ENTRETIEN AVEC MATS JOHANSSON
L'intitulé
de ce septième album, MIND - Volume
1, suggère un nouveau départ, au
moment où Isildurs Bane fête son
vingtième anniversaire. As-tu déjà une
idée précise du contenu des volumes à
venir ?
Nous avons déjà assez de matière pour plusieurs autres albums, mais j'ignore combien il y en aura. La nature même du projet fait que nous ne sommes pas les seuls à en décider... MIND représente pour Isildurs Bane une façon totalement nouvelle de travailler, un moyen d'élargir considérablement nos horizons artistiques. En gros, alors que jusqu'à maintenant nous allions en studio pour enregistrer des morceaux que nous avions répétés et joués en concert, pour MIND c'est pratiquement le contraire : nous commençons en quelque sorte avec une «page blanche», et nous laissons les choses se faire d'elles-mêmes...
Plus que jamais, en lisant les notes de pochette, on a l'impression que le travail d'Isildurs Bane possède, sur scène notamment, une dimension extra-musicale très importante. Penses-tu que la musique ne peut se suffire à elle-même ?
Il nous arrive encore de donner des concerts «traditionnels», à six, sans effets, mais nous trouvons que les effets sonores, les décors etc. sont importants au même titre que la musique. Certaines personnes sont rebutées par cet aspect car elles pensent, effectivement, que la musique devrait suffire. D'autres, au contraire, pensent que ça la met mieux en valeur... Pour nous, c'est avant tout un moyen de lui insuffler davantage de vie...
Depuis Cheval, vous travaillez régulièrement avec des ensembles classiques. Est-il facile d'établir une collaboration fructueuse avec ce milieu que l'on dit souvent très cloisonné et réputé pour son aversion à l'égard de tout ce qui a rapport avec le rock ?
Non, c'est effectivement très difficile ! Je veux dire... Pourquoi un orchestre symphonique jouerait-il la musique d'Isildurs Bane, alors qu'il n'a même pas les fonds nécessaires pour jouer son propre répertoire ?!? Je vous recommande, au sujet de la collaboration entre musiciens de rock et de classique, la lecture de l'autobiographie de Frank Zappa, et en particulier les chapitres «Orchestral Stupidity, #1 & #2». Tout ce qu'il y raconte ou presque nous est arrivé... Mais heureusement, ça semble s'améliorer, surtout depuis que Joachim Gustafsson est devenu notre violoniste. Il est chef de l'orchestre de l'Opéra de Göteborg...
Il semble qu'Isildurs Bane bénéficie de subventions de l'Etat suédois, ce qui peut paraître étonnant vu de France. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
Les Suédois et les Français ont une attitude très différente à l'égard de ce qui touche à la culture. Ici, la culture c'est uniquement quatre choses : la danse, l'art plastique, le théâtre et la musique. Chez vous, c'est beaucoup plus large, me semble-t-il : ça inclue tout aussi bien la nourriture, le vin, l'architecture et même la publicité [ndlr : ?!]... Mais parallèlement à cela, il y a en France une sorte d'élite culturelle qui, seule, a accès à cette culture, et tout en bas de l'échelle, beaucoup de laissés pour compte, beaucoup de musiciens qui n'ont que la rue où jouer par exemple. En Suède c'est complètement différent : il y a peu d'artistes en haut et en bas de l'échelle, et énormément au milieu, tout un tas d'artistes qui parviennent à vivre raisonnablement de leur art. C'est pourquoi il y a en Suède des opportunités qu'il n'y a pas chez vous pour certaines formes d'art de s'épanouir. Par exemple, environ soixante groupes de rock bénéficient comme nous de subventions afin d'organiser des concerts ou des tournées. Sans cet argent de l'Etat, Isildurs Bane n'aurait sans doute pas duré ainsi depuis vingt ans... Et c'est la même chose pour de nombreux musiciens de jazz, des orchestres symphoniques, des opéras, des bibliothèques... Bref, la Suède et la France ont des politiques culturelles très différentes, mais chacune a ses aspects positifs et négatifs...

