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MIKE OLDFIELD (2/4) - Suite >

"Liberation - I Got Rhythm” (1979-1982)

Après l’apothéose d’Incantations, le live Exposed sonne comme un premier bilan, la fin d’une première période de création artistique. Dans un souci de renouvellement tout à fait louable, Mike Oldfield va modifier son style, l’enrichir de nouveaux apports en condensant en partie son propos, avec une certaine tendance, parfois, à le «popiser», une évolution guère surprenante en cette première moitié des années 80. «Guilty», le single qui sort en mars 1979 témoigne de cette volonté de changement dans la continuité, puisque la rythmique et les sons de claviers y sont influencés par la disco, alors omniprésente sur les ondes. Platinum, le cinquième album du musicien, à la très belle pochette, est à cet égard un tournant. Il confirme le style d’Oldfield tout en durcissant le propos vers une tonalité plus rock, avec de surcroît de légères influences jazz. Les longues suites commencent à céder la place à des compositions plus resserrées, et même à des chansons plus conventionnelles. C’est le cas de «Into Wonderland» - faussement nommé «Sally» sur le CD - (chanté par Sally Cooper, alors épouse de Mike), au rythme légèrement disco (avec un petit solo de clavier central et des chœurs plutôt amusants), et de la reprise de Georges Gershwin, «I Got Rhythm», chantée par Wendy Roberts. Pour les instrumentaux, si l’éthéré «Woodhenge» se rattache clairement à l’atmosphère d’Incantations (avec quelques notes de cloches tubulaires en guise de clin d’œil), «Punkadiddle» est un morceau rock saccadé, une amusante parodie de la musique punk dont Mike Oldfield critique le refus de la technique et des compétences musicales (des vocalises quasiment cosaques ponctuent même toute une partie de la composition !).

Mais le cœur du disque est incontestablement l’excellente suite «Platinum», longue de presque 20 minutes, et inspirée d’une série de compositions de Philip Glass, intitulée «North Star» (qui accompagnait un documentaire consacré au sculpteur Mark Di Suvero). Articulée en quatre parties enchaînées, elle illustre à merveille le côté plus électrique désormais privilégié par Oldfield : «Airborne» est entraînant, avec un son de clavier plus moderne, et «Platinum» carrément agressif, voire hard, et relativement répétitif. Le contraste avec la troisième partie n’en est que plus saisissant, puisque «Charleston» est une variation surprenante et réussie de la célèbre danse. «Platinum Finale (North Star)», enfin, est un final très mélodique, avec solo de guitare, où l’empreinte de Philip Glass est la plus sensible. Les marques du style Oldfield sont en tout cas toujours décelables : xylophone, guitare aiguisée, arrangements soignés, chœurs planants, même si la batterie est mise bien plus en avant, tout comme la basse dans une moindre mesure (elle est quasiment funky sur «Platinum»). Pour la première fois, l’album est enregistré à la fois en Angleterre et aux Etats-Unis. Si les musiciens qui l’assistent dans cette nouvelle œuvre ne constituent pas encore un groupe stable, on peut relever le retour de Pierre Moerlen à la batterie et au vibraphone, et de David Bedford pour la direction des chœurs, sans oublier Tom Newman à la production. Sorti en novembre 1979, l’album restera neuf semaines dans les 20 meilleures ventes de disques. Un single comportant un extrait de l’album en face B, «Woodhenge», sort à la fin de l’année, avec le morceau inédit «Blue Peter» en face A, un titre agréable composé pour une série télévisée enfantine, et dont les bénéfices sont versés à perpétuité pour aider le Cambodge.

L’année suivante, l’album QE2 (abréviation de Queen Elizabeth II, le yacht royal, qu’évoque la pochette minimaliste) voit le jour. Il poursuit la démarche déjà à l’œuvre avec Platinum, mais dans une optique moins âpre et plus accessible. L’album est produit et enregistré par Mike Oldfield et David Hentschel, producteur de Genesis depuis A Trick Of The Tail jusque Duke, cette même année 1980. Ce n’est donc pas un hasard si on trouve sur ce nouveau disque des sonorités synthétiques de boite à rythme mises à l’honneur dans Duke, qui rendent une partie de l’album légèrement datée. Phil Collins en personne vient d’ailleurs tâter des fûts sur les titres «Taurus 1» et «Sheba», avec sa frappe solide et percutante si reconnaissable. Le plus long morceau ne fait cette fois que dix minutes, et les huit autres titres oscillent entre 3 et 7 minutes. Si le talent mélodique est toujours au rendez-vous, on remarquera que le long «Taurus 1» a comme un air de déjà entendu, ce qui ne l’empêche pas d’être prenant, alternant parties délicates et passages plus relevés. Une innovation est toutefois à signaler : l’utilisation d’un vocoder, tout comme sur «Sheba» et le dépouillé et anecdotique «Molly», hommage à la fille de Mike. Des titres comme le bouillant «Conflict» ou le riche «QE2», avec ses cuivres très présents, se situent dans la droite ligne de Platinum, confirmant la créativité du musicien. «Mirage», très progressif, évoque de son côté la «Part Three» d’Incantations, une manière supplémentaire de montrer que Mike Oldfield ne renie absolument pas son passé. «Wonderful Land», quand à lui, est une version instrumentale du titre des Shadows, un des groupes qui marqua l’enfance de Mike. De même, «Arrival» est une reprise du groupe scandinave Abba, avec percussions exotiques et chœurs lancinants.

Cet album marque enfin l’entrée dans l’entourage artistique de Mike Oldfield d’une chanteuse à la voix d’or, Maggie Reilly, issue du groupe Cado Belle, qui traversera avec lui cette première moitié des années 80, et sera associée à ses plus grands tubes. «Sheba» est d’ailleurs le précurseur des «Moonlight Shadow» et autres «To France», avec une mélodie et un timbre de voix irrésistibles (les paroles, cependant, sont de simples onomatopées); dans un registre similaire, «Celt» se révèle moins attractif, faute sans doute d’un air suffisamment varié. Parmi les autres musiciens, Tim Cross aux claviers, Morris Pert et Mike Frye à la batterie accompagnent Mike Oldfield sur la tournée qui s’ensuit, constituant un groupe provisoire autour du guitariste. QE2, nouveau mariage réussi du style classique d’Oldfield, de son exubérance instrumentale maintenue et de sonorités plus modernes, avec une place accrue et confirmée pour la guitare électrique, connaît un succès similaire à Platinum, et se voit complété par la sortie de deux 45 tours, l’un avec «Arrival», l’autre, qui n’aura pas de réel succès, avec «Wonderful Land».

1981 est l’occasion pour Mike Oldfield de composer une marche nuptiale en l’honneur du mariage du Prince Charles et de Lady Diana Spencer (elle fut interprétée au London’s Guilhall) et de passer son brevet de pilotage d’avion (il avait déjà en poche celui d’hélicoptère, acquis en 1979). Ce n’est donc pas un hasard si sa nouvelle réalisation studio a comme titre Five Miles Out, avec un avion de type Beech 18 qui orne la belle pochette. Un album qui est une vraie réussite, plonge ses racines dans les longues suites des années 70, et ses cimes dans la musique plus pop et légère des années 80. Au rang des premières, «Taurus II», morceau de près de 25 minutes, sur lequel Paddy Moloney, une des «stars» d’Ommadawn, effectue son grand retour. Les variations d’ambiances y sont nombreuses, les percussions particulièrement vivantes, le chant et les vocalises de Maggie Reilly d’une grande pureté, et bien que l’exubérance instrumentale de jadis soit remplacée par une place prééminente de guitares échevelées et des claviers diversifiés, la finesse des arrangements reste un gage sûr de qualité.

Pour le côté plus contemporain, on citera l’inégal «Orabidoo» (13 minutes au compteur), qui oscille entre inconsistance dans la première moitié et inventivité dans la seconde, ou le tubuesque «Family Man» (deux compositions d’ailleurs écrites par l’ensemble des musiciens), chanté par Maggie Reilly, qui creuse à nouveau dans le sillon plus commercial initié dans Platinum et poursuivi avec QE2. Mais l’autre «hit» potentiel de l’album, «Five Miles Out», qui reprend le thème principal de «Taurus II», se révèle bien moins traditionnel et nettement plus séduisant grâce à une structure changeante et diverses allusions aux albums précédents du guitariste (dont la voix chargée de Tubular Bells). C’est d’ailleurs le seul morceau de l’album à être co-interprété par Mike Oldfield pour le chant, enregistré et produit en outre avec Tom Newman. Les paroles lui en ont été inspirées par un orage vécu en vol au-dessus des Pyrénées espagnoles (on pense au succès de Mort Schuman «Allo Papa Tango Charlie», en plus grave). Quand à «Mount Teidi», sur lequel Carl Palmer et son jeu débridé succèdent à Phil Collins, il développe un thème ascendant et répétitif relativement plaisant, très évocateur de «Taurus 1». En dehors des invités déjà cités, c’est le même groupe que sur QE2 qui est de la fête, avec un nouveau venu, Rick Fenn, aux guitares. Paru au début de l’année 1982, il s’inscrit dans les 10 meilleures ventes d’albums, ce qui ne s’était plus produit depuis Ommadawn, et reste six mois durant dans le classement. Les deux singles sortis sont, sans surprise, «Family Man» (dont une reprise par Daryl Hall et John Oates connaîtra un succès certain) et «Five Miles Out». Cette même année 1982, Mike Oldfield fait son entrée dans le Who’s Who britannique.

Avec ses trois albums studio parus depuis 1979, Mike Oldfield a donc réussi à faire évoluer son style en le modernisant, et sans le simplifier à outrance. Le reste de la décennie des années 80 ne sera pas aussi positif, même si certains succès artistiques méritent d’être signalés, et globalement, la musique du jeune adulte (il atteint alors juste la trentaine) se simplifiera, dans une optique de plus en plus pop et commerciale.

«Crises» (1982-1989)

De novembre 1982 à avril 1983, après avoir vécu pendant neuf mois à Saint Paul de Vence, Mike Oldfield enregistre en Angleterre Crises, son huitième album studio, qui sort en 1983 : ce sera celui de la consécration commerciale. Le titre lui en fut inspiré par l’assassinat de John Lennon. Pour le réaliser, il a remanié une partie du groupe qui l’entourait jusqu’alors. Maggie Reilly et Rick Fenn sont les seuls à conserver leur poste, et Pierre Moerlen est même rappelé pour jouer du vibraphone sur «In High Places». Parmi les nouveaux arrivants, on remarque Phil Spalding, futur bassiste de GTR, et surtout l’excellent batteur Simon Phillips, qui collaborera avec Mike jusqu’en 1991, sur Heaven’s Open. Non content de s’occuper de la batterie et des percussions (dans un style que Mike voulait proche de celui de Robert Wyatt), il produit également l’album avec le maître de cérémonie. C’est sans doute ce qui explique en partie le son très policé, propre et lisse de l’album, presque FM. Celui-ci est divisé en deux grands ensembles : un long morceau éponyme d’une vingtaine de minutes, et quatre chansons plus calibrées, auxquelles il convient d’ajouter l’instrumental «Taurus 3», qui conclut la série entamée sur QE2 par une démonstration de guitare hispanisante de très bon niveau.

«Crises» est une suite inégale mais percutante et efficace, qui reprend plusieurs des thèmes développés dans des albums antérieurs (celui de Tubular Bells, ou de «Platinum» dans une version plus musclée), et voit Mike Oldfield intervenir à deux reprises pour un chant guère convaincant. Les synthétiseurs ont acquis une place importante, mais la variété instrumentale est toujours présente, et «Crises», facette modernisée du style Oldfield, en plus d’être le meilleur morceau du disque, peut sans rougir être placé à côté d’un «Taurus 1», malgré ses faux pas au chant, un son de batterie parfois un peu trop impersonnel et une moindre inspiration dans les thèmes agencés (ce qui le rend inférieur à «Platinum» ou «Taurus II»). Si Maggie Reilly, pour la partie chanson, interprète deux titres, le fameux et entraînant «Moonlight Shadow» (une allusion au film Houdini) et son appréciable solo de guitare en deux temps, et «Foreign Affair», plus planant et répétitif, qu’elle a co-écrit, deux grands noms viennent faire bénéficier Mike Oldfield de leur talent. Le moindre n’est pas Jon Anderson, célèbre chanteur de Yes, remis alors au goût du jour avec le succès du tube «Owner Of A Lonely Heart». Il permet à «In High Places», dont il co-signe les paroles, de devenir plus qu’un simple morceau de variété. Autre invité de marque, Roger Chapman, ancien chanteur du groupe Family et des Streetwalkers, qui interprète «Shadow On The Wall» avec sa voix rauque si caractéristique. Mike Oldfield et lui s’appréciaient depuis que le premier avait auditionné pour faire partie de Family au début des années 70. Ce single cartonna d’ailleurs en RFA. Le titre «Moonlight Shadow», sorti en 45 tours, resta classé dans les charts anglais quatre mois durant, et connut le succès planétaire que l’on sait.

Pour célébrer ses dix ans de carrière en solo, un grand concert est organisé au stade de Wembley, en juin 1983. Mike Oldfield crée également son propre label, Oldfield Music, symbolisé par la fameuse cloche tubulaire de la pochette de son premier album. Ce logo estampillera désormais ses réalisations solistes, et il produira même certains artistes comme son ami David Bedford pour Stars Clusters, Nebulae And Places In Devon / The Song Of The White Horse. La même année, un film est réalisé sur le thème de la conquête spatiale, avec des images de la NASA sur l’expédition lunaire Apollo et sur les expéditions en direction de Mars et Jupiter. The Space Movie a comme particularité d’avoir une bande son composée d’extraits de Tubular Bells, The Orchestral Tubular Bells, Hergest Ridge, The Orchestral Hergest Ridge, Ommadawn, et Incantations, dont quelques-uns ont été spécialement réenregistrés pour l’occasion.

Mais le succès de Crises, et surtout de «Moonlight Shadow», conduit les pontes de Virgin à demander à Mike Oldfield de rééditer un tel jackpot en écrivant davantage de chansons courtes et calibrées. Il n’est donc pas surprenant, dans ce contexte, de découvrir que le nouvel album studio du musicien, Discovery, sorti en 1984, est quasi exclusivement constitué de hits potentiels. Son titre est une référence au Fairlight, instrument récent dont Mike Oldfield se plait alors à utiliser les possibilités étendues. Le groupe qui l’entoure est donc réduit au minimum, puisqu’en dehors de Maggie Reilly et du chanteur Barry Palmer, seul Simon Phillips l’assiste, à la batterie et à la production. Il convient en tout cas de constater un appauvrissement de la qualité et de l’ambition. Si «To France», le grave et presque lyrique «Discovery» ou «Trick Of The Light», dynamique duo entre Maggie Reilly et Barry Palmer peuvent encore être considérés comme de la pop de luxe, ce n’est pas vraiment le cas des autres chansons, moins inspirées, voire carrément quelconques («Talk About Your Life» reprend même le thème de «To France»), d’autant que la voix de Barry Palmer ne possède pas un très grand charisme; quelques passages instrumentaux, comme sur «Poison Arrows», viennent toutefois rappeler que l’on est bien en présence d’un album de Mike Oldfield.

De même, le disque se termine avec «The Lake», un instrumental d’une douzaine de minutes, qui rappelle le passé glorieux du compositeur. «The Lake», dont le titre s’explique par le lieu de l’enregistrement de l’album (les Alpes suisses, près du lac de Genève), manque toutefois d’originalité, évoquant les deux premiers «Taurus», et distillant certains échos des premiers albums symphoniques dans le final; il demeure néanmoins plus marquant que la quasi-totalité des titres de l’album, et augure pour certaines sonorités du travail de Mike Oldfield sur The Killing Fields. Comme Crises, Discovery connaît un bon succès, puisqu’il  reste classé quatre mois dans les vingt meilleures ventes d’albums en Angleterre. Le morceau «To France», petit bijou de pop folkisante, inspiré par Marie Stuart, devient un tube à peine inférieur, sur le plan de la réussite commerciale, à «Moonlight Shadow». Une tournée s’ensuit à l’automne, avec Maggie Reilly, Barry Palmer, Simon Phillips, Phil Spalding, Harald Zuschrader au Fairlight et Mickey Simmonds aux claviers. Ce fut la dernière participation de Maggie Reilly à un album entier de Mike Oldfield; la belle mènera par la suite une carrière en solo avec deux disques pop sortis au début des années 90, Echoes et Midnight Sun, dont certains morceaux témoignent de l’influence musicale de Mike Oldfield

Pour ne pas laisser son côté le plus artistique frustré, Mike Oldfield compose en parallèle de Discovery la musique du film The Killing Fields (La déchirure), réalisé par Roland Joffé (inoubliable réalisateur de Mission), et produit par David Puttnam. Le film retrace avec sobriété et réalisme les trajectoires de deux journalistes, un américain et un cambodgien, qui assistent ensemble au retrait des forces américaines du Cambodge en avril 1975, et se retrouvent séparés avec l’arrivée au pouvoir des khmers rouges, dirigés par Pol Pot. Pendant que Sidney Schanberg, revenu aux Etats-Unis, fait son possible pour retrouver la trace de son ami et s’occuper de sa famille réfugiée, Dith Pran subit l’absurdité et les ravages de la politique des nouveaux maîtres du Cambodge… Ils parviendront finalement à se retrouver à l’occasion de la chute des khmers rouges au moment de la guerre avec le Vietnam, en 1979. La composition d’une bande originale de film est une première pour le musicien. Pour l’aider dans cette tâche, il rappelle son ami David Bedford, qui s’occupe des chœurs et des arrangements orchestraux (en plus d’écrire un morceau, «The Year Zero»). Morris Pert est également sollicité aux percussions sur un titre, «Etude», le générique de fin. L’album est enregistré en Angleterre, en RFA (pour les interventions de l’orchestre) et en Suisse. Un travail original qui nous montre un Mike Oldfield brillant de mille feux, capable d’agencer des partitions très variées, à travers lesquelles ont sent souvent l’influence de la musique extrême orientale («Good News»), et qui s’intègrent à merveille au métrage : l’inquiétant et quasi expérimental «Evacuation», répétitif et obsédant, qui accompagne le départ des troupes américaines de Pnom Penh, et dont on peut aussi rapprocher «Execution»; l’émouvant et profond «Requiem For A City», très classique dans l’ambiance, qui accentue le côté tragique de l’exode forcé des habitants; l’angoissant et saisissant «Pran’s Escape / The Killing Fields», sans oublier le «Pran’s Theme», mélodie à la fois simple et sensible, jouée au violon puis déclinée à plusieurs reprises durant le film. L’idéal, pour apprécier cet album particulier, reste cependant de voir le film, sorti en DVD. Cette bande originale de qualité sera même nominée aux Awards britanniques et américains.

Les deux années suivantes marquent une pause dans la carrière de Mike Oldfield, seulement ponctuée par la sortie d’une double compilation, The Complete (voir l’encart «Talk About Your Life») et la participation au Colombian volcano concert, un spectacle d’un soir, organisé au Royal Albert Hall, auquel participèrent David Gilmour, Chrissie Hynde, Annie Lennox ou Pete Townshend, afin d’aider la Colombie victime de l’éruption du volcan Nevado del Ruiz le 13 novembre 1985, qui fit 25000 victimes. Durant cette période, il ne reste pas inactif pour autant, s’intéressant de plus en plus à la combinaison entre vidéo et musique. Il va jusqu’à se faire construire à demeure un studio de montage extrêmement perfectionné, qui lui permet de construire lui-même le clip de son nouveau single, «Pictures In The Dark», chanté par la norvégienne Anita Hegerland (qui allait devenir sa compagne), à la voix proche de celle de Maggie Reilly, et Aled Jones. Puis c’est une autre vidéo, «The Wind Chimes», qui voit le jour en 1986, avant la sortie de l’album proprement dit, Islands. Comme il l’avait fait pour Crises, Mike Oldfield s’est entouré pour l’occasion de plusieurs invités de marque : Bonnie Tyler, Kevin Ayers, l’ex Roxy Music Andy MacKay au hautbois, Raf Ravenscroft du groupe Baker Street au saxophone, Max Bacon de l’éphémère supergroupe GTR en tant que choriste, sans oublier le fidèle Simon Phillips. Pierre Moerlen, Mickey Simmonds, Phil Spalding et Rick Fenn font également leur retour, et Anita Hergerland remplace Maggie Reilly pour le principal chant féminin, dont elle s’acquitte sur «The Wind Chimes» et trois chansons. Enfin, divers producteurs sont venus assister Mike Oldfield (dont Geoffrey Downes et Simon Phillips) pour aboutir à une qualité sonore rutilante, qui rend d’autant plus éclatante la médiocrité globale du contenu…

Seul le long instrumental «The Wind Chimes» suscite l’intérêt. Divisé en deux parties - mais la première n’est qu’un bref exposé orchestral du thème principal -, il fourmille de petites nouveautés sonores, possède de vrais passages inspirés (avec des petits clins d’œil à certaines œuvres passées), et anticipe sur une suite comme «Music From The Balcony»; pourtant, le manque de constance mélodique ne permet pas complètement de le hisser au niveau des meilleurs instrumentaux de Mike Oldfield. Pour le reste, les chansons proposées, accrocheuses en diable, nous montrent un compositeur noyé dans l’air du temps. Aucun génie ne se dégage de ces morceaux de variété presque quelconque, aux velléités commerciales patentes. «Islands», interprété par Bonnie Tyler, est poussif (avec un solo de saxophone plutôt hors sujet), «Magic Touch» agaçant, et «When The Nights On Fire» un brin naïf. L’album ne marche de surcroît pas aussi bien que Crises et Discovery, ne faisant qu’une brève incursion dans les 30 meilleures ventes d’albums en Angleterre.

On sent vraiment, à ce moment, que Mike Oldfield est en perte d’inspiration, et/ou qu’il ne parvient pas à s’extraire de la toile commerciale dans laquelle il s’est englué. Le pire, dans cette conjoncture, est atteint avec l’album suivant, qui sort en 1989. Earth Moving (un titre orienté vers la défense de l’environnement) est en effet un des pires albums réalisés par Mike Oldfield, une commande de Virgin dont il s’acquitte avec professionnalisme mais sans génie. Comme un symbole de son caractère en grande partie artificiel, la rythmique est entièrement synthétique. Seules quelques petites parties de guitare nous prouvent que l’on est bien en présence d’un album de Mike Oldfield. Là encore, comme pour Islands, les chanteurs qui apparaissent en guest stars ne suffisent pas à masquer la vacuité de la quasi-totalité des compositions, du sirupeux «Far Country» (initialement chanté par Fish !) au caricatural «Runaway Son», avec ses arrangements de cuivre conventionnels. Outre Anita Hegerland, et Maggie Reilly, de retour sur un titre («Blue Night», petite ritournelle sympathique), on note tout de même la présence de Adrian Belew, frontman de King Crimson, de Max Bacon, à nouveau, de la talentueuse Nikki «B» Bentley, et de Chris Thompson, chanteur du Manfred Mann’s Earth Band, qui suit les traces de Roger Chapman pour un quasi-remake de «Shadow On The Wall», intitulé «See The Light». Dans certains morceaux, toutefois, Mike Oldfield se livre en partie à travers les textes : «Holy» évoque ainsi ses relations avec son fils Luke (qu’il avait eu avec Sally Cooper), «Far Country» la naissance de sa fille Greta (sa mère étant Anita Hegerland), et «Nothing But / Bridge To Paradise» (un morceau globalement plus inspiré que les autres) ses rapports avec un ami victime de problèmes médicaux… Mais on ne peut que ressortir déçu et frustré de l’écoute de cet album purement variété. Le single issu de l’album est «Innocent», qui connaît un certain succès en Allemagne. Pourtant, Mike Oldfield souhaite prendre sa revanche sur cet album de concession : après la douche froide d’Earth Moving, ce sera la chaleur rayonnante d’Amarok


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