"Talk About Your Life» : le marché des compilations
Si
l’on ne tient pas compte
du coffret Boxed,
qui est, on l’a vu, bien plus
qu’une compilation, le premier récapitulatif de la
carrière déjà bien remplie de Mike
Oldfield date d’octobre 1979. Impressions
contient une bonne
moitié de Tubular
Bells, une autre d’Ommadawn, de
copieux extraits de Platinum
et plusieurs des singles sortis en
parallèle (dont «Guilty»). Les deux
années suivantes exploitent le filon, avec Airborn
en 1980
(semblable à la précédente, elle
remplace Ommadawn
par Incantations,
et évacue certains
titres singles), Into
Wonderland la même année
(avec des extraits de Tubular
Bells, Ommadawn, Exposed, Platinum et
QE2, sans
oublier quelques 45 tours) puis Episodes
en 1981. Il y a de
quoi arriver à saturation !
En 1985,
c’est
une double
compilation, The
Complete, réalisée par un
certain Dirk Hohmeyer, qui est publiée. Et cette fois, le
produit mérite plus qu’un détour. Il
est divisée en quatre parties qui proposent chacune une face
différente du style de Mike
Oldfield : «The
Instrumental Section», «The Vocal
Section», «The Complex Section» (pour les
longues suites des années 70, avec un extrait de The Killing
Fields en prime, le très réussi
«Evacuation») et «The Live
Section». Ce dernier ensemble est d’autant plus
plaisant qu’en dehors d’Exposed, Mike Oldfield
n’a édité aucun de ses concerts en CD.
Ici, ce sont des échantillons des tournées ayant
eu lieu entre 1981 et 1984 qui nous sont proposées,
«Sheba», «Mount Teide» (sic),
et surtout les enthousiasmants «Mirage» et
«Platinum» (sur un tempo
légèrement plus lent que dans la version studio).
Pour le reste, en dehors de l’inclusion de certains singles
comme «William Tell Overture» ou
«Guilty», on notera la présence de
quatre inédits, qui ne figuraient sur aucun album. Le
poignant «Jungle Gardenia», enregistré
en 1983, et le celtisant «Waldberg (The Peak)», en
1982, sont deux courts instrumentaux, tandis que
«Mistake», à l’air accrocheur,
interprété par Maggie Reilly, et le plus
anecdotique «Crime Of Passion», chanté
par Barry Palmer, illustrent le côté chanson de la
carrière de Mike
Oldfield. «Mistake» est
même incorporé à certaines versions de
l’album Crises,
sur lesquelles il remplace
«Moonlight Shadow». Enfin, pour mémoire,
on notera que «Shadow On The Wall» figure dans une
version légèrement plus longue que sur Crises,
qui n’apporte absolument rien au morceau.

The
Complete
est suivie, deux ans plus
tard, par A
Virgin Compilation, qui sort la même
année que le décevant Islands, avec pas
moins de
quatre titres issus de ce dernier, et sept autres morceaux,
essentiellement des hits des années 80 (seul un extrait de
Tubular Bells
représente la décennie 70). En
novembre 1993, c’est un coffret de quatre CDs,
intitulé Elements,
qui offre l’occasion de faire
un récapitulatif de la carrière de Mike Oldfield,
avec une jolie moisson d’inédits, tels
«Vivaldi», «The Path»,
«Polka», «Legend» ou
«Afghan», qui figuraient souvent en face B des 45
tours des années 80. Ce coffret est malheureusement
désormais très difficile à trouver. Un
CD simple, The
Best Of Elements, présente une
brève sélection du contenu de cette compilation
digne de Mike Oldfield.
Par ailleurs, un DVD Elements
est
prévu pour fin novembre et proposera
l’intégralité des clips de Mike
Oldfield avec quelques extraits live…
Lorsque XXV
sort en 1997, on retombe
dans l’exploitation du filon commercial, puisque cette
nouvelle sélection sur un disque
tend plutôt
à surfer sur la vague des remix, avec deux nouvelles
versions de «Sentinel» et «The
Bell», ainsi qu’un extrait du futur Tubular Bells
III. La dernière compilation en date est The Best Of
Tubular
Bells, un méli mélo
d’extraits des
différents Tubular
Bells, version originale, version orchestrale, version live, version reliftée (II et III),
avec de surcroît le titre éponyme de The
Millennium Bell. Une édition Virgin, qui a sans
doute vu
là un moyen supplémentaire de se procurer des
bénéfices.
La seule compilation véritablement incontournable est donc The Complete, que les inconditionnels peuvent - tenter de - compléter par le coffret Elements. Mais pour tous ceux qui préfèrent se lancer dans l’achat d’albums proprement dit, on conseillera tous les premiers disques, de Tubular Bells, version originale ou 2003, à Platinum, et une sélection comprenant Five Miles Out, Crises, Amarok, Tubular Bells II, The Songs Of Distant Earth et Tubular Bells III. Bonne écoute !
Tubular
Bells II et III
live (DVD)
Warner
Vision France, 1999
Le premier
DVD que Mike
Oldfield a sorti est en fait la
réédition de deux cassettes vidéo qui
étaient parues en 1992 et en 1998, et qu’il
s’est contenté de juxtaposer, sans aucun bonus, un
choix éminemment regrettable. Les seules
différences tiennent à la qualité
sonore, bien meilleure sur le support DVD, et au format
cinémascope. Voir Mike
Oldfield en concert justifie en tout
cas à lui seul l’achat de ce disque. Pour Tubular
Bells II, il est entouré d’une bonne
vingtaine de
musiciens, et suivre les partitions de chaque instrument - sans oublier
les quatre choristes - qui se superposent dans une véritable
mosaïque sonore est un vrai régal, qui confirme la
dimension symphonique de l’œuvre (un chef
d’orchestre est même présent !). La
réalisation respecte globalement les interventions des
divers musiciens, mais il est difficile de mettre tout le monde en
valeur (le morceau «The Bell» étant a
contrario l’occasion rêvée pour passer
tous les intervenants en revue !).
L’interprétation est fidèle
à la version studio, avec des variantes dans les parties de
guitares de Mike Oldfield,
un final en forme de reprise, et un ajout de
taille : l’intervention des gardes royaux
écossais, en costume d’apparat, sur
«Tatoo».
Tubular Bells III ne groupe «qu’une» douzaine de musiciens, à majorité féminine, parmi lesquelles on mentionnera la choriste noire Pepsi Demacque, qui avait travaillé avec le groupe Wham. Si la prestation est moins impressionnante que celle de Tubular Bells II, elle génère un certain nombre de moments magiques (le final en apothéose «Far Above The Clouds», en particulier, qui est répété deux fois), et donne l’occasion de voir des instruments plutôt surprenants (des verres d’eau, un bâton de pluie ou un violoncelle). Dans ces deux concerts, on découvre un Mike Oldfield qui vit pleinement sa musique, vibre avec ses compositions, et improvise quelques digressions bienvenues. Un DVD indispensable ! On attend désormais avec espoir la sortie de concerts antérieurs…

