BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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ELOY - BIOGRAPHIE

1969

C'est à Hanovre, au début de l'année 1969, que naît Eloy à l'initiative de Frank Bornemann. Celui-ci s'est mis à la guitare électrique quelques années plus tôt sous l'influence des Shadows, puis celle des Beatles, et après avoir officié au sein de diverses formations sans lendemain, souhaite passer à la vitesse supérieure. A l'époque, il gagne sa vie comme employé de banque. C'est alors qu'il fait la connaissance du batteur Helmut Draht, qui est séduit par son projet. Ensemble, ils recrutent les autres musiciens : le guitariste Manfred Wieczorke, compagnon de galère de Draht au sein du groupe The Black Stones; le chanteur Erich Schriever, également claviériste; et le bassiste Uwe Pôhlitz, rapidement remplacé par Wolfgang Stocker. D'abord constitué de reprises de groupes en vogue (Beatles, Moody Blues, The Who, Cream), le répertoire scénique intègre progressivement des compositions originales. Musiciens professionnels, Wieczorke et Stocker ont en charge la recherche de concerts, Bornemann continuant à travailler à la banque. Petite anecdote : tenu à une stricte discipline capillaire par ses employeurs, il s'affuble sur scène d'une perruque aux cheveux longs, plus "rock'n'rollement" correcte !

1970

Au printemps, Eloy remporte la première place d'une compétition régionale de jeunes groupes à Hanovre, ce qui lui permet, pendant l'été, d'enregistrer un premier 45 tours (sorti par le groupe lui-même et vendu principalement lors des concerts), devenu depuis une pièce de collection rarissime. On y trouve deux compositions originales, "Walk Alone" et "Daybreak", enregistrées au studio Wind-rose-Dumont de Hambourg, où Eloy retournera trois ans plus tard pour mettre en boîte son deuxième album, Inside. Peu après, Eloy signe avec Philips pour la réalisation d'un premier album.

1971

Celui-ci est enregistré en avril au studio Star-Musik d'Hambourg, sous la direction de l'ingénieur du son Conny Plank, figure légendaire de la scène 'krautrock' allemande. Le retentissement dudit opus est loin de propulser Eloy en tête des hit-parades germaniques, mais lui permet d'entreprendre sa première véritable tournée en tête d'affiche et de se faire connaître d'un public plus important. Cette série de concerts culmine avec une participation au 2nd British Rock Meeting de Germersheim, où Eloy obtient un accueil particulièrement enthousiaste. Mais le groupe est tiraillé par des divergences internes de plus en plus exacerbées. Sérieusement blessé dans un accident de voiture à la fin de l'automne, Draht est remplacé "temporairement" par un nouveau venu, Fritz Randow.

1972

Seconde défection pour Eloy, celle du chanteur Erich Schriever, lui aussi en désaccord avec la ligne musicale définie de plus en plus par les seuls Bornemann et Wieczorke. Une séparation à l'amiable, cependant, puisque Schriever écrira tous les textes d'Inside, et collaborera à ceux du suivant, Floating. Après avoir cherché en vain un remplaçant, le groupe puise dans ses ressources propres : c'est Frank Bornemann, jusque là simple guitariste, qui assure désormais les parties vocales. Le rôle de claviériste, également tenu par Schriever, échoit quant à lui à Wieczorke, qui va dès lors se partager entre guitare et orgue.

1973

Ayant rompu avec Phillips pour cause de soutien insuffisant, c'est sur ses propres deniers qu'Eloy finance les séances de son deuxième album, Inside, bénéficiant malgré cela pour l'un des morceaux ("Future City") d'un enregistrement 16 pistes. Les bandes sont proposées à divers labels, et l'album sort finalement chez Harvest, sous-label progressif d'EMI. Fort de ce soutien prestigieux, Eloy tente une première percée hors d'Allemagne, se produisant en première partie de groupes anglais réputés lors de divers festivals à travers l'Europe. On retiendra en particulier un concert à Paris, à l'Olympia... De retour de ce périple, le bassiste Wolfgang Stocker, alors le plus jeune membre d'Eloy, décide de jeter l'éponge et de trouver une occupation plus compatible avec sa vie de famille. Il est aujourd'hui PDG d'une importante compagnie d'assurances... Il est remplacé par Luitjen Janssen.

1974

Frank Bornemann officie comme producteur sur le second album de Scorpions (groupe basé comme Eloy à Hanovre, dont le batteur est alors un certain Jûrgen Rosenthal), Fly To The Rainbow, il ne sera finalement pas crédité suite à un conflit avec le label RCA. Alors qu'lnside obtient un succès limité, mais pour le moins inattendu, aux Etats-Unis, Eloy se met au travail sur son album suivant, Floating, enregistré aux studios d'EMI à Cologne. Secondé pour l'écriture des textes par Erich Schriever, Bornemann fait appel pour ceux de "Madhouse" au directeur artistique d'EMI, Gordon Bennit, un Anglais qui collaborera de façon plus conséquente à Power And The Passion. A la fin de l'année, le groupe entame une longue tournée qui se prolongera durant les premiers mois de l'année suivante.

1975

De nouvelles dissensions se font jour au sein du groupe, notamment sous l'influence de son nouveau manager Jay Partridge. Ayant investi dans Eloy des sommes d'argent considérables, il s'estime en droit d'imposer aux musiciens sa vision très personnelle de ce à quoi le groupe doit aspirer : il met ainsi en place un 'light-show" très sophistiqué, et affuble les musiciens de costumes moyenâgeux... Par ailleurs, il oblige ceux-ci à participer activement à l'installation et au démontage de la scène, afin soi-disant de préserver l'unité au sein de l'équipe... Selon les témoignages ultérieurs des membres du groupe, il fait régner une véritable terreur psychologique qui, combinée à la situation matérielle très difficile d'Eloy, ne tarde pas à avoir raison de la motivation de certains. L'enregistrement, pendant l'été, de Power And The Passion, à l'occasion duquel le groupe est renforcé par un second guitariste, Detlef Schwaar, est ainsi le théâtre de tensions qui dégénèrent en conflit ouvert, et aboutissent finalement à l'implosion d'Eloy, au moment où le nouvel album obtient un succès inespéré, atteignant rapidement les 30.000 exemplaires vendus.

1976

Eloy n'est plus. Manfred Wieczorke a rejoint un autre groupe d'Hanovre, Jane, au départ pour trois mois - il y demeurera finalement trois ans... Frank Bornemann, lui, travaille dans un magasin d'instruments de musique. Mais il ne va pas tarder à être rejoint par son passé : Eloy doit encore, contractuellement, plusieurs albums à EMI-Electrola, et suite à la défection de ses collègues (et la signature de Wieczorke avec le label Métronome, qui l'empêche de réintégrer le groupe comme il l'aurait alors souhaité), c'est sur lui que repose la responsabilité d'honorer ce contrat.

La première recrue du nouvel Eloy est le guitariste Detlev Schmidtchen, dont le groupe Transmissions avait l'année précédente partagé l'affiche avec Eloy lors d'un festival pop à Hanovre. Puis c'est au tour du bassiste Klaus-Peter Matziol, alors étudiant en école de graphisme, de les rejoindre. Membre depuis trois ans du groupe Boorturm avec lequel il a enregistré un EP en 1974, il a également croisé la route d'Eloy lors d'un festival, mais c'est un ami commun qui l'informe de l'intention de Bornemann de recruter de nouveaux musiciens. Matziol amène avec lui l'organiste de Boorturm, Klaus Koch, mais celui-ci s'avère ne pas convenir à l'optique musicale d'Eloy. C'est finalement Schmidtchen qui, comme Manfred Wieczorke quatre ans plus tôt, va délaisser la guitare pour tenir principalement les claviers.

Le line-up est finalement complété par Jûrgen Rosenthal, déjà côtoyé par Bornemann lorsqu'il était batteur de Scorpions, mais aussi ancien acolyte de Matziol au sein de Morrison Gulf au début des années 70. Le monde est petit ! Influencé par Neil Peart de Rush, Rosenthal cumule de plus, comme le Canadien, les fonctions de batteur et de parolier.

Le potentiel de ce Eloy nouveau n'échappe pas aux responsables d'EMI, qui accèdent à la requête du groupe (inspiré notamment par te travail de David Palmer avec Jethro Tull) de faire appel à un orchestre sur certains morceaux de Dawn, qui est enregistré à la fin de l'été. L'investissement va s'avérer payant : atteignant finalement les 100.000 exemplaires vendus, l'album propulse Eloy au sommet de la scène rock allemande. Un résultat qui doit beaucoup à deux tournées successives à travers l'Allemagne.

1977

Alors que la scène progressive allemande connaît son apogée, Eloy produit ce qui sera sans doute son œuvre la plus ambitieuse d'un point de vue conceptuel, mais aussi son plus grandsuccès commercial : Ocean. L'accueil critique est pourtant plus réservé; sans doute faut-il y voir le signe avant-coureur du discrédit qui commence alors à toucher le rock progressif... Quoi qu'il en soit, le public répond présent en masse, et les ventes atteignent le chiffre record de 200.000 exemplaires !

1978

La tournée triomphale qui démarre au début de l'année voit Eloy utiliser des effets lumineux qui n'ont rien à envier à ceux de Genesis à la même époque. Un double album live est enregistré et sort quelques mois plus tard, mais le groupe n'en est pas satisfait : divers problèmes techniques rendent inutilisable une partie de l'enregistrement et empêche Live de dresser un panorama vraiment représentatif de la carrière d'Eloy. Par ailleurs, tout le monde s'accorde à reconnaître qu'il ne montre pas le groupe au meilleur de sa forme, et qu'un enregistrement effectué plus tard dans la tournée lui aurait sans doute mieux rendu justice. Après avoir profité du répit offert par cette parution, Bornemann et son équipe se mettent au travail sur l'album suivant, Silent Cries And Mighty Echoes, enregistré à la toute fin de l'année.

1979

La parution de Silent Cries And Mighty Echoes (dont les ventes dépasseront encore celles d'Ocean) est suivie d'une tournée européenne à succès, dont la partie française voit Eloy renforcé d'une nouvelle recrue, le guitariste-claviériste Hannes Arkona. De retour à Hanovre, Frank Bornemann débute la construction de son propre studio, le Horus Sound Studio. Cette initiative implique un ralentissement des activités d'Eloy, ce à quoi Detlev Schmidtchen et Jûrgen Rosenthal se montrent réticents. Ils mettent alors en chantier un projet en duo baptisé Ego On The Rocks. Durant la même période, Manfred Wieczorke, qui vient de quitter Jane, réintègre brièvement Eloy, pour repartir aussitôt monter sa propre formation, Firehorse. Le titre "Child Migration", sur la compilation Rarities, témoigne de cet éphémère retour.

1980

onfrontés au refus de Schmidtchen et Rosenthal de réintégrer Eloy, Frank Bornemann et Klaus-Peter Matziol confirment Hannes Arkona à son poste, recrutent un vieux compagnon de route de ce dernier, Hannes Folberth, aux claviers, et un batteur anglais installé en Allemagne, Jim McGillivray (cofondateur en 1969 du groupe de hard-rock à tendances progressives Epitaph, qu'il quitta après deux albums pour être finalement remplacé par... Fritz Randow, ex-Eloy !), également auteur des textes du premier album de cette nouvelle formule, Colours, le premier depuis belle lurette à ne pas être bâti autour d'un concept littéraire.

1981 - 1982

Eloy connaît entre 1980 et 1984 une stabilité sans précédent, ce qui permet à Frank Bornemann de se lancer, au retour d'un concert triomphal à Athènes (devant 14.000 spectateurs) en février 1981, dans l'écriture (avec l'aide de Sigi Hausen pour les textes) d'une œuvre conceptuelle particulièrement ambitieuse, dont il devient rapidement évident qu'elle nécessitera plus d'un album. Le groupe pense à un double-album, mais sa maison de disques impose de le sortir en deux volets : Planets (1981) et Time To Turn (1982), enregistrés immédiatement l'un après l'autre, de mars 1981 à février 1982 (même si un changement intervient entre-temps au sein d'Eloy avec le remplacement de Jim McGillivray par Fritz Randow, de retour après six ans d'absence). Une fois les deux albums publiés, le groupe reprend la route au printemps 1982 pour une longue tournée lors de laquelle il interprète le concept dans son intégralité. Au même moment sort le single "Time To Turn". Le succès ne se dément pas en Allemagne, et s'étend même, surprise, à l'Angleterre.

1983 - 1984

Le bon accueil de Planets et Time To Turn en Angleterre permet l'organisation de dates outre-Manche en 1983 pour célébrer la sortie de Performance. La tournée européenne fait un petit détour par la France, pour les derniers concerts d'Eloy dans notre pays à ce jour. L'année suivante, l'enregistrement de Metromania met en évidence des désaccords de plus en plus marqués au sein du groupe, qui décide de se séparer fin 1984 (à l'échéance de son contrat avec EMI), non sans être retourné en Angleterre pour une série de concerts à guichets fermés enregistrés par la BBC (mais, au grand désarroi de Frank Bornemann, aucun album live n'en sera tiré... le fan-club travaille actuellement à la réalisation d'une compilation vidéo des diverses apparitions télévisées du groupe), à l'occasion desquels les musiciens d'Eloy sympathisent avec ceux de Marillion.

1986 - 1992

Après une pause d'un an et demi, Frank Bornemann fait la connaissance du claviériste et producteur Michael Geriach à Berlin. Ensemble, ils décident de ressuciter Eloy, sous la forme d'un duo assisté à l'occasion par divers intervenants extérieurs. Le premier fruit de cette collaboration, intitulé Ra, voit le jour en 1988. Malgré un bon accueil critique et public, Eloy ne reprend pas la route pour le promouvoir. Pour cela, il faudra encore attendre... Le groupe ne permettant pas, à lui seul, à Bornemann et Gerlach de gagner leur vie, ceux-ci développent leurs activités annexes durant les années suivantes : le premier avec une maison d'édition musicale associée à Warner/Chappell et une agence de promotion de jeunes artistes, sans oublier son travail de producteur au studio Horus Sound; le second avec ses diverses activités de studio. Il faudra donc attendre septembre 1992 pour voir paraître un second album du duo Bornemann/Gerlach : Destination. La participation pour plusieurs titres de l'ancien bassiste Klaus-Peter Matziol fait naître l'idée d'une tournée à laquelle le batteur Fritz Randow aurait également été convié à participer, mais celle-ci est abandonnée au profit d'un autre projet : Chronicles...

1993 - 1994

Afin de célébrer comme il se doit son vingt-cinquième anniversaire en 1994, Eloy s'investit donc dans un projet en deux parties, Chronicles, dont le but est de proposer dans une qualité sonore optimale certains des plus grands classiques du groupe. Pour cela, Bornemann et Gerlach s'entourent des figures emblématiques du Eloy de la première moitié des années 80 : Klaus-Peter Matziol, Fritz Randow, Hannes Arkona et Hannes Folberth. Les deux volumes, couvrant respectivement les périodes 1977-82 et 1983-92, paraissent à quelques mois d'intervalle.

1994 - 1995

Dans la foulée, un nouvel album studio est mis en chantier, autour d'une équipe resserrée : Matziol est confirmé comme membre permanent, et le musicien de studio Nico Barretta réintègre pleinement la batterie dans l'instrumentation d'Eloy. The Tides Return Forever paraît le 21 novembre 1994, une semaine avant le début d'une petite tournée allemande, la première depuis dix ans. Le trio Bornemann/Gerlach/Matziol est rejoint pour l'occasion par deux ex-membres du Michael Schenker Group : Steve Mann (guitare et claviers) et Bodo Schopf (batterie). Au printemps 1995, une seconde tournée à guichets fermés est organisée; lors du concert d'Eloy à Bochum, le 9 avril, un disque d'or est remis au groupe pour les ventes de Ocean.

1996 - 1998

En mai 1996, un texte signé par Frank Bornemann est rendu public par le fan-club d'Eloy (sa traduction intégrale figure dans notre n°17, p.4). Le leader du groupe y annonce le projet Ocean 2 - The Answer et fait part de son intention d'en faire le digne successeur des plus grandes réussites d'Eloy durant son heure de gloire. Sa parution, initialement envisagée pour la fin 1996, est rapidement repoussée à l'année suivante. L'enregistrement s'étalera finalement d'août 1997 à juillet 1998, et la sortie d'Ocean 2, dernier album en date du groupe, intervient début octobre 1998.


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