BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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MAGMA (4/6) - Suite >

1985-92 : Eclipse partielle

Fatigué et ressentant le besoin de se ressourcer, Vander va alors mettre Magma en sommeil et s'investir dans d'autres groupes.

En premier lieu, Offering, dont Vander lui-même a dit qu'il s'agissait d'une version light de Magma. Grâce à une section de percussions renforcée par Pierre Marcault et à l'appoint systématique d'un autre batteur, Marc Delouya, il va pouvoir s'y consacrer au chant et au clavier comme jamais auparavant et montrer que, là aussi, il est unique et inimitable. L'inspiration, si elle passe toujours par ces longs développements répétitifs, est moins agressive que dans le répertoire Magma, et affirme une tendance jazz nettement plus marquée. La langue elle-même s'adoucit avec des intonations moins gutturales évoquant davantage les cultures africaines.

Trois albums, dont un double, ont été publiés à ce jour. Le premier, Offering 1 & 2, est le plus réussi de par son homogénéité qualitative. Le deuxième comporte un morceau digne du plus grand Vander, «Ehn Deis», qui  développe sur cinq minutes de rêve une magnifique mélodie accompagnée d'une flûte enchanteresse. En revanche, la pièce de résistance, très longue, trop sans doute (44 minutes !), malgré de beaux moments, laisse un peu l'auditeur sur sa faim. Le troisième, A Fiièh, pose le même problème que son prédécesseur. Quatre courts morceaux, tous intéressants, voire superbes, comme cet inspiré «Hymne Kobaïen» à l'harmonium et l'excellent morceau titre ne suffisent pas à compenser le ratage complet de «Purificatem» : un long délire sans substance qui n'arrive jamais à décoller.

De l'aveu même de son leader, Offering était un groupe difficile à mettre en œuvre. Avec Magma, rien n'était laissé au hasard. Chaque note était écrite et la musique avait une existence presque autonome qui emportait tout sur son passage et pouvait tolérer un passage à vide de l'un de ses interprètes. Ce n'était pas le cas pour Offering, qui fonctionnait sur des structures beaucoup plus lâches en laissant la part belle à l'improvisation.

Dans le même temps, Vander va enregistrer et jouer dans un circuit plus classiquement jazz avec trois autres orchestres qui vont lui permettre d'assouvir sa passion du jazz coltranien pour lequel il se sent enfin mûr : Alien Quartet (avec Mickey Graillier au piano), Welcome (une expérience sans lendemain, trop difficile à gérer musicalement avec sa formation en septet à deux batteries et deux basses) et le Trio.

Cette période sera aussi pour lui l'occasion de travailler à quelques projets parallèles, comme D'Epreuves D'Amour, en 1991,  le très beau disque de Stella, qu'il va produire et dont il écrira trois morceaux. Ou À Tous Les Enfants, album de comptines à la «sauce» Magma, qu'il estime pour sa part être son œuvre la plus aboutie : «Le témoignage le plus clair, et le plus expressif de mon travail à ce jour.» On peut lui préférer To Love, un très bel album intimiste, dédié à son ami Jean-Paul Fenneteau, disparu peu avant. Livré à lui-même, il y improvise au cœur de la nuit, en s'accompagnant seul au piano, six titres où il délivre des trésors d'émotion et de poésie.

Tous ces disques seront produits par Seventh Records, le label créé par Stella Vander et Francis Linon en 1987. Conçu au départ pour promouvoir l'œuvre de Vander, le label a élargi sa production et son catalogue compte aujourd'hui une cinquantaine de références.

1992 : Le retour

À partir de 1992, Christian Vander, poussé par une Stella convaincue de l'intérêt de la formule, va faire renaître la «bête» par le biais de Magma-Les Voix. Cette formation, comme son nom l'indique, reprend le répertoire du groupe mythique avec une importante section vocale où l'on retrouve, entre autres, la propre fille de Vander, Julie, ainsi que Stella, Alex Ferrand et Jean-François Déat. L'accompagnement instrumental est réduit à Simon Goubert et Pierre-Michel Sivadier aux pianos, Philippe Dardelle à la contrebasse et un Vander qui délaisse souvent la batterie pour se consacrer au chant. Au niveau line-up, c'est en fait la dernière mouture d'Offering qui est en partie reconduite.

En 1995, Seventh Records va organiser une somptueuse fête en région parisienne pour les 25 ans de Magma : cinq heures d'un magnifique et parfois étonnant spectacle. En particulier avec cette version écourtée de «Mekanïk», chantée par une chorale... d'enfants ! La cérémonie se terminera avec Magma-Les Voix. D'abord comme chef de chœur et chanteur, puis comme batteur, Vander va entraîner sa troupe dans un enchaînement terrassant de "Wurdah Itah" et de "Mekanïk Destruktïw Kommandöh". Magique.

En décembre 1996, c'est un Magma électrifié et au grand complet qui reprend la route pour aller porter la bonne parole à la France entière (cf. Big Bang n°18). Il n'a pas cessé depuis, traversant même l'Atlantique pour aller enflammer nos amis américains lors du Progfest de 1999.

Magma est désormais constitué de Stella Vander, Isabelle Feuillebois, Jean-Christophe Gamet et Antoine Paganotti au chant, Philippe Bussonnet à la basse, James Mac Gaw à la guitare, Emmanuel Borghi au piano électrique et, bien sûr, le maître à la batterie, aux claviers et au chant. À l'automne 1998, Magma réalise le premier enregistrement studio sous cette formation (il faudra attendre 2004 pour en découvrir la suite probante : voir notre chronique de Kohntarkosz Anteria) : un CD single comportant un titre de Bussonnet, «Flöë Essi 'La Fille De La Mer'» et un de Vander «Ektah 'Le héros'» dédié à Jean Marais.

En dehors du grand plaisir que l'on peut éprouver à ces retrouvailles, il est difficile de tirer de grands enseignements de ces trop courts titres. Tout au plus pourra-t-on noter, à l'écoute de «Flöë Essi», qu'il semble bien, une fois de plus, que Christian Vander n'ait pas réussi à trouver un compositeur à même de reprendre le flambeau. Il est bien le seul et unique détenteur de cette magie qui nous fait rêver depuis maintenant plus de trente ans...

Jean-François PÉNICHOUX

(dossier publié dans Big Bang n°35 - Mai 2000)

A consulter également, en complément de ce dossier, la chronique suivante :

"KA" (2004)


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