BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

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PINK FLOYD (12/12)

LIVE AT POMPEII - The Director's Cut
Universal Pictures Video - 2003 - 120 minutes

Voici une réédition dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle était attendue avec impatience par les fans de Pink Floyd. Car pour beaucoup, dont je suis, le Floyd n'a jamais fait mieux que ce Live At Pompeii, filmé et enregistré en octobre 1971, juste avant l'ère du méga-succès planétaire de Dark Side Of The Moon, et venant clore (a posteriori avec un à-propos extraordinaire) la seconde période de sa carrière, inaugurée début 1968 avec l'arrivée de David Gilmour et close début 1972 avec la mise en chantier de l'œuvre conceptuelle sus-citée.

La rupture constatée ne tient pas à la seule réussite commerciale du groupe, mais au franchissement simultané par celui-ci de plusieurs étapes cruciales dans son parcours artistique. Pour la première fois avec Dark Side..., le propos musical sera soigneusement cadré, peaufiné, avec le recours (quasi) inédit à des invités (choristes, saxophoniste...) et autres artifices de production : ces derniers, présents jusqu'alors en arrière-plan, vont devenir dès lors, des personnages presque aussi importants que les musiciens eux-mêmes, ceux-ci devenant même, après un temps, interchangeables (la valse des session-men à partir de The Wall).

Ce qui frappe, en visionnant Live At Pompeii, c'est le côté artisanal de la genèse de cette musique. Dire que l'on parlait à l'époque d'une débauche de technologie ! Quelques pédales d'effets, cet énorme gong filmé à contre-jour, un piano à queue... Avec cet attirail antédiluvien, Pink Floyd produisait pourtant une musique bien plus fertile en émotion que ses futures et grandioses superproductions conceptuelles. Que l'on écoute par exemple la partie centrale de «Set The Controls For The Heart Of The Sun», avec ce mariage sublime des nappes d'orgue de Rick Wright et de la guitare glissando de David Gilmour... Ou encore ce «Careful With That Axe Eugene» en apesanteur, jusqu'à cette explosion sur fond de lave en fusion, et le visage déchiré de Roger Waters dont le cri primal est bien plus éloquent que l'intégralité de son œuvre littéraire... Tout cela avec une économie de moyens qui met en évidence le malentendu qui a toujours entouré Pink Floyd, ce groupe finalement si humain, écrasé peu à peu par le cirque technologique derrière lequel il avait cru bon de se dissimuler, précisément par modestie.

Quelle n'est pas alors notre surprise de découvrir les suppléments filmés par Adrian Maben (le fort sympathique réalisateur du film, qui se prête également à un entretien passionnant et instructif) lors des séances d'enregistrement additionnelles, à Paris et à Abbey Road, où l'on découvre des musiciens à la simplicité désarmante, unis par une sorte de complicité douce et non dénuée d'humour, qui ne laisse absolument rien préfigurer des déchirements à venir. Comment la machine a-t-elle pu ainsi se gripper ? Le sentiment de gâchis laisse à dire vrai assez mélancolique.

Le support DVD permet opportunément de choisir entre le film dans son montage original, c'est-à-dire le seul contenu musical (60 minutes), ou dans sa version «director's cut» (30 de plus), avec les fameuses séquences filmées lors des séances de Dark Side Of The Moon, les scènes inédites sus-mentionnées, et quelques plans filmés récemment par Maben à Pompéi qui, ajoutés à des extraits d'archives de la Nasa, tentent de donner à l'ensemble une approche conceptuelle nouvelle (des extra-terrestres débarquant sur Terre découvrent Pink Floyd se produisant dans le grand amphithéâtre vide de Pompéi : hélas, le résultat est aussi gnan-gnan qu'on pouvait le craindre...).

Le travail de restauration du son et de l'image est réellement magnifique. On regrettera simplement que, comme l'explique le réalisateur dans l'entretien, les bobines d'origine aient été perdues, empêchant l'inclusion de tout plan supplémentaire du tournage à Pompéi (à noter que, suite à des problèmes d'alimentation en électricité, celui-ci se déroula sur une seule journée, obligeant le groupe à filmer deux morceaux et certains plans additionnels à Paris). Mais à défaut de tels bonus, réjouissons-nous au moins de savourer ce Live At Pompeii dans les meilleures conditions de confort sonore et visuel qui soient. Un objet rigoureusement indispensable.

Aymeric LEROY

(chronique publiée dans Big Bang n°51 - novembre 2003)

London 1966-1967
Snapper - 2005 - 60 minutes

«Attention arnaque !», se dit-on forcément en découvrant ce DVD. «Un énième recyclage de ces démos déjà entendues un peu partout...». Certes, la musique entendue ici est bien issue des fameuses séances des 11 et 12 janvier 1967 au studio Sound Techniques de Chelsea, mais contre toute attente l'adjonction de leur pendant visuel rend l'ensemble particulièrement mémorable et émouvant.

Cette séance studio fut organisée à l'initiative du réalisateur Peter Whitehead, à qui Andrew Oldharn (alors manager des Rolling Stones, mais c'est aussi lui qui, quelques mois plus tard, sera à l'origine de la formation des Nice, et apportera sa pierre à l'édifice proto-progressive avec son label Immediate) avait commandé un film sur le Londres psychédélique. Ce sera le fameux Tonite Let's All Make Love In London, avec ses séquences filmées à l'UFO Club ou au 14-Hour Technicolor Dream, festival réunissant fin avril 1967 la crème des meilleurs groupes du moment, le tout émaillé d'entretiens avec divers «leaders d'opinion» comme Mick Jagger, le peintre David Hockney ou l'actrice Julie Christie. Entretiens que l'on retrouve ici en bonus, afin de porter la durée totale du DVD à un niveau acceptable : précisons que la partie musicale ne dure que 29 minutes, et que seul le bref commentaire de Whitehead racontant sa rencontre avec Syd Barrett et Pink Floyd constitue un complément vraiment intéressant.

La bonne surprise des deux longs morceaux, «Interstellar Overdrive» et «Nick's Boogie» (17 et 12 minutes respectivement), c'est qu'on peut y découvrir le groupe, filmé pendant l'enregistrement, avec une qualité visuelle et sonore toute bonnement excellente. Certes, ces images ne sont pas majoritaires, étant entrecoupées d'autres extraites de Tonite..., mais on peut y découvrir les quatre musiciens, aux visages incroyablement juvéniles, s'adonner à leur art avec une passion perceptible. Et la musique proposée compte parmi ce que Pink Floyd a commis de plus mémorable à cette période dans le registre qui était réellement le sien en concert, et dont The Piper At The Gates Of Dawn, plutôt centré sur les comptines surréalistes de Barrett, n'offrait qu'un reflet partiel et tronqué (le producteur Norman Smith ayant contraint le quatuor à modérer ses penchants expérimentaux).

Ainsi, «Interstellar Overdrive», en dehors du célébrissime riff de guitare qui l'introduit et le conclut, est principalement constitué d'une longue improvisation aux accents oniriques, une sorte de quête éperdue de la magie du son. On flirte avec la dissonance, voire le bruitisme, mais avec déjà cet art de la composition atmosphérique qui fera les beaux jours du Floyd première époque. Inutile de préciser que cette version est notablement supérieure à celle de l'album. Quant à «Nick's Boogie», en dépit de son intitulé peu engageant, il perpétue en fait cette veine avec la même réussite. Ce Pink Floyd-là, intransigeant, émancipé de toute référence aux conventions de la pop, c'est celui qui a marqué de son empreinte cette scène psychédélique balbutiante et généré une riche descendance (on pense notamment à toute une génération de groupes allemands). On regrettera qu'il n'existe aucun document similaire sur Soft Machine, qui évoluait à l'époque dans un registre proche, mais n'eut jamais, lui, le privilège d'être enregistré dans de telles conditions d'authenticité.

Alors, indispensable, ce DVD ? Je serais personnellement tenté de l'estimer, même s'il faut avouer qu'une vingtaine d'euros (prix généralement constaté) pour moins d'une demi-heure, c'est quand même assez cher payé. Mais la qualité technique et la valeur historique du document le justifie en partie. A chacun de voir...

Aymeric LEROY

(chronique publiée dans Big Bang n°60 - Décembre 2005)

Classic Albums : Dark Side Of The Moon
Eagle Vision - 2003 - 80 minutes

Un DVD - outil pour tout savoir sur l'élaboration de ce formidable et historique album qu'est The Dark Side Of The Moon ! Pendant 49 mn (plus 35 mn de bonus), les quatre membres du groupe, ainsi qu'Alan Parsons ingénieur du son de l'époque) et quelques journalistes britanniques, nous expliquent le concept originel, les thèmes qui ont inspiré les paroles de Roger Waters, ainsi que les innovations technologiques appliquées lors de l'enregistrement. Un sous-titrage multi-langues (dont le français) est proposé pour nous permettre de bien tout saisir. L'intérêt de ce plongeon de trente ans en arrière permettra, si besoin était, de bien prendre conscience des qualités créatives du quatuor (sans Syd Barrett) en cette époque riche en explosions artistiques de tous ordres (musique évidemment, mais également pour le cinéma ou, et particulièrement en France, dans le domaine de la bande dessinée, grâce au magazine Pilote); Par ailleurs, les afficionados du Floyd seront logiquement ravis de ces précisions techniques, il est vrai fort intéressantes (notamment le travail sur les bandes multipistes, ou les bidouillages aux synthétiseurs).

Toutefois, je suis fort déçu, car les images de concerts d'époque sont vraiment trop peu nombreuses (elles se cumulent à quelques minutes sur l'ensemble du DVD !). Cette histoire de Dark Side Of The Moon et ses diverses anecdotes auraient aussi bien pu être écrite et diffusée sur un des sites web consacré au groupe ! Quant à voir des images récentes des musiciens, autant les suivre en live (DVD Delicate Sound Of Thunder par exemple - concert enregistré en 1988 à New York, sans Roger Waters évidemment, mais dont la qualité des images laisse à désirer, contrairement au présent DVD), plutôt qu'assis dans un salon à discuter avec l'interviewer.

Bon, pour positiver, je dirais que j'ai pu mettre un visage sur les noms de Dick Parry (saxophoniste) et Clare Torry (chanteuse sur «The Great Gig In The Sky») et, ce qui fera plaisir à Philippe Babo, nous noterons que les journalistes ainsi que des extraits de coupures de presse de l'époque, parlent bien de «progressif» pour qualifier la musique du Floyd : comment les chroniqueurs actuels qui servent les revues rock de façon «politiquement correcte» vont-ils réagir à cette catégorisation exposée dans ces extraits ?

Jacques TONI

(chronique publiée dans Big Bang n°53 - Mai 2004)

12/12

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