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PINK FLOYD (10/12) - Suite >
PETIT TRAITÉ D'ESTHÉTIQUE FLOYDIENNE
Comme on l'a vu, Pink Floyd a toujours porté la plus extrême attention à l'aspect visuel de ses shows. Il apportera la même exigence de qualité et d'originalité à ses pochettes de disques, qui seront toutes l'œuvre de Storm Thorgeson, une vieille connaissance des années Cambridge, et son agence de design Hipgnosis. Dans le genre, on ne voit guère d'autre équivalent que la fructueuse collaboration entre Yes et Roger Dean.
Avec leur luxuriance colorée et leurs effets de surimpression, les deux premières sont typiques de l'époque et psychédéliques en diable. On mettra à part celles de More et de La Vallée car, bien que réalisées également par Hipgnosis, elles durent être réalisées en tenant compte des contraintes imposées par les distributeurs des films.
La première pochette où commence à s'affirmer la personnalité originale de Thorgeson est celle d'Ummagumma avec l'effet «vache-qui-rit» (vous savez, le type qui regarde une photo qui représente le même type qui regarde une photo qui elle-même...). Une élégante et astucieuse façon d'illustrer les espaces infinis où le quatuor aspire à entraîner ses auditeurs ! Celle de Atom Heart Mother marque l'irruption de cet humour absurde qui va désormais être synonyme de Pink Floyd. Les musiciens ne faisant jamais les choses à moitié, ils avaient décidé de lancer la campagne promotionnelle en amenant une dizaine de vaches en plein centre de Londres, créant un bel embouteillage !
Celle de Dark Side Of The Moon est la plus sobre, avec son fond uni noir (on n'est pas là pour rigoler !) et son prisme diffracteur symbolisant toutes les facettes de la personnalité humaine. Pour agrémenter la scène, le groupe avait fait fabriquer une pyramide miniature (de quelques mètres de hauteur tout de même !). Elle a été mise en pièces dès le premier soir par une horde de fans frustrés de n'avoir pu entrer !...
Quant
à celle de Wish
You
Were Here, c'est un petit bijou conceptuel basé
sur les
quatre éléments. Le vinyle original
était scellé dans un plastique noir
entièrement hermétique et contenant de l'air.
L'illustration de couverture représentait deux hommes, dont
un en feu, se serrant la main, une photo intérieure montrait
un autre homme nageant dans le sable du désert de Yuma, et
une autre le lac salé de Mono, en Californie; Sans compter
le logotype circulaire du vinyle, avec cette poignée de
mains métalliques sur fond des quatre
éléments. Peut-être un peu gratuit,
mais assez réussi et typiquement le genre d'idées
qu'on ne voit plus de nos jours avec les boîtiers plastiques
standardisés.
Pour plus d'informations et un bon aperçu du travail d'Hipgnosis à l'époque, on recommandera le très beau Walk Away René (Paper Tiger, 1978). Parmi ses autres réalisations, on citera notamment The Lamb Lies Down On Broadway de Genesis, Unorthodox Behaviour et Moroccan Roll de Brand X, Going For The One de Yes, Tales Of Mystery And Imagination d'Alan Parsons Project, le premier album de Peter Gabriel, Houses Of The Holy et Presence de Led Zeppelin, etc.
ALBUMS LIVE, PIRATES ET AUTRES RARETÉS
Par paresse ou pour des raisons contractuelles, Pink Floyd, imitant en cela la quasi totalité des autres groupes, a peu livré de versions alternatives ou de disques live (il semblerait que seul King Crimson et Magma en aient eu l'ambition et se soient donné les moyens de se charger de ce pan de leur discographie). Il a ainsi laissé le champ libre aux pirateurs en tous genres qui se sont vraiment déchaînés à partir d'Ummagumma. Une bonne centaine d'enregistrements sont disponibles, dont on peut signaler, pour la période la plus intéressante (1969-71), les meilleurs, c'est-à-dire ceux enregistrés en vue d'une diffusion radiophonique :
- Amsterdam, Concertgebouw (17/9/69) [d'un intérêt historique exceptionnel, puisqu'on peut y entendre, dans une qualité sonore professionnelle, la mythique double-suite «The Man» - «The Journey»; rediffusé il y a quelques années, il a fait depuis l'objet de pirates au son excellent]
- Paris, Théâtre des Champs-Elysées (23/1/70) [l'une des premières interprétations scéniques de «Atom Heart Mother»]
- San Francisco, KQED Studios et Fillmore West (29/4/70) [occasion rarissime d'entendre «Grantchester Meadows» joué 'live' par le duo Waters-Gilmour, plus deux heures de grands classiques]
- Londres, BBC In Concert (16/7/70) [set-list typique de l'époque, plus le rarement joué «If»]
- Montreux, Casino (21/11/70)
- Lyon, Palais des Sports (12/6/71) [interprétation de «Atom Heart Mother» avec orchestre]
- Londres, BBC In Concerts (30/10/71) [répertoire similaire à celui du Live At Pompeii, avec en prime un «Fat Old Sun» de 14 minutes !]...
Sur le plan officiel, pas grand chose, donc, à se mettre sous la dent, même si l'on espère (allumons un cierge...) qu'EMI et les ayant-droits de ces divers enregistrements finiront par réaliser le bénéfice (à tous niveaux) qu'il est possible de retirer de cette mine d'or.
Il
faudra attendre 1988 et Delicate
Sound Of Thunder,
pour
pouvoir s'offrir le premier live,
et 1995 et
P.U.L.S.E.,
pour le second. Deux enregistrements des deux
dernières tournées du Floyd qui peuvent
constituer des 'best of' corrects (avec une nette
préférence pour le second, à la
mise en son moins aseptisée, et qui comprend de
surcroît l'interprétation intégrale de
Dark Side Of The Moon),
avec des versions assez peu
différentes des enregistrements originaux et une
qualité de son époustouflante. Et, bien
sûr, il y a Is
There Anybody Out There ? - The Wall Live
1980-1981, chroniqué un peu plus loin.
Au
rayon des
compilations, tout a
commencé en 1970 avec Picnic
: A Breath Of Fresh Air,
distribué par Harvest. Un double album très
recherché parce que l'on y trouve
«Embryo», un inédit inachevé,
initialement destiné à Ummagumma avant que
le
groupe n'opte pour des réalisations solitaires dans la
partie studio (ce titre a été repris en 1983 sur
la compilation américaine Works, dont le
sommaire laisse au
demeurant assez perplexe).
Relics,
en 1971, proposait notamment
les 'singles' indisponibles ailleurs de 1967-68 (à
l'exception de «Point Me At The Sky»),
l'inédit «Biding My Time» de 1969, et
(assez bizarrement) quelques morceaux issus des trois premiers albums.
Il a été remastérisé et
réédité à l'identique, ce
qui est un peu frustrant, car on aurait bien aimé trouver
sur le CD quelques grands absents de la version vinyle, comme le
mythique «Apples and Oranges», ou les face A des
deux derniers singles, «It would Be So Nice» et
«Point Me At The Sky». Hormis une autre
compilation, Masters Of
Rock (pour les deux premiers seulement), le
seul moyen de les entendre en CD est The Early Singles,
CD inclus dans
le coffret Shine On
de 1992, mais indisponible
séparément (c'est malin !)...
On
signalera en outre la compilation A
Collection Of Great Dance Songs, regroupant des morceaux
(pas
forcément des tubes, et rarement des 'dance songs' !!) de la
période 1971-79, avec une nouvelle version de
«Money» enregistrée par Gilmour
pratiquement seul en 1981. Et bien évidemment
la
compilation
Echoes
(2 CD) sortie en 2001, somme regroupant
des titres issus de l'ensemble
de la carrière du groupe, de la période Barrett
à
la plus récente, et qui a pour particularité de
proposer
une version raccourcie d'«Echoes», les parties 1
à 7
de «Shine On You Crazy Diamonds»
réunies en un seul titre (et
non
scindé en deux comme sur l'album originel - un traitement
à peu près similaire lui est toutefois
appliqué
sur A
Collection Of Great Dance Songs),
ainsi que le titre «When The Tigers Broke
Free»,
chanson écrite en 1979 relatant la mort du père
de Roger
Waters, inclue à l'origine uniquement sur la BO du film The Wall, et
désormais également disponible en CD sur la
version remasterisée de The
Final Cut en 2004.
Plus anecdotique, les deux premiers opus du groupe ont été regroupés en un seul double album, A Nice Pair en 1974, de même que les deux albums solo de Syd Barrett.
Paradoxalement, c'est sur le versant filmographique que l'on trouvera les choses les plus intéressantes. Si l'on excepte More, Zabriskie Point, La Vallée, ou The Wall, dont il a été question plus haut, voici quelques titres, pour la plupart assez difficiles à trouver :
- San Francisco (1968), court-métrage expérimental d'Anthony Stern, avec bande-son improvisée par Pink Floyd première manière (une version de «Interstellar Overdrive»)
- The Commitee (avril 1968), première apparition du Floyd de Barrett sur pellicule (en compagnie d'Arthur Brown); un peu plus de 15 minutes de compositions introuvables ailleurs, restées hélas inédites...
- Live At Pompeii (1972) : rigoureusement indispensable, comme signalé plus haut (en bonus, quelques séquences filmées au cours des séances de Dark Side Of The Moon)
- Crystal Voyager (1975) : film de surf avec «Echoes» en bande son; anecdotique, la version utilisée étant celle de l'album...
- The Final Cut (1983) : vidéo comportant seulement quatre 'clips', tous issus du dernier opus avec Roger Waters, seul membre du 'groupe' à y apparaître (brièvement).
- Delicate Sound Of Thunder (1989) et P.U.L.S.E. (1994 / édité en DVD en 2006) : les pendants vidéo des deux CD du même nom.
- La Carrera Panamericana : Mason et Gilmour sont des fondus de bagnole (Mason a même participé aux 24 Heures du Mans !); en 1992, ils ont participé tous deux à un raid transaméricain qui a fait l'objet d'une vidéo. Gilmour a signé une poignée d'inédits et produit la bande originale.
LITTERATURE, FANZINES ET AUTRES INFOS
Au fil de sa longue et fructueuse carrière, Pink Floyd a fait l'objet d'une bonne cinquantaine d'ouvrages. Bien que son actualité soit pour le moins calme et qu'il appartienne peu ou prou à un passé plus ou moins révolu, deux livres en français sont sortis assez récemment.
Le Pink Floyd de François Ducray, dans la collection Librio, est un petit volume assez complet. Pas mal pour dix francs, mais il faut passer outre les partis-pris du bonhomme et sa prose un peu m'as-tu-vu.
Beaucoup plus intéressant, le Haute Tension de Ian Russell et Glenn Povey, qui ont réussi la titanesque gageure de recenser la totalité des concerts effectués par le groupe depuis ses tous débuts. Avec set-list et anecdotes afférentes ! Plus cher (190 francs), mais une mine d'infos et d'images indispensable (beaucoup de reproductions de billets et d'affiches).
Pour finir, et même si le retrouver relève du parcours du combattant, on ne peut pas ne pas citer l'excellent Pink Floyd d'Alain Dister, dans la non-moins excellente collection Rock & Folk - Albin Michel, qui a cependant le défaut de dater de 1974 et de n'avoir jamais été réactualisé.
En
anglais, pas toujours faciles
à trouver non plus, on peut noter : Pink Floyd - A Visual
Documentary de Barry Miles (Omnibus Press), Embryo - A Pink Floyd
Chronology 1966-71 de Nick Hodges et Ian Priston (Cherry
Red Books),
abondamment utilisé pour la partie de notre article couvrant
cette période, et enfin Crazy
Diamond : Syd Barrett and The
Dawn Of Pink Floyd de Mike Watkinson et Pete Anderson
(Omnibus Press
également).
Impossible, enfin, de passer à côté du livre écrit par Nick Mason lui même, Inside Out, publié en France en mars 2005 sous le titre Pink Floyd, l'histoire selon Nick Mason (Editions du Chêne - EPA). Un regard personnel et intime sur le parcours du groupe "vu de l'intérieur", gorgé d'anecdotes et de détails très précis, autrement dit incontournable.
Du côté des fanzines, quelques fanatiques continuent de propager la parole avec un bel enthousiasme. Steve O'Rourke, le manager de toujours, assure la diffusion de Brain Damage Magazine, tandis qu'un certain Barrie Botatoe ravit les inconditionnels de Barrett avec son Clowns and Jugglers - The Syd Barrett Fanzine.
(complément du dossier paru dans Big Bang n°40 - Juillet 2001)

