, qui peuvent pour leur part évoquer en filigrane certains des meilleurs moments de l'Âge d'Or... Mais, vous l'avez compris, il demeure bien difficile de s'enthousiasmer pour cette œuvre un peu poussive qui recrée, plus qu'elle ne le concrétise, l'espoir de voir un jour Eloy retrouver son réel niveau d'inspiration, donc la verve de ses vertes années...

Bornemann et Gerlach auront mis bien du temps à donner une suite à Ra, nous faisant subir à nouveau quatre longues années de silence... La découverte de Destination est heureusement des plus engageantes : quelle pochette !!! Si le ramage ressemble au plumage, nul doute que nous découvrions le digne héritier des plus belles heures d'Eloy... Tout faux ! Ce quatorzième album studio est au contraire une cruelle déception. Les soldats du manque d'inspiration ont fait d'incroyables ravages, et l'on ne peut que constater la destruction d'une bonne partie du 'space-prog' légendaire... Que dire sans être trop cruel ?... Une nouvelle fois, la batterie est au cœur de cet échec... Jouée cette fois par un batteur de chair et de sang, le pesant Nico Barretta, elle invite, un peu malgré elle, la musique de Destination à s'envelopper d'un manteau de plomb... Inutile de vous dire alors que les 8 compositions (de 4:26 à 7:55) restent désespérément clouées au sol. Sans compter qu'elles doivent se coltiner des mélodies insipides, que Bornemann véhicule de plus par l'entremise d'un chant doucereux dont ses compétences vocales ne s'accommodent guère... On est franchement proche du fiasco, et ce n'est pas le retour ponctuel de Klaus-Peter Matziol sur deux titres qui peut sauver quoi que ce soit... A la lumière de Destination, nul doute que l'on soit amené à regretter les critiques adressées précédemment à Performance et Metromania...

Eloy est au fond du gouffre, et l'on peut au moins se réjouir d'une chose : il n'ira pas plus bas... La fin d'un mythe, tout simplement...

Tiens, Eloy est de retour... C'est avec un léger détachement que nous apprenons deux ans plus tard la sortie de The Tides Return Forever... Que voulez-vous, "chat échaudé craint l'eau froide"... Et pourtant, le choc ! Ce nouvel album est aux antipodes de son prédécesseur. Sans retrouver le Eloy de la fin des années 70 ou celui du début de la décennie suivante, il est assez incroyable de le découvrir dans une forme de jeune premier. L'ardeur et l'impétuosité d'une jeunesse retrouvée habitent effectivement les sept (de 3:59 à 9:44) présentes compositions... Et il y a des signes qui ne trompent pas sur le désir de Bornemann de renouer avec la verve plus spontanée de ses vertes années : la reprise du logo des meilleurs albums (abandonné après Performance) et le retour de Matziol en tant que membre officiel... Certes, tout est loin d'être parfait, convenons-en, à commencer par la présence de Nico Barretta dont le jeu s'avère malgré tout un peu moins plombé que sur Destination. En attendant, le batteur italien n'est visiblement pas friand de finesse, et cela se ressent encore quelquefois lors de certaines envolées qui auraient mérité un traitement rythmique plus subtil... De plus, le chant de Bornemann est constamment construit sur le mode du 'couplet-refrain', ce qui freine bien sûr le développement des nombreuses séquences instrumentales... Mais, la réussite est malgré tout au bout du chemin. Nous devons d'abord celle-ci au grand soin apporté aux thèmes mélodiques; ensuite, il convient de se réjouir du retour à un space-rock digne de ce nom, c'est à dire dont les claviers sont les premiers artisans. Gerlach a ainsi quitté son habit de faire-valoir, et semble enclin à prendre ses responsabilités dans la nouvelle incarnation d'Eloy... Car, il est devenu notoire que Bornemann, s'il est bel et bien incontournable, a besoin d'acolytes talentueux et concernés pour créer un art réellement abouti...

Le dessein d'Eloy semble donc clair : renouer avec la musique symphonique qui a fait son succès par le passé, et s'engager sur la voie d'une intégrité artistique retrouvée. Car le meilleur est effectivement encore à venir avec Ocean 2. Mais nous ne le savons pas encore... Les quatre années qui séparent 1994 de 1998 vont alors s'avérer longues, très longues, et nourries d'un sentiment mêlant de façon contradictoire plaisir et crainte... Eh, oui. Eloy n'a plus enfanté d'album vraiment excellent depuis 1981 (une éternité, à l'échelle du prog !) : en est-il tout simplement encore capable ?...

Bien qu'Eloy soit une formation incontournable, dont nous arrivons à présent au terme de la présentation, le présent article s'avère d'autant plus légitime que le nouvel album du groupe allemand est une brûlante réussite. Nul besoin de tergiverser, la chronique qui suit (fruit d'une large concertation et réflexion, et non d'une passion aveuglante) est formelle quant au caractère lumineux de l'œuvre qui en est l'objet... Ocean 2 ne va peut-être pas vous faire voir Eloy sous un jour totalement nouveau, mais a toutes les chances néanmoins de vous faire relativiser les critiques que vous aviez pu lui adresser (ou lire sur lui) jusqu'à aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, c'est le moment ou jamais de faire vraiment connaissance avec lui... C'est parti !

Le plaisir éprouvé dès la première écoute de cet album n'est donc assurément pas nostalgique même s'il est déjà très enthousiasmant de retrouver la qualité des meilleurs albums passés. En fait, Ocean 2 transcende les espoirs que le projet avait fait naître. Ainsi, et peut-être pour la première fois de sa carrière, Eloy est en mesure de faire l'unanimité et de ce point de vue, le nouvel opus apparaît autant comme un sommet qu'un nouveau départ.

S'il est plus consensuel, si certains excès (dont certains se délectent il ne faut pas l'oublier) ont été estompés, les options retenues ne contredisent en rien celles qui firent la réputation du groupe : croyez-le ou non, aucune des qualités passées ne fait réellement défaut !!! On assiste ainsi à un défilé des caractéristiques les plus marquantes de l'art des Allemands. Ocean 2 est bel et bien un véritable catalogue des meilleures idées qu'Eloy a eues tout au long de sa carrière : claviers majestueux et initiateurs de la plupart des thèmes rencontrés, guitare spatiale et voluptueuse (mais quelque peu trop rare dans ses interventions solistes...), choeurs grandiloquents, entrefilet de flûte, le tout au service d'un space-prog flamboyant... Inespéré, ce constat ? C'est effectivement en cela que l'on est tenté de faire de Ocean 2 le meilleur album de la discographie d'Eloy. "Et le chant ?", vont nous faire remarquer les plus sceptiques... Celui-ci, sans être devenu génial, ne prête plus vraiment à contestation. Bomemann semble avoir voulu la jouer profil bas, afin de laisser la musique s'envoler au gré des motifs mélodiques mis en place...

On est aussi saisi d'emblée par la qualité de la production, fruit des progrès technologiques, mais aussi par la richesse instrumentale, conséquence d'un souci artistique plus pointu. Même les effets les plus risqués (comme l'utilisation de chœurs féminins ou masculins) conserve son équilibre à un ensemble qu'on peut certes qualifier de grandiloquent mais non plus d'excessivement pompeux. Pour de nombreuses plages, il convient même de parler de finesse et de grand raffinement !

Quant aux détracteurs viscéraux d'Eloy, ceux qu'aucun argument musical ne saurait plus convaincre, ils trouveront comme au bon vieux temps de quoi assimiler le groupe à un sous-Pink Floyd. Un peu comme si les musiciens avaient souhaité entretenir ou ranimer leur ardeur, ils reprennent en effet dans le titre-introduction "Between Future And Past" (2:43) quelques traits caractéristiques (horloge, mélodie évocatrice et surtout réplique à l'identique du son d'ouverture de Wish You Were Here) du célèbre groupe anglais. Toutefois restons sérieux, hormis ce clin d'oeil évident et peut-être "Waves Of Intuition" (4:56) qui n'aurait pas déparé The Division Bell, la musique d'Eloy possède indéniablement des caractéristiques qui lui sont propres. Maintenant pour en revenir à l'emprunt sonore, s'il est aussi identifiable c'est qu'il y a là un domaine réservé, voire un abandon. Des sons comme celui du violon et du piano ont été utilisés pendant plusieurs siècles par une multitude de musiciens sans que personne n'y trouve rien à redire. Il est tout à fait injustifiable que certains sons (et à plus forte raison s'ils sont bons) restent réservés à un seul groupe ou musicien, voire à un seul album ! Bref s'il y a des reproches à faire à Eloy, ils ne peuvent plus guère être d'ordre formel.

La réussite est donc aussi constante que l'œuvre s'avère cohérente. Chaque morceau est construit comme s'il était censé honorer un pan de la carrière d'Eloy. Les vocalises féminines, lancinantes et suaves du magnifique "Ro Setau" (7:09), conclues d'ailleurs par un superbe solo de Hannes Folberth (invité pour l'occasion à nous remémorer son talent), le long solo poignant de Bornemann sur "Paralysed Civilization" (9:28), ou bien encore les interventions grandioses du Chœur Philharmonique de Prague sur "The Answer" (11:19) sont quelques uns des moments de bravoure de ce nouvel album exempt de quelque faiblesse que ce soit... A ce propos, la très grande cohésion existant entre les musiciens est immédiatement frappante. Un peu comme si Bornemann avait réuni les musiciens idéaux pour créer le space-rock dont Eloy est aujourd'hui emblématique. Ainsi, le remplacement de Nico Baretta par Bodo Schopf est un élément de poids dans cette osmose car son jeu est bien plus léger, donc plus à même de permettre à la musique de vraiment décoller... Bodo le clown forme donc avec l'auguste 'Matze' un duo en totale adéquation qui crée des motifs rythmiques élégants et parfaits pour accueillir les envolées aériennes de Bornemann et Gerlach (très présent et impeccable de bout en bout !)...

Reste à Eloy à garder ce cap ambitieux dans le futur, et continuer donc de rappeler à la jeune et talentueuse génération la richesse de l'héritage dont elle jouit aujourd'hui...

Passé et présent ont ainsi été réunis au cœur de Ocean 2 pour permettre à Eloy d'envisager l'avenir avec sérénité, et d'en faire peut-être le lieu de ses plus grandes réussites...

P.S.: Vingt et un ans après le premier volet, il convenait de confirmer la continuité également sur le plan iconographique. Ainsi l'excellent Wojtek Siudmak a t-il été remis à contribution. La superbe pochette (supérieure a notre avis à la première), complète idéalement un luxueux livret où le peintre intervient également à deux reprises. Le talent de cet artiste et sa parfaite adéquation avec le genre musical devrait inciter à la prolongation de cette collaboration...


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