L'APRÈS-PROGRESSIF
Lorgnant
peut-être sur
une destinée à la Phil Collins, le batteur Franz
Di Cioccio décide alors de délaisser la batterie
au profit du chant, recrutant Walter Calloni pour le remplacer aux
baguettes (d'abord en concert seulement, puis aussi sur album). Avec
Suonare
Suonare, PFM
revient aux textes en italien, semblant se
résoudre à un repli sur son seul
marché national. Parallèlement, toute ambition
progressive disparaît de sa musique, avec pour
conséquence logique le départ du
claviériste Flavio Premoli, mais aussi un certain regain de
succès commercial.
PFM
poursuivra un certain temps sur sa
lancée, publiant
encore quatre albums : Come Ti Va In
Riva Alla Città (1981),
le live Performance
(1982), PFM
? PFM ! (1984), comprenant le tube
«Capitani Coraggiosi», et enfin Miss Baker
(1987),
succédant à deux ans de semi-retraite, et
précédant un silence de près de dix
ans. Le groupe annonce en effet sa décision
d'arrêter de se produire sur scène,
après avoir donné près de 3000
concerts durant sa carrière. Seul Franz Di Cioccio continue
à faire parler de lui, officiant à la
tête de son propre groupe. Franco Mussida se consacre pour sa
part à l'école de musique qu'il a
créée à Milan en 1984.



LE RETOUR
Puis à la fin de 1996 est publié un coffret de quatre CD, PFM - 10 Anni Live 1971-81, qui coïncide avec la sortie d'un livre signé par Frank Di Cioccio retraçant l'histoire du groupe («Due Volte Nella Vita»). Ces coups de projecteurs rétrospectifs précèdent la nouvelle tant attendue de la résurrection de PFM, dans sa configuration quasi classique : Franco Mussida, le revenant Flavio Premoli, Patrick Djivas et Franz Di Cioccio. Le nouvel album studio, Ulisse, sort le 24 avril 1997, et le groupe renoue avec la scène lors d'une tournée qui débute le 24 novembre à Turin. Trois jours plus tard, à Milan, Mauro Pagani fait à ses anciens collègues l'amitié d'une petite apparition en rappel, ce qu'il fera à nouveau de temps en temps.
La cinquantaine atteinte, les musiciens de PFM, en perdant des couleurs et des cheveux, retrouvent peu à peu la richesse musicale et l'inspiration de leurs vertes années. Composé de la plupart des membres d'origine, le groupe se montre très soudé et semble déterminé à livrer le meilleur de lui même.
A
côté de
chansonnettes confortables et de
facilités parfois consternantes, et au-delà de
l'absence générale de prise de risque, ce disque
contient de grands moments plein de promesses, convaincantes excursions
dans le monde chamarré du rock progressif :
«Sei», véritable source
émotionnelle qui finit en gerbe de guitares, ou encore le
duel piano/guitare à la fin de «Il Mio»,
dangereux, dramatique et poignant - le sommet du disque.
Bref, PFM propose une musique qui ne se déploie pas complètement, mais qui sait être séduisante. L'astre est encore bien pâle, mais le plus important, c'est qu'il recommence à briller...
Le
succès
rencontré lors de la tournée
de promotion d'Ulisse,
bientôt suivie par d'autres, sera tel
que la mise en chantier d'un nouvel album studio sera remise
à plus tard au profit de la sortie d'un double album live,
www.pfm-pfm.it,
enregistré à Naples et Rome fin
janvier 1998.
Le principal intérêt de cet album tient à la période couverte par le choix du répertoire. En effet, la moitié du concert est consacré aux années 70, avec une restitution très énergique des titres qui ont fait la gloire de PFM à la grande époque. De plus, ô surprise, même les extraits de la discographie repoussante des années 80 deviennent présentables, avec notamment un «Quantiere» (1981) rallongé de deux bonnes minutes. L'apport de sang neuf n'est sûrement pas étranger à ce bain de jouvence : PFM, soucieux de retrouver la richesse des arrangements d'origine, se fait épauler pour l'occasion d'un second batteur, d'un violoniste, et d'un saxophoniste (chargé de souffler également dans toute une collection d'instruments à vent).
Au rayon des inédits, rien
de remarquable si ce n'est
«Altaloma 98», improvisation aux vibrations proches
de celles du Santana des années 72-75. Mais pas
besoin d'inédits pour plonger.
«Mr 9
till 5»
reste ce magnifique chapelet d'idées
qui se
dévide dans nos cervelles avec un fil
d'attache invisible
et
«Out of the Roundabout»
précédé d'une longue
introduction
à la guitare acoustique, retrouve la
fièvre des
soirs de fête. Quand les mandolines rencontrent la
flûte des contrées anglaises, la musique prend une
tournure quasi intemporelle. Alors que demander de plus ?...
On a parlé un moment d'une version 'internationale' d'Ulisse avec des textes en anglais signés Peter Sinfield (et même de la participation de John Wetton au chant !), mais celle-ci fut finalement mise de côté. Puis, l'année suivante, PFM rentre enfin en studio, sous l'égide de Corrado Rustici, autre vétéran de la scène progressive italienne (ex-guitariste de Nova). Il n'en sortira qu'un an plus tard, avec Serendipity, chroniqué ci-dessous.
Serendipity
Sony Music - 2000 -
49:35
Après
l'enthousiasmant live
de 1998, qui revisitait avec
talent ses grands standards passés, PFM allalt-il enfin
reprendre l'ambitieux chemin qu'il avait su tracer il y a
près de vingt ans en montant au pinnacle du progressif
transalpin ?
Inutile de cacher que je l'espérais ardemment. Sa musique m'avait encore une fols touché il y a trois ans avec l'inégal mais attachant Ulisse et j'affûtais mes arguments, coupant comme le scalpel, prêt à défendre une fois encore la cause des vieilles gloires italiennes, au risque de laisser parler malgré moi la voix aigre de la mauvaise foi. Car il m'est difficile d'aborder un nouveau disque de PFM avec des yeux froids et analytiques. Quoi qu'il en soit, je dois être décidé à traiter la chose avec conscience, non pas de la dévotion béate mais de l'allégresse curieuse et objective. Un PFM ne doit pas s'aborder en flânant d'un air badin...
Le fait est que Serendipity ne laisse pas indiffèrent, en faisant appel à toute une palette de sentiments et de sensations opposés.
L'espoir : «La Rivoluzione», entrée en matière musclée ou filtrent quelques gouttes d'émotion. La surprise : «K.N.A. (Kaleidoscope Neutronic Accelerator)», puissante incursion psychédélique (dans la veine du Revolver des Beatles). Une première pour PFM ! L'attente - «L'Immenso Campo Insensato», «Nuvole Nere»... l'attention s'émousse, l'esprit se déconcentre face à une musique agréable mais sans caractère. Un Zucchero en petite forme pourrait faire aussi bien sans se fouler les pouces. Le dégoût : «Ore», difficile d'avaler cette fade version transalpine d'un Dire Straits particulièrement démotivé. L'agacement - «Automaticamente», PFM en pleine crise de 'jeunisme'. L'idée d'adapter la pop de PFM à la musique techno n'est pas forcement une mauvaise idée, à condition que cela n'aboutisse pas à de la 'dance' minable, inquiétante de maladresse. Autorisation de se boucher pudiquement les oreilles si incompatibilité...
Le regret : «La Quiete Che Verra». Pourquoi tout le disque n'a-t-il pas suivi cette voie ? Même si PFM ne force toujours pas son talent, on sent enfin l'envie salutaire de troubler les sens. Et la délicatesse du Mellotron, le charme du chant ou la vélocité celtique du solo de guitare, loin de nous combler, ne font qu'attiser nos regrets... Le scepticisme, «Domo Dozo» - à quoi sert ce remue ménage cosmopolite ? La sensation de rester en dehors de vains ébats... Le désintérêt, «Polvere» : apaisante ballade, conduite par une guitare acoustique trop sage pour nous secouer les tripes. Une légère décharge émotionnelle n'est toutefois pas à exclure.
Le désenchantement : «Sono Un Dio». En pleine débauche d'énergie, le disque se termine positivement sur un exercice de style très tendance, où le funk urbain de Red Hot (?!) part vers les étoiles du meilleur des prog-fusion d'aujourd'hui. Exécuté de main de maître, c'est probablement ce que PFM a fait de plus ambitieux depuis très longtemps (1977, en fait). Mais c'est trop tard, Messieurs, tout le monde est déjà parti, vous pouvez arrêter, vous êtes tout seuls...
Admettez qu'il était difficile d'adhérer à cette production soignée mais sans prise de risque, à ces mélodies impersonnelles, qui se reposent davantage sur des schémas éprouvés par la musique de variété que par le rock progressif, aussi mineur soit-il. Mais comment se passionner pour un disque ou seules quelques minutes nous obligent à y revenir plus que de raison au lieu de le couvrir de notre indifférence. Ces minutes émouvantes, où la musique sait insuffler la traduction d'un sentiment complexe, la nostalgie. Ces instants suffiront-ils à faire oublier que dans Serendipity, il y a «pity» ?!?...
Alain SUCCA
(dossier publié dans Big Bang n°38 - Janvier 2001)
A consulter également, en prolongement de ce dossier :

