LA PRÉHISTOIRE
PFM exista
d'abord, à partir du milieu des années 60, sous
le nom d'I Quelli («ceux-là»), et plus
occasionnellement sous celui d'I Krel. Le groupe est alors
constitué de Flavio Premoli (orgue), Francos Mussida
(guitare, principal compositeur), Giorgio Piazza (basse) et Franz Di
Cioccio (batterie). Tous les quatre se partagent les parties vocales,
lorsqu'ils n'officient pas comme groupe d'accompagnement pour divers
chanteurs comme Lucio Battisti, Adriano Celentano ou Fabrizio Di
André, comme substitut de studio pour de jeunes formations
peu expérimentées (Equipe 84, Dik Dik,
Camaleonti...) ou encore comme groupe de reprises (versions italiennes
de tubes de Traffic, des Turtles, etc.).
De fil en aiguille, les Quelli se taillent peu à peu une réputation d'excellence dans le milieu musical italien. Mais le destin de requins de studio qui leur semble promis ne satisfait pas les musiciens, qui ne veulent pas passer à côté du renouveau musical exaltant que connaît alors le rock. La rencontre au cours de l'été 1969 du flûtiste-violoniste Mauro Pagani, alors membre de Dalton, agira comme catalyseur. Rapidement, la décision est prise par le groupe de quitter les 'baloches' et de composer et jouer sa propre musique, suivant l'exemple des King Crimson, Jethro Tull, Chicago, Ekseption et autres Flock.
Se heurtant à l'incompréhension de son label, Ricordi, encore englué dans les pratiques commerciales en vigueur jusqu'à la fin des années 60 dans l'industrie musicale, PFM rejoint d'autres artistes, dont Lucio Battisti, dans un mouvement de rébellion qui aboutit à la création d'un nouvel label indépendant, Numero Uno, et à celle d'un 'festival parallèle' à San Remo (rendez-vous inénarrable de tout ce que l'Europe compte de variétoche la plus ringarde, exercice dans lequel l'Italie, il est vrai, excelle...). Devenus quintette avec l'intégration de Pagani, les Quelli interprètent des reprises des groupes progressifs du moment.
C'est à l'automne 1970 que le groupe se met en quête d'un nouveau patronyme, hésitant dans un premier temps entre Isotta Fraschini (une marque de voitures) et Forneria Marconi, nom d'une boulangerie de Chari, petite ville de la province de Brescia). C'est cette seconde option qui a les faveurs d'Alessandro Colombini, directeur artistique de Numero Uno, qui suggère d'y ajouter 'Premiata', suggérant que ladite boulangerie a été reconnue («primée», littéralement) par la profession. A ceux qui leur font la remarque que ce nom est interminable et incompréhensible pour les non-italiens, les musiciens répliquent non sans raison que plus un nom est difficile à retenir, plus il est ensuite difficile à oublier !!
L'ASCENSION
L'année
1971 va marquer les
véritables débuts du groupe, que son manager
Franco Mamone parvient à caser en première partie
des concerts de groupes étrangers qu'il organise par
ailleurs. PFM
va ainsi partager la scène avec Procol Harum,
Yes, ou encore Deep Purple, dont le public (10.000 personnes !) se
déchaîne à l'écoute de sa
reprise de «21st Century Schizoid Man»... Durant
l'été, le groupe remporte le tremplin de la
première édition du festival d'avant-garde de Via
Reggio, qui voit l'émergence d'une nouvelle
génération de groupes italiens (dont Osanna,
classé second), grâce au futur classique
«La Carrozza Di Hans».
Enregistré
- quasiment
'live' - à Milan au tout début de 1972, Storia Di
Un Minuto apportera à PFM une
notoriété
importante
et
rapide, qui fait de lui
le meneur incontesté du mouvement progressif
transalpin. Rapidement, un second album, Per Un Amico,
est mis en chantier, et
publié fin 1972, remportant à nouveau un
succès considérable en Italie. Celui-ci incite le
groupe à tenter sa chance à
l'étranger. Signé à l'initiative de
Greg Lake sur le label d'ELP, Manticore, et renforcé par
Peter Sinfield pour l'écriture de textes en anglais, PFM
publie Photos
Of Ghosts, qui reprend essentiellement des titres
du
second album. Au printemps 1973, une tournée promotionnelle
dans les principales capitales européennes, en compagnie de
Sinfield, fait connaître le groupe, à
défaut de convaincre les tenants de la presse rock locale,
française et anglaise notamment, qui met l'accent sur un
héritage crimsonnien trop prononcé à
leur goût...
LA GLOIRE
Alors que PFM
connaît dans
son pays d'origine une véritable explosion commerciale - ses
tournées, qui créent ex-nihilo un circuit de
salles pour les groupes de rock, visitent même le sud du
pays, généralement délaissé
-, les premiers signes d'un succès aussi imprévu
que significatif aux États-Unis parviennent
d'outre-Atlantique : Photos
Of Ghosts s'y retrouve classé dans le
classement des
meilleures ventes d'albums ! Durant l'été 1974,
PFM s'y
rendra pour une grande tournée, durant laquelle il
assurera la première partie de groupes comme les Mothers Of
Invention de Frank Zappa, les Beach Boys, Santana, les Eagles... et ELP
bien sûr ! L'album live Cook,
enregistré
à New York et Toronto, témoignera de ce
périple couronné de succès, qui sera
renouvelé dès la fin de l'année, en
compagnie de Peter Frampton, gloire montante de la guitare-qui-parle.
Entre-temps, suite à une 'jam-session' mythique dans un club de Rimini, réunissant des membres de Banco, PFM, Area et Osanna, le bassiste français Patrick Djivas a intégré le groupe. Membre fondateur d'Area (dont l'excentrique chanteur Demetrio Stratos avait été un temps envisagé comme chanteur de PFM !), il a fait ses débuts fin 1973 à l'occasion des séances d'enregistrement de L'Isola Di Niente. Un autre changement notable interviendra dans l'équipe début 1975 avec le recrutement du chanteur Bernardo Lanzetti, ex-frontman d'Acqua Fragile (qui avait tourné en première partie de PFM), dont l'impeccable accent anglais doit ouvrir définitivement au groupe les portes d'une reconnaissance internationale. Hélas, cette stratégie sera compromise par une série d'erreurs et de maladresses.
LES RENDEZ-VOUS MANQUÉS
La
première est la rupture
avec Peter Sinfield au cours de l'écriture de l'album
Chocolate
Kings. Le parolier se désolidarise des textes
très engagés à gauche, notamment
contre la guerre du Vietnam, écrits par le groupe, non pas
du fait d'un désaccord sur le fond, mais par crainte
(légitime) qu'ils compromettent son succès aux
États-Unis. Ses craintes s'avéreront
fondées,
puisque l'album sera boycotté par nombre de distributeurs
américains, du fait de la récente participation
du groupe à des concerts de soutien à l'OLP... Le
sort de PFM
est scellé, son ascension américaine
fortement compromise.
A la suite d'une tournée au Japon fin 1975, Mauro Pagani annonce son départ du groupe. Il fera ses débuts en solo trois ans plus tard avec un premier album, inaugurant une carrière solitaire sporadique qui le verra renouer à l'occasion avec ses anciens complices, le temps d'un concert. Après ces chocs encaissés coup sur coup, 1976 sera l'année du silence, rompu seulement par deux compilations destinées au seul marché italien.
Sur Jet Lag,
enregistré
début 1977 à Londres, le violoniste Greg Bloch
(ex-It's A Beautiful Day) a pris momentanément la place de
Pagani. La volonté manifeste de PFM de
persévérer dans sa conquête des
États-Unis, avec un style plus jazz-rock, n'aura pas le
résultat escompté, et les deux
tournées américaines de 1977 seront aussi les
dernières. En réaction au déclin
commercial du groupe, confirmé l'année suivante
avec Passpartù
(dont les textes faillirent être
écrits par Frank Zappa !), Bernardo Lanzetti tire sa
révérence fin 1978, et part tenter à
son tour sa chance en solo. Le violoniste et multi-instrumentiste Lucio
Fabbri prend sa place, faisant ses débuts avec PFM lors
d'une tournée qui voit les musiciens renouer avec le
chanteur Fabrizio Di André, et dont témoignera un
double-live, In
Concerto.

