Tales From The Lush Attic
Classic One Shoe / GEP
- 1983 - 46:02
Enregistré
en autoproduction (et en cinq jours !...) sur un
magnéto multi-pistes, Tales From
The Lush Attic voit le jour en
1983, sept ans après que Peter Nicholls et Mike Holmes se
soient
rencontrés. Une bien longue période se sera donc
écoulée entre la conjoncture initiale et la
parution de
ce premier album. Période assez instable, nourrie de
multiples
changements de patronymes (The Giln, The Lens puis IQ en 1981) et au
cours de laquelle Martin Orford, ex-Triangular Heel (une petite
année après les deux premiers), Tim Esau (en
1981) et
Paul Cook (en juillet 1982) intégreront à leur
tour le
groupe.
Néanmoins,
entre temps (en
1979) Peter Nicholls a quitté
ses acolytes (il les retrouvera heureusement un an avant
l'enregistrement de Tales...),
et ne participe donc que partiellement
à la première cassette démo Seven Stories
Into
Eight que le groupe publie... Celle-ci comprend des morceaux
(instrumentaux, à l'exception de deux titres
chantés par
Orford, dont le fameux «Intelligent Quotient»)
enregistrés avant le retour de Nicholls, et trois
où il
officie (notamment «It All Stops Here», souvent
repris sur
scène). C'est en concert, entre septembre 1982
(première
apparition au Marquee) et août 1983, que le groupe trouve sa
cohésion et rode ses compositions. Et nous arrivons
à la
sortie de Tales
From The Lush Attic...
Ce premier album ne comporte aucune trame conceptuelle précise. Les sujets abordés par les textes sont souvent graves (la drogue dans «The Enemy Smacks», les mauvais traitements infligés aux enfants sur «Through The Corridors»... Le titre bonus, «Just Changing Hands», traite pour sa part de la violence conjugale.). Quant à «The Last Human Gateway», la pièce maîtresse de l'album, elle est écrite du point de vue d'une personne découvrant qu'elle est le dernier survivant de l'espèce humaine...
Si cette œuvre manque singulièrement de maturité et d'originalité (les années 70 sont honorées avec une ferveur qui n'exclut malheureusement pas les fautes de goût...), elle n'en demeure pas moins enthousiasmante face au marasme musical de l'époque... Tales From The Lush Attic souffre avant tout des conditions d'enregistrement déplorables qui ont présidé à sa naissance. Mixage plus qu'approximatif, qualité sonore déplorable (quel souffle ! On se croirait à la pointe du Raz...), instrumentistes en petite forme technique, chant approximatif (mais heureusement d'une grande sincérité)... Tout cela concourt à faire de Tales... l'archétype d'une première œuvre, comportant donc les défauts inhérents aux coups d'essai discographiques.
Néanmoins, derrière ces preuves flagrantes d'immaturité se dissimulent des atouts, qui ne se réduisent pas uniquement au fait d'avoir participé au renouveau des musiques progressives.
Musicalement, Tales From
The Lush Attic est un album attachant par ses
fréquentes allusions à Genesis. Et pas seulement
parce
que Nicholls évoque fortement Gabriel (tant dans ses
intonations
vocales que lors de ses interventions scéniques)... IQ
évoque Genesis (bien plus que Marillion, par exemple, que
l'on
accusa à l'époque de plagiat...) par
l'instauration de
climats typiquement anglais, c'est à dire bucoliques et
mélancoliques. La composante littéraire invite
cependant
IQ
à user de tonalités plus sombres et tristes que
son
aîné, faisant ainsi se dessiner les
prémisses d'une
personnalité plus affirmée. Tales From
The Lush Attic (et
notamment ses trois longs morceaux) fusionne donc hommages
appuyés aux années 70 (mellotron à
gogo, moog
virevoltant, guitare lyrique...) et passages résolument rock
(cette section rythmique désespérément
carrée...) amenés à fonder ce qui est
communément appelé le
«néo-progressif»...
Avec le recul, ce premier album se doit d'être appréhendé avant tout comme l'un des symboles d'un genre musical ayant su faire fi de l'ostracisme médiatique... Car, soyons honnêtes, la place historique de Tales From The Lush Attic importe davantage que sa qualité intrinsèque dans sa renommée présente. En dépit de superbes moments qui semblent annoncer à tort une carrière pléthorique, ces «contes du grenier luxuriant» illustrent finalement assez logiquement les errances d'un jeune groupe confronté à un passé étouffant et à un futur à inventer...
The Wake
GEP - 1985 - 56:43
1984
est une année
très créative. IQ compose au
printemps de nouveaux morceaux («The Magic
Roundabout», «Widow's Peak» et
«The Thousand Days») qu'il rode sur
scène lors de concerts réguliers. Mais au
début de l'année suivante, le groupe
délaisse ces derniers pour achever l'écriture de
son second album. Cette fois, il s'agit d'une œuvre
conceptuelle. Nicholls s'attache à raconter ce que devient
l'âme humaine après la mort. Sa réponse
est claire : la réincarnation... Chaque titre de The Wake
raconte ainsi une étape de ce processus, allant donc de la
mort («Outer Limits») jusqu'au début
d'une vie nouvelle («Headlong»). L'album est
enregistré en avril/mai et sort en juin.
La musique découverte ici confirme les sentiments éprouvés à l'écoute de Tales From The Lush Attic. Par le gain de maturité dont il fait preuve, The Wake nous permet d'examiner les carences de son prédécesseur avec encore plus d'acuité. Ne croyez pas cependant qu'il existe entre ces deux albums un gouffre d'inspiration et de mise en forme. Ils relèvent même d'une démarche musicale similaire, consistant à nourrir les valeurs progressives originelles d'éléments plus en adéquation avec les années 80. En fait, tout paraît simplement mieux structuré, permettant ainsi aux morceaux (plus courts dans l'ensemble) d'offrir un visage plus cohérent. Le rock néo-progressif d'IQ s'est ainsi affiné, se laissant aller régulièrement à de puissants élans symphoniques. Les ambiances, dans la logique du concept, s'avèrent mélancoliques et soutenues par le chant bien plus en place de Peter Nicholls. L'influence de Genesis est toujours présente, mais mieux exploitée pour placer IQ sur la route d'une prochaine arrivée à maturité...
The Wake est ainsi une œuvre ouverte sur l'avenir, et ne se contente pas de nous faire d'hypothétiques promesses mais contient déjà quelques superbes certitudes. Le rock néo-progressif à l'anglaise est né. Son père, bien plus que Marillion ou Pendragon, s'appelle IQ...
Une grande tournée de promotion en première partie de Wishbone Ash se tient en juin 1985.. Le mois suivant, la mauvaise nouvelle tombe : Peter Nicholls quitte le groupe après un dernier concert au Marquee (le 13 exactement, dans le cadre du Live Aid). L'explication est d'ordre plus personnel que musical : depuis quatre ans, les membres d'IQ vivaient dans le même appartement, et ce régime avait fini par exacerber les tensions. Nicholls ressent alors le besoin de prendre ses distances avec cette atmosphère étouffante. Il forme le groupe Niadem's Ghost, à la musique volontairement éloignée de celle d'IQ, en compagnie de l'ex-guitariste d'Atmo & The Spheres (l'un des groupes montés à la suite de son départ de The Lens en 1979), Dave Bennett.
Une page de l'histoire d'IQ est tournée. Beaucoup d'observateurs de l'époque pensent alors, litanie récurrente du monde progressif, que le groupe aura bien du mal à se remettre du départ de son chanteur...
Nomzamo
Squawk / GEP - 1987 -
48:12
IQ
ne tarde pas à trouver un remplaçant à
Peter Nicholls, dont le nom est officialisé en octobre :
Paul Menel. Afin de le présenter à ses fans, le
groupe sort un double album, Nine In A
Pond Is Here (sorte de compilation mi-live, mi-studio
pressée à 1000 exemplaires et comportant divers
inédits ou faces B de 45 tours), dont les trois
premières faces sont enregistrées lors des
répétitions en vue d'une longue
tournée anglaise en première partie de Magnum
(nov/déc). La quatrième (souvent exclue des
pressages, ou en tout cas non gravée. Et
carrément absente sur la version CD...) réunit
diverses compositions plus légères
(euphémisme !), essentiellement dues à Mike
Holmes.
Après
la signature d'un
contrat avec le label Squawk en 1986 (sous-label de Vertigo/Polygram), IQ met en chantier
un troisième album. En août sort sur le label
Samurai, sans l'autorisation du groupe, le live Living Proof,
bande sonore d'un concert diffusé à la
télévision, enregistré le 13 mai 1985
(donc avec Peter Nicholls). Devant le succès de l'album, IQ
décidera néanmoins de le
rééditer en CD quelques années plus
tard. Peu de concerts seront finalement joués en 1986, ce
qui fait de cette année une période peu glorieuse
pour le groupe anglais...
Nomzamo parait en avril 1987. Le titre est un hommage à Winnie Mandela, femme de Nelson (le sujet prêterait aujourd'hui à polémique...), dont le vrai nom est Nomzamo Winnifred Mandikizela. Première et rapide constatation : les valeurs musicales exposées ici par IQ ont considérablement changé... Le groupe semble en effet constamment hésiter entre ambition progressive et tentations commerciales. Le nouveau chanteur, bien meilleur technicien que son prédécesseur, participe à ce tiraillement en nous abreuvant de séquences chantées parfois sirupeuses. Mais n'accablons pas le nouveau venu (d'autant plus qu'il est indéniablement un très bon vocaliste), il n'est certainement pas le seul responsable de cette déplorable évolution. Nous sommes donc confrontés à un album bâtard, créant une dichotomie entre titres inconséquents («No Love Lost», «Promises» ou «Screaming») honorant sans flamme le sempiternel couplet-refrain, et compositions ambitieuses et superbes comme «Nomzamo», «Human Nature» et surtout «Common Ground» (qui relate la première bataille de la Somme en 1916, et l'hécatombe qu'elle provoqua).
Avec Nomzamo, IQ a tenté le pari de la réussite commerciale. On ne peut bien sûr lui en tenir rigueur, d'autant plus qu'il lui fallait rebondir après le départ de Nicholls et que cette tentative a su ménager le public des deux premiers albums. Néanmoins, cette formule artistique hybride s'avère des plus instables, et semble inviter le groupe (peut-être malgré lui...) à opter pour une évolution encore plus affirmée...

