BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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MAGMA (5/6) - Suite >

AKT et autres inédits

«Archives sonores, documents personnels, concerts mémorables ou 'folie' en studio, au noir de la nuit, parfois enregistrés avec les 'moyens du bord'». C'est ainsi qu'est présentée la série des AKT dont Seventh Records a entrepris l'édition. Paradoxalement, et malgré les petites faiblesses techniques que l'on peut noter par endroits, c'est dans certains de ces enregistrements que l'on pourra savourer le mieux la «folie» Magma. Ainsi, l'extraordinaire «Zëss», sur l'AKT V où, pendant une demi-heure, la machine va dérouler un tempo hallucinant, en constante accélération, et tout emporter sur son passage.

Autant de témoignages qui permettent de se rendre compte à quel point Vander réinventait constamment sa musique et la place de son instrument dans cette dernière. En outre, Seventh Records ayant récemment augmenté sa production de façon sensible, ces disques fournissent une excellente réponse aux cassettes pirates qui circulent ça et là.

Pirate semi-officiel datant de 1977, Inédits a rejoint le catalogue Seventh Records lors de sa réédition en compact. Il s'agit d'une compilation de courts morceaux, d'intérêt divers, enregistrés lors de répétitions ou de concerts entre juin 1972 et janvier 1975. Deux titres méritent d'être mentionnés : «Om Zanka» pour le travail enthousiasmant du batteur et «Gamma Anteria» pour son  dynamisme. À signaler également, pour ceux qui goûtent ce genre d'exercice, deux solos de basse de Janik Top, les deux seuls jamais enregistrés, paraît-il.

Simples, comme son nom l'indique, regroupe les titres courts édités à l'origine en 45 tours par une maison de disques qui rêvait sans doute de hit parade. Le CD est court également, puisque ne comprenant que cinq morceaux, dont la première mouture de «Mekanïk» avec son étonnante introduction bossa-nova, et le très beau «Klaus Kombalad», à l'origine un thème de quelques notes tirées de «Rïah Sahïltaahk».

En 1980, Vander, Top, Wideman et Lockwood unissent à nouveau leurs efforts dans un projet commun, Fusion. Malheureusement, le résultat est d'emblée hypothéqué par les problèmes d'ego et de divergences musicales et tout ce sur quoi les musiciens semblent parvenus à se mettre d'accord est une sorte de jazz-rock sans saveur, quoique magistral et surpuissant, qui tourne un peu à vide.

Quelques mots, pour finir, sur deux albums de sinistre réputation et dont Vander ne veut plus entendre parler : deux escroqueries dues à un certain Gilson, qui a exploité sans vergogne sa naïveté et sa gentillesse : Palm (où Gilson, Cahen et Catoire ont improvisé sur des rythmes et des chorus joués par Vander dans un contexte tout différent) et Fiesta In Drums. Ce dernier était assez recherché car il contenait la seule trace sur vinyle d'un exercice en solo du batteur. La sortie récente de Korusz lui a heureusement retiré le peu d'intérêt que l'on pouvait lui trouver.

Le Kobaïen et la mythologie magmaïenne

Autant que la musique, c'est le langage véhiculé par le groupe qui a contribué à en asseoir l'originalité. Il suffit, pour s'en convaincre, d'écouter le dernier album, Merci, où bon nombre de morceaux sont chantés en anglais. Avec l'apport de ces sonorités tellement associées pour nous à un certain type de rock, c'est une bonne part de la magie Magma qui s'évapore.

Vander s'est longtemps méfié et se méfie encore du langage, trop de mots ayant été salis, selon lui, par l'usage et la médiocrité de la race humaine, la race maudite aux actes perfides et grossiers, comme il le clame dans l'introduction de Mekanïk.

Quand il s'est enfin décidé à exprimer ce qui bouillonnait en lui, il l'a fait à sa manière, dans une langue inventée, puissamment évocatrice et d'une grande poésie, le kobaïen (un dictionnaire officieux, d'une centaine de mots, est consultable sur le site d'un fan : http://zeuhl.free.fr/Dico.htm).

L'œuvre de Vander s'articule autour de deux cycles principaux, Theusz Hamtaakh et Emëhntëht-Rê. De ce dernier, laissé inachevé, on ne connaît que le premier mouvement, «Köhntarkösz», ainsi que des extraits disséminés dans divers albums : «Hhaï» sur les live, «Zombies» et le morceau titre sur Udü Wüdü, ainsi qu'un bonus track de cinq minutes sur la réédition en compact du même Udü Wüdü. En revanche, Theusz Hamtaakh a été mené à son terme, et l'on ne peut que rester pantois devant la puissance et la cohérence du résultat final. Sans parler de son ampleur, puisque cette fresque monumentale s'étale sur pas moins de trois albums. «Theusz Hamtaakh» (Le Temps de la haine), sur le disque Retrospektïw 1 & 2, en est le premier mouvement, «Wurdah Itah» (La Mort de la Terre), le deuxième, et «Mekanïk Destruktïw Kommandöh» (Commando mécanique destructeur), le dernier. À noter que celui-ci s'achève par le fameux sifflement aigu, symbole chez Magma de la présence du Kreühn Köhrmahn, seigneur de toutes choses.

Le courant Zeuhl

L'irruption de Magma va être un tel électrochoc que la scène française en sera métamorphosée à jamais. De façon directe, tout d'abord, puisque les musiciens de la Zeuhl vont littéralement «inventer» le circuit rock : jouant dans des lieux où l'on n'avait jamais tenu de tels spectacles auparavant, comme les MJC, les lieux associatifs, ou certains bars, puis dans les théâtres ou les grandes salles de cinéma quand leur popularité sera telle qu'ils pourront rassembler plus de 1000 personnes sur leur seul nom dans n'importe quelle ville de France de moyenne importance.

Sur un plan plus spirituel ensuite, puisque le groupe sera à l'origine de l'éclosion d'un véritable mouvement musical, le courant Zeuhl. Weidorje, créé par Paganotti, Zao, le Neffesh Music de Yochk'o Seffer, Xalph, Verto ou Potemkine, pour ne citer que les plus intéressants, ont également tenté d'apporter un air neuf au rock d'ici. Aujourd'hui, tous ces noms ne se conjuguent plus qu'au passé et il ne reste de cette épopée que le souvenir d'une formidable explosion et d'un non moins formidable espoir, dont le moins que l'on puisse dire est qu'il n'a pas été fécondé. Dans le même temps, il est parfois étonnant de voir à quel point cette musique a continué d'essaimer, puisqu'on peut la retrouver dans les œuvres d'artistes aussi différents que les groupes japonais Happy Family et Bondage Fruit, ou l'ex-guitariste de Police, Andy Summers !


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