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GRYPHON (4/4)

Acte 3 : Le Gryphon perd ses ailes

Gryphon 1977Peu de temps après la sortie de ce quatrième opus, libéré de tout contrat chez Transatlantic, Gryphon signe avec le manager de Yes, Brian Lane (responsable de la sortie de Red Queen To Gryphon Three aux États-Unis pour le compte d'Arista) et fait son entrée dans le label Harvest, division d'EMI. C'est aussi à ce moment que Graeme Taylor quitte le groupe, pour rejoindre l'Albion Band de l'ex-bassiste de Fairport, Ashley Hutchings. Malcolm Bennett, pour sa part, quittera le monde de la musique. Le groupe sera donc sensiblement remanié pour l'enregistrement de son cinquième album : Treason. Robert Foster et Jonathan Davie prennent les places laissées vacantes de guitariste et bassiste.

Gryphon ayant décidé d'accorder une place accrue au chant, un batteur est également recruté, en la personne d'Alex Baird. David Oberlé apporte donc sa voix suave et délicate (et quelques percussions) sur six des sept morceaux que comporte Treason, le cinquième album de Gryphon. Celui-ci sort en avril 1977. Les textes sont l'œuvre de Tim Sebastion.

Gryphon TreasonCet album n'a plus grand-chose à voir avec les précédents : il s'apparenterait plus volontiers à une sorte de pop-rock progressive qui aurait de lointaines accointances avec la musique médiévale. Bien que très moyen, Treason reste recommandable à la condition de faire l'exercice de le remettre dans le contexte de l'année de sa sortie, bien triste pour la cause progressive avec l'avènement du punk et du disco.

En fait, bizarrement, il préfigure en de nombreux points le Tormato de Yes qui sortira l'année suivante : voix très présente et haut perchée, musique accessible, rythmique efficace mais aussi quelques relents d'ambition et d'originalité. Ambition, surtout par le biais du morceau d'ouverture «Spring Song» (10:00), un titre très yessien, donc, notamment les claviers et la guitare et à la dimension symphonique accrue par rapport au reste de l'album. L'originalité venant pour sa part des quelques passages de basson, flûtes, cor anglais (disparition totale des cromornes) ou du break à base de percussions sur «Flash In The Pantry» (4:57), à savoir la seule composition de Brian Gulland, Richard Harvey s'occupant des autres, à l'exception du conclusif «Major Disater» (4:04), œuvre de Bob Foster.

On peut aisément deviner la suite, les ventes sont extrêmement décevantes et les musiciens, las. De plus, la particularité première de Gryphon, à savoir cette réunion, pour le moins hétéroclite de caractères différents, voire opposés, si bénéfique à la création de musique hautement originale, mais aussi, à terme, si génératrice de dissensions, mène le groupe jusqu'à l'éclatement.

Conclusion ... et fouilles achéologiques !

On retrouvera l'année suivante Richard Harvey présent sur plusieurs albums en tant qu'invité, souvent aux flûtes ou cromornes, notamment sur The Lion Heart de Kate Bush, mais aussi sur plusieurs albums de Gerry Rafferty et Cordon Giltrap, ou encore sur le Before Landing d'Alan Stivell. Il se consacre depuis à la création de musique pour la télévision et la publicité, tout comme Brian Gulland, après son passage dans le groupe folk français Malicorne. David Oberlé est, quant à lui, devenu responsable publicité dans le magazine rock Kerrang... Bref, une fin en demi-teinte pour des musiciens hors-pairs ayant donné vie à une musique des plus singulières via un groupe unique en son genre.

Si, selon David Oberlé, les membres de Gryphon n'auraient pas fermé la porte à un éventuel projet de reformation, des nouvelles récentes du groupe se font désespérément attendre. Il faudra la sortie de About As Curious As It Can Be, puis de Glastonbury Carol, deux CD regroupant des séances et concerts enregistrés pour la BBC, pour que Gryphon fasse à nouveau fois parler de lui.

Gryphon About As Curious As It Can BeLe premier, sorti en 2002, est sans doute le plus intéressant des deux. S'il n'avait eu la malchance de ne pas comporter de morceaux de Red Queen To Gryphon Three (mais des enregistrements en concert de ces morceaux existent-ils ?), il aurait pu facilement faire office de compilation de luxe pour découvrir le groupe (en fait, deux compilations, plutôt correctes au demeurant, existent : The Collection I & II, sorties au début des années 1990).

Les morceaux de About As Curious As It Can Be (une phrase sortie de la 'bouche' du griffon à l'attention d'Alice dans l'histoire de Lewis Carroll, Alice Aux Pays Des Merveilles) se répartissent en deux groupes : un combinant les titres (au nombre de trois) enregistrés au mois de mai 1974, un autre (les cinq restant) regroupant un concert donné au mois de novembre de 1975. On dénote également la présence de deux inédits, plutôt anecdotiques, dont les intitulés parlent d'eux-mêmes : «Renaissance Dance Medley» et «Jigs». Sympathiques, sans plus car les autres morceaux sont eux indispensables à tout fan de Gryphon qui se respecte !

De la première séance, on retiendra la sublime version de «Midnight Mushrumps», magnifiée par le contexte 'live', avec guitare électrique, basse et percussions bien plus présentes que sur l'enregistrement studio pour une version évidemment plus rock (progressif). Les musiciens font là, encore plus (si possible), preuve de leur incomparable dextérité, dont de superbes parties de flûte et de basson.

De la seconde, notre attention se reportera sur la transformation subie par le titre du second album, «The Last Flash Of Gaberdine Tailor» avec une guitare rythmique à la limite du reggae et la présence de clavinet. La suite «Ein Klein Heldenleben» prend, pour sa part, un regain d'énergie inattendu avec une guitare saturée et une section rythmique bien en place. Des soli de flûte, de guitare électrique et de claviers progressifs (dans le sens 'yessien' du terme) finissent de nous faire préférer cette version à l'originale. Un bien beau témoignage, qui confirme le talent de Gryphon en tant que groupe de scène.

Gryphon Glastonbury carol Glastonbury Carol, sorti l'année dernière, est aussi le titre d'un single sorti par le groupe en 1973. Un titre que l'on retrouve dans la bande originale du film «Glastonbury Fayre». Un single que le groupe croyait perdu avant que leur ancien ingénieur du son Richard Elen ne leur informe avoir en sa possession un «mix» de ce morceau. C'est un joli titre chanté (d'après un texte d'Austin John Marshall), qui fait bien la transition entre le premier et le second album du groupe, entre folk passéiste (clavecin, cromornes et flûtes) et velléités plus ambitieuses (breaks, orgue à dimension symphonique).

L'album se divise également en deux séances, une première datant de juillet 1972, avant la sortie du premier album donc, comportant cinq morceaux de ce dernier dans des versions logiquement très proches. La seconde, enregistrée en juillet 1974, s'ouvre sur un inédit d'assez bonne facture, «Opening Number», un traditionnel. S'en suit une autre version de «Midnight Mushrumps» bizarrement divisée en trois mouvements, bien distincts, avec des blancs entre chaque. Encore une fois, c'est un plaisir que d'écouter ce titre symphonique à souhait, mais pour qui possède la version en studio et celle du live précédent, l'intérêt est relatif. Glastonsbury Carol est, par conséquent, à conseiller en priorité aux fans exclusifs du groupe, la présence de deux inédits finira de les convaincre.

Gryphon fut et restera un groupe à part dans la production progressive des années 70, la possession, dans une première mesure, de leur troisième album, leur meilleure œuvre, est fermement conseillée à tout fan de rock progressif et, on l'a vu, l'écoute de About As Curious As It Can Be est la solution optimale pour découvrir avec un confort d'écoute parfait le meilleur du reste de leur discographie.

Fabien CLAIR

(dossier publié dans Big Bang n°57 - Avril 2005)

4/4

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