BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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ELOY (6/6)

ENTRETIEN AVEC FRANK BORNEMANN

Un article sur Eloy serait incomplet si on ne lui associaIt pas un entretien avec son inépuisable leader, l'homme au béret...

Frank Bornemann est en effet le fil rouge de la longue carrière d'Eloy, et nous propose d'en éclairer certaines zones d'ombre par l'entremise de quelques réponses bien senties...

Tout d'abord, peux-tu nous expliquer la raison du choix du nom Eloy ?

Comme vous le savez, ce nom provient du roman d'H.G. Wells, "La Machine A Explorer Le Temps". "Eloï" y est le nom d'une des races qui constituent l'humanité au moment où se situe l'histoire, c'est-à-dire dans environ 800.000 ans. C'est moi qui eus l'idée d'utiliser ce nom, après en avoir légèrement modifié l'orthographe. J'y voyais le symbole d'un nouveau départ, celui que prend l'humanité dans le livre de Wells après l'arrivée de l'explorateur du temps. Il y avait là un parallèle intéressant avec la situation de la scène rock allemande au moment où nous avons créé le groupe...

Quel genre de parallèle ?

A la fin des années 60, les groupes de rock allemands jouaient surtout des reprises, rarement des compositions originales. Il y avait une sorte de complexe d'infériorité. Les chances pour un groupe allemand d'obtenir un contrat discographique étaient quasi nulles, car il était dès le départ considéré comme un groupe de seconde zone. Il était très audacieux à l'époque de faire le pari, comme nous, d'un répertoire totalement original. Dans notre esprit, il s'agissait d'un saut dans l'inconnu, un nouveau départ comme dans le livre de Wells.

Quel regard portes-tu rétrospectivement sur les premières années de l'existence d'Eloy ?

Dès la formation du groupe, nous nous sommes efforcés de trouver une voie originale, sous l'influence de la scène progressive anglaise. Il nous a évidemment fallu un certain temps pour y parvenir, notamment du fait de désaccords au sein du groupe. Ce n'est qu'avec l'équipe qui enregistra "Inside", le premier album chez ÈMI-Electrola, que tout le monde se mit d'accord sur la direction progressive de la musique d'Eloy.

Le plus étonnant à l'écoute de votre tout premier album, c'est que tu n'y chantes pas du tout, pas même pour les chœurs. Es-tu devenu chanteur d'Eloy par hasard ?

Complètement. Notre premier chanteur, Erich Schriever, était techniquement très bon, mais il n'était pas assez motivé et professionnel. De plus, son attitude sur scène ne collait pas avec notre musique. Il était plus intéressé de faire des discours politique que de distraire le public... Il n'était pas assez visionnaire. Comme vous l'avez dit, je n'étais alors que le guitariste. Quand Erich est parti soudainement, j'ai dû le remplacer au pied levé comme chanteur. Nous avions l'intention de trouver un autre chanteur, mais nous n'y sommes pas parvenus. Après quelques concerts à quatre, le succès de la nouvelle formule fut évident. Nous avons donc décidé de continuer de cette manière...

A partir de votre second album, et jusqu'au milieu des années 80, toutes les compositions d'Eloy étaient créditées collectivement. Cela correspondait-il à la réalité ?

Au début, l'écriture était effectivement démocratique, partagée entre Erich Schriever, Manfred Wieczorke et moi-même, mais rapidement Manfred et moi avons pris en charge la quasi totalité des compositions. Après le départ de Manfred, l'essentiel était de moi. Les crédits collectifs avaient pour but principal de répartir équitablement les royalties entre les membres du groupe.

Les contributions des autres musiciens étaient-elle pour autant inexistantes ?

Oh, non, bien sûr que non. Detlev Schmidtchen, Klaus-Peter Matziol, Hannes Folberth et Hannes Arkona ont fourni un certain nombre d'idées excellentes pour certains passages instrumentaux. Michael Gerlach aussi, sur les derniers albums. Mais la plupart des idées de base et les arrangements étaient de moi. Eloy, ce n'est pas seulement Frank Bornemann, mais je représente certainement l'esprit du groupe.

Et au niveau des textes ?

La plupart du temps, j'en étais l'auteur, à deux exceptions près : Ocean et Colours, donc les textes étaient respectivement de Jùrgen Rosenthal et Jim McGillivray. J'ai souvent collaboré, pour l'écriture, avec des Anglais ou des Américains, afin d'obtenir la meilleure qualité possible. Les textes d'Eloy doivent frapper l'esprit, et être écrits dans un anglais parfait, en particulier pour les auditeurs anglophones. Le rôle des personnes créditées comme co-auteurs des textes était généralement de corriger ce que j'avais écrit. Actuellement, c'est Diana Baden, et notre collaboration fonctionne parfaitement. Nous sommes souvent sur la même longueur d'ondes. Ce n'était pas toujours le cas autrefois, notamment avec Jùrgen Rosenthal : sur Dawn et Silent Cries..., nous avons écrit les textes ensemble, et nous avions constamment des désaccords. Dawn devait à l'origine poursuivre l'histoire de Power And The Passion, mais Jùrgen l'a fait évoluer vers quelque chose de complètement différent. En fait, j'aurais aimé avoir plus de contrôle sur son travail...

Concernant le départ de Manfred Wieczorke après Power And The Passion, quelles en furent les raisons ?

Essentiellement financières. Eloy était alors dans une situation déplorable suite à divers problèmes avec notre manager [Jay Partridge]. Mais dans la dissolution d'Eloy en 1975, il y avait aussi des désaccords musicaux. Ceux-ci portaient tout autant sur notre manière de travailler que sur la musique elle-même. En gros, je souhaitais poursuivre la voie conceptuelle et le mélange d'arrangements symphoniques, de recherche atmosphérique et de structures rock. Certains membres du groupe ne voulaient pas me suivre... Manfred a alors rejoint Jane, et je me suis trouvé confronté à la nécessité de trouver d'autres musiciens...

Pourquoi parles-tu de "nécessité" ?

Nous avions signé un contrat à long terme avec EMI et celui-ci n'était pas arrivé à échéance. Il me fallait donc continuer Eloy avec une nouvelle équipe afin de m'acquitter de cette obligation. Mais au-delà de cette contrainte, j'étais motivé par la perspective de continuer le groupe, en disposant désormais d'une totale liberté créative. Je pus prendre en charge la fonction de producteur, et m'entourer de musiciens partageant ma vision musicale. Je les ai trouvés dans ma ville, Hanovre. Et il y eut immédiatement entre nous une osmose créative. Klaus-Peter Matziol, avec son style très personnel à la basse, a su donner à Eloy une pulsion très particulière. Jùrgen Rosenthal, qui était très influencé par Rush et Yes, apporta un relief rythmique plus développé. Enfin, Detlev Schmitchen, en assurant aussi bien certaines parties de guitare que celles de claviers, était le remplaçant idéal pour Manfred. Avec cette équipe, Eloy est devenu le groupe numéro 1 de la scène rock allemande.

L'aspect "progressif" de votre musique ne vous plaçait-il pas un peu en marge de celle-ci, malgré tout ?

Je ne sais pas si ce terme est vraiment approprié pour notre musique. Je n'ai pas l'impression qu'il y ait vraiment quoi que ce soit de réellement "progressif" dans notre musique. Je dirais qu'elle est simplement arrangée différemment. Ceci dit, je n'ai rien contre le fait qu'on nous associe à ce style, que je préfère pour ma part appeler "art-rock". Dans les années 70, il y avait pas mal de groupes de ce style en Allemagne, avec lesquels nous avions du reste de très bons rapports - Frumpy, Triumvirat, Ramses, Birth Control... Il y avait de bonnes comme de mauvaises choses dans ce style, mais le public semble être resté réceptif à cette conception de la musique, ce qui est plutôt une bonne chose.

Après trois albums avec la même équipe, il y eut un renouvellement important de l'effectif d'Eloy, et le groupe continua ainsi jusqu'au milieu des années 80. Quels souvenirs conserves-tu de cette époque ?

Contrairement à celle de 1975, la séparation d'Eloy en 1979 n'avait pas de réelles raisons musicales. De mon point de vue, Detlev et Jùrgen souffraient de problèmes d'ego, et ont préféré faire leur truc de leur côté. Klaus-Peter Matziol et moi-même avons tenté de leur faire changer d'avis, mais rien à faire. Nous avons donc pris de nouveaux musiciens. Je connaissais déjà Hannes Arkona et Hannes Folberth, qui jouaient ensemble depuis longtemps dans divers groupes d'Hanovre; deux gars très sympa et talentueux. Quant à Jim McGillivray, le batteur, c'était un musicien assez connu qui avait la réputation d'être l'un des meilleurs du genre. Hormis le retour de Fritz Randow, ce line-up est resté en place jusqu'à Metromania, mais il y eut rapidement des divergences musicales et il fut difficile de conserver au groupe son équilibre. Certains musiciens voulaient qu'Eloy change de style et s'oriente davantage vers le hard-rock. J'étais tout à fait contre cette idée, et j'ai tenté de garder le cap, tout en modernisant notre style. Jusqu'à l'automne 1984, j'y suis à peu près parvenu. Puis il est devenu clair que nous avions perdu cet état d'esprit commun. Chacun est alors parti de son côté. Ce moment coïncidait avec l'expiration de notre contrat avec EMI...

Comment Eloy a-t-il, malgré tout, repris vie quelques années plus tard ?

Après un an et demi de pause, j'ai fait la connaissance de Michael Gerlach par hasard. Je produisais un groupe de heavy-metal à Berlin et je l'ai rencontré dans le studio où nous enregistrions. Nous avons sympathisé, et j'ai décidé de réactiver Eloy sous la forme d'un duo. Cette décision était basée sur les possibilités nouvelles offertes par la technologie moderne de faire de la musique sans forcément avoir un groupe complet à notre disposition. En clair, l'utilisation de l'informatique et des séquenceurs pendant l'écriture et l'enregistrement.

Après deux albums réalisés de cette manière, vous avez pourtant décidé de réunir les anciens membres du groupe et réenregistrer de vieux morceaux pour le projet Chronicles. Comment est venue cette idée ?

Il n'y a jamais eu entre nous de problèmes relationnels pendant toutes ces années, simplement des désaccords d'ordre musical. Nous étions restés en contact les uns avec les autres. Il fut donc facile et naturel de les convier à l'enregistrement de Chronicles. J'aurais aimé que Jùrgen Rosenthal y participe également, mais malheureusement il ne joue plus de batterie depuis pas mal d'années. Rejouer ces vieux morceaux fut une expérience vraiment formidable. J'ai été surpris de l'atmosphère qui régnait entre nous lors de ces séances d'enregistrement. Je crois que Klaus-Peter Matziol a ressenti la même chose, puisqu'il a alors décidé de réintégrer Eloy de manière permanente pour l'enregistrement de The Tides Return Forever, en 1994.

Sur plusieurs albums d'Eloy, on trouve des références au personnage de Jeanne d'Arc. Que symbolise-t-il dans ton esprit ?

Oh, c'est une longue histoire... Mais je vais essayer d'expliquer ça en quelques mots. Disons que Jeanne d'Arc est pour moi un personnage d'une grande importance historique et spirituelle, dont la vie hors du commun m'a toujours fasciné et ému. J'ai voulu, dans mes textes, la confronter au monde contemporain, la rendre plus proche. Je suis affligé, à ce propos, de voir son nom galvaudé et souillé par certains hommes politiques français qui l'utilisent à des fins purement opportunistes. Son sacrifice fut le prix énorme qu'elle accepta de payer pour tout ce qu'elle fit au cours de sa courte vie. Pour moi, elle symbolise la spiritualité, l'authenticité et l'humanité.

Pour rester en France, avez-vous donné beaucoup de concerts à l'étranger dans la carrière d'Eloy, et en France en particulier ?

Un certain nombre, essentiellement en Suisse, aux Pays-Bas, en Angleterre et, donc, en France. Nous avons fait l'Olympia à Paris en 1973; en 1979, nous avons joué à nouveau à Paris, et aussi à Strasbourg et Mulhouse. Il y eut une tournée plus longue (Paris, Clermont-Ferrand, Annecy, Besançon, Strasbourg et Mulhouse) pour "Colours", en 1980. Nos derniers concerts en France eurent lieu en 1983, à Strasbourg et Mulhouse.

Une question plus anecdotique maintenant : quelle est l'histoire du béret que tu portes depuis tant d'années ?

Ah, le béret ! Eh bien, en fait, je porte un chapeau sur scène depuis les débuts d'Eloy, dans les années 70. Plus exactement à partir du moment où j'ai commencé à chanter en plus de jouer de la guitare. A cause de mes longs cheveux, souvent je n'arrivais pas à voir le public dans la salle ! Un chapeau s'est révélé indispensable pour qu'ils restent à peu près en place et ne me gênent pas trop, notamment en m'empêchant de voir ce que je jouais. Jùrgen Rosenthal eut le même problème, quelques années plus tard, mais il choisit pour sa part de mettre un serre-tête. De mon côté, le béret a fini par faire partie de mon image, et je l'aime plutôt bien ! Même si ma chevelure n'est plus aussi longue et fournie qu'il y a vingt ans !!!

Parlons maintenant du nouvel album, et tout d'abord de son titre. Ocean 2 est bien plus qu'un simple hommage à son glorieux précédesseur. Ne penses-tu pas dès lors qu'une certaine confusion puisse apparaître dans l'esprit des gens, amenés à penser - avant même de l'avoir écouté - qu'il s'agit d'une redite sans intérêt ?...

Je ne sais pas. C'est en tout cas très loin de ma propre interprétation. Comme l'indique son sous-titre, cet album se veut une réponse à Ocean, dont les textes étaient signés par Jùrgen Rosenthal. J'ai dit précédemment que nos points de vue étaient souvent divergents, et notamment parce que Jùrgen est quelqu'un de foncièrement pessimiste. Son histoire à lui se terminait par la destruction de la civilisation. Moi, j'ai voulu délivrer un message plus positif. C'est une première différence. La seconde est plus purement musicale. Pendant les vingt années écoulées depuis l'enregistrement de Ocean, Eloy a beaucoup évolué, et il aurait été pour le moins farfelu de refaire cet album à l'identique. Les atmosphères, les émotions, sont les mêmes, les morceaux sont également longs, épiques, symphoniques, mais le concept musical, lui, a considérablement évolué.

Le titre Ocean 2 n'est-il pas aussi un signe de ralliement destiné aux fans, disant en substance "nous sommes revenus au style du vieux Eloy" ?

Si, bien sûr ! Un certain nombre de choix sont allés dans ce sens. Celui de n'utiliser que des claviers analogiques, le Moog, l'orgue Hammond, etc. Et celui de ne pas composer les morceaux selon les normes en vigueur : ne pas se sentir obligé de mettre des refrains accrocheurs dans chaque chanson, envisager les morceaux avant tout comme des 'tableaux' musicaux... C'est une approche musicale qu'on peut évidemment considérer comme typiquement 'seventies', mais la production, elle, est bel et bien ancrée dans les années 90.

Cette évolution n'est-elle pas une manière de renier l'évolution d'Eloy dans les années 80 ?

Non, je ne crois pas. L'esprit d'Eloy a perduré, je pense, en dépit des changements de line-ups, même si la musique était différente, dans sa conception, de ce que nous avions fait dans les années 70. Quand nous nous sommes retrouvés à deux, moi-même et Michael Gerlach, à la fin des années 80, il était inévitable que notre musique s'en ressente. On ne fait pas la même chose à deux qu'à cinq, avec une vraie section rythmique. L'idée d'un retour à notre ancienne manière de travailler est venue à l'occasion du projet Chronicles, puis avec le retour de 'Matze'... "And then we were three" ! (rires)

Et vous êtes maintenant quatre, avec l'arrivée de Bodo Schopf à la batterie. Un batteur au feu plus aérien que celui, très carré, de Nico Baretta qui officiait sur Destination et The Tides Return Forever...

Tout à fait. Je dois dire que j'ai longtemps espéré qu'il nous rejoindrait, avant qu'il ne finisse par le faire à l'occasion de la tournée du vingt-cinquième anniversaire, en 1994. Il a longtemps joué dans le Michael Schenker Group. Et puis, quand il s'est avéré que Fritz Randow n'allait pas pouvoir se libérer pour cette tournée, nous avons relancé Bodo, et cette fois il était disponible. Pour moi, il est un mélange de nos batteurs précédents : il a la puissance de Fritz, le groove de Jim McGillivray et la créativité de Jùrgen Rosenthal... Je peux d'ailleurs vous dire que Jùrgen était à notre concert berlinois en 1994 et fut particulièrement impressionné par le travail de Bodo, notamment sur les vieux morceaux.

Avez-vous beaucoup répété avant d'enregistrer l'album ?

Nous avons répété, mais pas tant que ça. Pour chaque morceau, nous avons répété rapidement, de sorte à le maîtriser globalement. Les fioritures ne sont venues qu'en studio. Mais chacun d'entre nous connaissait bien les morceaux. La dynamique de groupe qui résulte de cette démarche est quelque chose d'irremplaçable, qui donne forcément plus de profondeur à la musique. Nico Baretta était un excellent batteur, mais ce n'était qu'un invité. Il ne pouvait pas s'investir autant qu'un membre à part entière dans la musique, et imprimer vraiment sa marque. C'est quelque chose qui m'a beaucoup manqué pendant toutes les années où Eloy n'était plus un vrai groupe. Mais à l'époque, nous n'avions pas le choix...

Sur Ocean 2 comme sur beaucoup d'albums d'Eloy, on est étonné de constater que les claviers sont bien plus présents que les guitares, réduites à deux solos... Est-ce de l'altruisme ou un choix artistique précis ?

Je ne me préoccupe pas vraiment de savoir combien de solos de guitare de joue sur un album. Ma priorité est que le concept musical fonctionne, et si pour que cela soit le cas je dois m'abstenir de faire un solo, eh bien je ne m'en porte pas plus mal pour autant ! Ceux qui figurent sur Ocean 2 me semblent suffisants - mes deux solos sur "Reflections From The Spheres Beyond" et "Paralyzed Civilisation", et celui de Steve Mann à la slide sur "The Answer". J'ai préféré laisser plus de place aux claviers; je pense que ce fut une sage décision. Et pour tout dire, j'avais déjà la même attitude sur Ocean puisqu'autant que je me souvienne, il n'y avait qu'un seul véritable solo sur cet album, celui de "Poseidon's Création".

Ton solo sur "Paralyzed Civilisation", intense et émouvant, est sans doute l'un de tes tous meilleurs. L'as-tu improvisé, ou bien était-il totalement écrit ?

Je dirais moitié-moitié. Je m'y suis repris à plusieurs fois, en essayant à chaque fois de retenir les idées qui fonctionnaient le mieux. C'est un solo particulièrement long, qui nécessite forcément une certaine préparation. J'avais donc besoin de points de repère. Mais ceci mis à part, la version finale est en grande partie improvisée. Ce solo vient de mon cœur, plus que de ma tête...

Si l'on te dit que Ocean 2 est le meilleur album d'Eloy à ce jour, prends-tu cela comme un compliment, comme le reflet d'une passion un peu aveuglante, ou bien le résultat du but que tu t'étais fixé ?

C'est très, très difficile à dire. Je vous remercie en tout cas de votre enthousiasme !... En fait, je préférerais que vous me reposiez la question dans un an. Je ne pense pas avoir le recul nécessaire pour vous répondre sérieusement. Bien sûr, j'aime énormément cet album, et c'est sans aucun doute l'un de nos tous meilleurs. Beaucoup de gens semblent penser que c'est le meilleur. Pour être honnête, j'ai tout fait pour que ce soit le cas. Je me suis remémoré les meilleurs moments de notre passé, et j'ai essayé d'en perpétuer l'esprit sur cet album. Et je crois que beaucoup de gens y sont sensibles, en particulier ceux qui nous suivent depuis longtemps.

En faisant ainsi une sorte de résumé de la carrière d'Eloy, tu as donc voulu faire de Ocean 2 un cadeau en direction des fidèles du groupe ?

Complètement. C'est exactement çà. Ma seule préoccupation était de faire plaisir aux gens qui apprécient notre musique. Je ne me suis pas du tout soucié de la réaction qu'auraient les critiques et les journalistes, croyez-moi. Ça faisait des années que des fans du groupe me demandaient quand nous allions enfin refaire un album dans la lignée de Ocean. Eh bien voilà, c'est arrivé ! C'est ma manière de les remercier de leur soutien.

Les répétitions en vue de la tournée allemande débutent dans quelques jours [entretien effectué le 30 novembre 1998]. Avez-vous décidé quels morceaux vous allez jouer ?

A peu près, oui. Ce fut très difficile de choisir, et du coup les concerts devraient durer facilement deux heures et demie... Quand on a comme nous autant d'albums derrière soi, il est cruel de faire le tri ! Nous jouerons évidemment les morceaux de Ocean 2. Des extraits de Ocean aussi, bien sûr. Et puis un passage en revue de nos différents albums. Ce sera un peu la même formule que pour la tournée de 1994, car cela avait beaucoup plu au public. Il y aura quelque chose d'à peu près chaque album...

Même des morceaux antérieurs à Ocean ?

Oui, un extrait de Dawn... J'avais même pensé jouer quelque chose de Power And The Passion, mais il y avait déjà suffisamment de morceaux de ce type parmi ceux déjà retenus, plutôt lents et calmes... Je pensais au dernier morceau, "The Bells Of Notre-Dame"...

Gardez-le pour votre venue en France ! A ce propos, des projets précis ?

Oui, le concert au Futuroscope de Poitiers est à peu près certain. Il aura lieu le 30 octobre 1999, dans le cadre d'un événement spécial autour de la science-fiction. J'ai un très bon ami français qui travaille au Futuroscope et pour la mairie de Poitiers. Son patron est René Monory, et je sais qu'il connaît et apprécie notre musique, j'en ai été surpris et flatté ! Voilà comment le projet est né, et vous pouvez vous attendre aux meilleures conditions imaginables. Il y aura un son d'enfer, un light-show très sophistiqué, etc. Nous en profiterons pour enregistrer à cette occasion un album live...

Et le prochain album studio ? Est-il encore trop tôt pour y penser ?

Je ne commence jamais à travailler à un nouveau projet avant qu'il se soit écoulé au moins un an après le précédent. Il me faut ce laps de temps pour retrouver l'inspiration. Mais je sais déjà quel sera mon prochain projet. Il s'agira d'un vieux rêve, une comédie musicale basée sur l'histoire de Jeanne d'Arc. C'est ma priorité absolue. Mais ce projet ne verra pas le jour sous le nom d'Eloy, sans doute sous celui de Frank Bornemann. J'ai déjà beaucoup d'idées. Je vois cela comme une sorte de mission, dont j'ai eu la révélation au plus profond de moi. Je sais que je dois le faire. Je peux vous assurer que ce sera certainement ma plus belle réussite, à la hauteur des sentiments que m'inspirent ce personnage...

Pour finir, et puisque c'est l'un des thèmes centraux du nouvel album, qu'attends-tu du nouveau millénaire ?

Ce que j'attends, ou plus exactement ce que je souhaite, c'est qu'il nous apporte une nouvelle manière de penser, un état d'esprit plus positif, une plus haute qualité de vie. Je sais que cela ne se fera pas du jour au lendemain. Je ne dis pas qu'il se passera quelque chose dans la nuit du 31 décembre 1999 au 1er janvier 2000, ce serait stupide. Mais je constate que nous vivons une époque très étrange, très sombre, et qu'il va forcément se passer quelque chose. L'ombre recèle toujours une part de lumière... Ce que j'appelle dans l'album le jour de la révélation, c'est le moment où l'humanité sera prête à prendre ce tournant décisif. Le jour où, enfin, la lumière jaillira...

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