Discographie commentée (1972-1977)
Storia Di Un Minuto
1972 - 34:34
Ce
premier album de PFM
remporta
immédiatement un énorme succès, dont
l'écho retentit encore au oreilles des italiens
d'aujourd'hui. C'est pourtant une œuvre quelque peu
laborieuse, d'intensité inégale, souffrant d'une
légère carence de fluidité.
Tâtonnant parmi ses emprunts extérieurs pas encore
intimement assimilés, elle porte pourtant en elle le germe
des réussites futures. Et si la forme ne répond
pas complètement aux normes de qualité sonore en
vigueur aujourd'hui, on trouvera beaucoup de plaisir à
plonger dans ce cocktail, alors novateur, des
spécificités prog de la scène
italienne naissante redessinées aux couleurs locales.
Avec «Impressioni di Settembre» ou «E' Festa» (plus connu du public international sous le titre de «Celebration»), PFM nous montre la diversité de ses aptitudes, son élan, son ardeur, et pose les bases de ce qui deviendra le 'style PFM' - un subtil dosage de claviers dans une ambiance bucolique baignée de lumière transalpine.
Le reste de l'album, à partir de «Dove... Quando», peut être assimilé à une suite de 25 minutes. Calme au début (guitare acoustique et flûte), celle-ci évolue vers des disgressions jazz (piano-flûte), classiques (piano-violon), folk (remember «Take a Pebble» d'ELP) ou cuivrée, qui constituent autant de motifs bariolés et de rebondissements inattendus. L'ensemble contient donc réellement les principes qui nous apporteront de très bonnes choses une fois révélés en élixirs de volupté.
Quoi qu'il en soit, cet enchaînement magique - qui contient le premier et principal succès du groupe en Italie, «La Carrozza di Hans» - deviendra le grand classique de PFM, en ce sens qu'il matérialise mystérieusement toute cette sensibilité profonde représentative de son art.
Per Un Amico
1972 - 34:06
PFM a
gagné en maturité pour tirer de ses
influences une musique solide et équilibrée. Le
groupe élève son art par un bond soudain. Les
progrès sur les arrangements sont considérables.
Les claviers sont splendides, tout en finesse, d'une douce
mélancolie latine. Ils enlacent des instrument acoustiques
prédominant (piano, guitare, violon...) et composent ainsi
un parfum au charme insidieux.
C'est sur cet album que l'on ressent le plus fortement le pays d'origine de PFM, dans ces nombreux motifs harlequins, ces légères farandoles de fin de carnaval. PFM a su mélanger royalement la passion des couleurs à l'aide de son pinceau mandoline et sa palette de synthés, en recherchant les mélodies les plus séductrices savamment parées de sonorité modernes. On va de surprise en surprise; sur «Promenade the Puzzle», PFM imagine le temps d'une valse triste que n'aurait pas désavouée Nino Rota, l'ambiance d'une fête foraine qui se meurt, avec les papiers gras qui voltigent entre les allées désertes. Le vent porte encore l'écho des flonflons comme on porte un ami disparu dans son coeur...
Per Un Amico nous entraine avec lui, nous emporte non pas par la beauté d'images éblouissantes, mais (le titre est explicite) par une forme passionnément humaine, une musique nostalgique et volontaire à la fois, qui repose sur des valeurs profondes et essentielles : la reconnaissance du passé, l'amour du présent et la foi en l'avenir. Per Un Amico est au fond le premier disque de progressif italien à propager une exaltation telle qu'il peut prétendre au qualificatif de chef-d'œuvre...
L'Isola Di Niente
1974 - 35:29
La
musique
développée par PFM sur ce
troisième
album a le galbe de la pureté classique, à
l'instar de cette longue Introduction baroque avec chœur
majestueux, prélude à une splendide
débauche symphonique à tiroir...
Toutefois, l'album dans son ensemble surprend, dans la mesure où le succès international rencontré par le groupe à cette époque ne semble pas l'avoir incité à mettre de l'eau dans son vin. La facilité viendra, hélas, mais plus tard. A ce stade, le mot d'ordre demeure l'exploration, pour ne pas dire l'expérimentation; cette «île du néant» ne se laisse pas coloniser par le premier venu.
Exemple éloquent avec ce qui constitue l'autre point d'orgue du disque, l'inclassable «La Luna Nuova» - comme si un chat facétieux avait enchevêtré dix couleurs de laine différentes. Une fois déroulée, la pelote laisse apparaître le joyau qu'elle cachait : une magnifique sortie de guitare, qui reste bien enfoncée, bien plantée dans votre esprit, et qui fleurit en tourbillon rosé...
Le discours musical est tout en subtilité intelligente, mais pas encore complètement libéré de certains défauts que l'on trouvait déjà dans Storia... : un certain manque de moments décisifs. Ce qui fait que l'on a parfois le sentiment d'être passé à côté d'une grande chose, un peu comme si une vie intense contournait la musique sans vraiment la pénétrer...

