BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Dossiers

< Retour
Liens vers pages : 1 - 2 - 3 - 4

UNIVERS ZÉRO (4/4)

Alors que s'approche le milieu des années 80, la démotivation et la désillusion grandissent dans les rangs d'Univers Zéro, malgré l'enthousiasme initial apporté par les plus jeunes recrues. Principale raison : le manque de concerts. La machine sera relancée une dernière fois en 1985 : c'est «L'Année de la Musique» en Belgique, et Univers Zéro s'est vu proposer, dans le cadre de ces célébrations, deux concerts importants. Pour l'occasion, Daniel Denis a décidé d'étoffer le groupe en réintégrant deux anciens membres, Andy Kirk et Patrick Hanappier (ce dernier comblant le vide laissé par le départ d'André Mergenthaler pour Art Zoyd). Avantage : le retour de Kirk permet de remettre au programme des compositions du claviériste datant de la période 1981-82, restées inédites du fait de son départ. De fait, Kirk signera près des deux-tiers d'Heatwave, enregistré pendant l'été 1986.

Pour ce qui sera son dernier album pendant plus d'une décennie, Univers Zéro change à nouveau de label. Cette fois-là sera la bonne : un contrat est signé avec le label américain Cuneiform Records, une coopération satisfaisante et fructueuse qui continuera avec la réédition des quatre premiers albums, à raison d'un par an, entre 1989 à 1992. Steve Feigenbaum, le patron du label, distribuait depuis plusieurs années les albums d'UZ par le biais de son service de VPC, Wayside. Ayant appris que Daniel Denis cherchait un label pour son projet suivant, Feigenbaum se porta volontaire. «Je crois qu'ils m'ont volontairement caché le fait que ce serait leur dernier album, au cas où ça me dissuade de le sortir... Mais je l'ai fait, et il s'est fort bien vendu. Puis, Daniel se montrant satisfait de notre collaboration, il m'a progressivement cédé les droits du 'back-catalogue' du groupe...».

Difficile d'envisager Heatwave dans la continuité de l'évolution musicale d'Univers Zéro quand on sait que l'essentiel de son contenu a en fait été conçu plusieurs années auparavant. Un contraste est d'ailleurs à relever entre les deux sous-parties de l'album. Les deux pièces signées par Daniel Denis, «Chinavox» (4:49) et «Bruit Dans Les Murs» (825), décrivent des atmosphères assez arides, à la fois expérimentales (le rôle des bruitages et effets s'est encore accru) et minimalistes (dans l'écriture surtout, mais les pièces en question sont aussi celles mettant en scène l'effectif le plus réduit).

L'attrait non négligeable de l'album se situe donc avant tout dans les deux pièces de résistance signées par Andy Kirk. «Heatwave» (8:34) est basé sur une construction d'une logique imparable et évolutive, voyant le thème de départ s'étoffer jusqu'à atteindre son niveau d'énergie maximal. Le rôle crucial joué par la guitare et le violon, en particulier dans la pulsation rythmique, marque une rupture avec Uzed, tout comme la quasi absence du piano durant la première moitié de l'album.

Occupant la totalité du la face B du vinyle d'origine, «The Funeral Plain» (20:24) est assurément l'un des morceaux d'Univers Zéro les plus proches des 'canons' progressifs. A l'exception d'un interlude minimaliste à mi-parcours, cette pièce célèbre avec constance et inspiration le rock de chambre majestueux et coloré, épicé d'une vigueur rythmique magmaïenne des plus contagieuses, qui constitue le principal attrait d'UZ. La réussite est d'autant plus éclatante que l'instrumentation est ici la plus pléthorique et variée jamais réunie au sein du groupe, le résultat prenant l'allure d'un somptueux bouquet final, dont les connotations funèbres sous-entendues par le titre n'apparaissent que dans une conclusion 'ambiente' très brève. L'atmosphère n'est ni à l'accablement, ni à l'amertume : Univers Zéro tire sa révérence la tête haute, sans rien laisser paraître de ses malaises et désillusions...

Au moment où Heatwave est publié, Univers Zéro n'existe donc plus. Daniel Denis confiera par la suite qu'il n'a alors plus touché sa batterie pendant un an. Il reprendra du service a la sollicitation de l'ingénieur du son Didier De Roos, qui lui proposera de coproduire des albums sous son propre nom. C'est ainsi que Sirius And The Ghosts (1991) et Les Eaux Troubles (1993) verront successivement le jour, publiés chez Muséa pour l'Europe et Cuneiform pour le reste du monde. Denis y est entouré de divers ex-acolytes d'UZ - Dirk Descheemaeker, Andy Kirk (à la guitare surtout) et Guy Segers - et de nouveaux-venus - le violoncelliste Jan Kuijken ou encore Michel Hatzigeorgiou, bassiste virtuose d'Aka Moon, groupe managé par Segers.

Plutôt qu'une manière de perpétuer seul la démarche d'Univers Zéro, Daniel Denis dit avoir cherché dans ses deux albums solos à explorer de nouvelles voies, sans évidemment rompre totalement avec la personnalité musicale affirmée en tant que leader, donc directeur musical officieux, du groupe. La principale nouveauté est l'accentuation du rôle joué par les synthétiseurs et autres programmations, sans doute un peu excessif sur Sirius..., mieux intégré (et atténué par le rôle plus substantiel des instrumentistes invités) sur Les Eaux Troubles, dont le contenu riche et varié légitime la démarche de Denis en solo, tout en renouant des liens avec le passé d'Univers Zéro (sur «Second Présage» en particulier). Il préfigure en cela The Hard Quest qui, plus qu'un réel retour aux sources, s'apparentera plutôt à un juste milieu entre les travaux solo de Denis et - essentiellement, voire exclusivement, à un niveau formel - une démarche de groupe.

L'idée d'une résurrection d'Univers Zéro sera dans l'air un certain temps, avant de se concrétiser à l'occasion d'une invitation lancée au groupe à participer à l'édition 1997 du prestigieux Festival International de Musiques Actuelles de Victoriaville (FIMAV), au Québec. Autour de Daniel Denis, deux autres piliers historiques d'UZ, Guy Segers et Andy Kirk (qui se partage entre guitare et claviers), et deux nouvelles recrues, Marianne Denoïa (violon, claviers et clarinette) et Kaat De Windt (claviers).

Le répertoire joué ce soir-là, le 18 mai 1997, ne comportera aucune pièce nouvelle, mais un panorama assez large de l'œuvre d'Univers Zéro et des deux albums solo de Denis : «La Faulx» (Hérésie), «Dense» (Ceux Du Dehors), «Emmanations» (Uzed), «Heatwave» (Heatwave), ainsi que respectivement trois extraits chacun pour Sirius And The Ghosts et Les Eaux Troubles. Le concert - à guichets fermés - sera très bien accueilli, chose logique puisque le public nord-américain n'avait jamais eu la chance de voir UZ traverser l'Atlantique; mais dans les rangs du groupe, il en sera bien différemment. Daniel Denis rejette l'orientation plus «rock» et électrique qu'a pris la musique et, perfectionniste, estime que la prestation instrumentale n'a pas été à la hauteur. Entre lui et Segers (qui continuera un temps à faire répéter une formation dissidente avec Kirk et De Windt), le divorce est à nouveau consommé.

Après avoir retrouvé ses esprits (et participé, avec Segers, à l'enregistrement de l'album Certitudes de Présent), Daniel Denis contacte Michel Berckmans, qui se montre désireux de collaborer de nouveau avec lui. Stimulé, le batteur se lance alors dans l'écriture - assisté pour la première fois de la technologie informatique - d'un nouvel album, enregistré par une formation assez resserrée mais qui ne se produira pas pour autant sur scène malgré des projets en ce sens : Denis, Berckmans, le fidèle Dirk Descheemaeker, Igor Semenoff (violoniste de l'ensemble Ictus) et Réginald Trigaux, fils de Roger et guitariste de Présent, mais qui tient pour l'occasion la basse.

The Hard Quest est présenté par Denis comme une volonté de renouer avec l'atmosphère et l'esthétique de Ceux Du Dehors, avec une tonalité globalement acoustique. Dans notre chronique de cet album au moment de sa sortie, nous l'avions globalement salué comme une grande réussite, tout en regrettant un relatif manque d'audace et une prestation instrumentale moins 'vivante' que sur les meilleurs opus d'Univers Zéro. L'œuvre n'est donc pas la plus réussie du groupe à ce jour, mais elle n'a pas pour autant à rougir, loin s'en faut, de la comparaison. Il serait en effet déplacé de demander à l'équipe réunie autour de Denis de retrouver l'osmose collective que possédait UZ à l'époque où il était un vrai groupe, soudé par des semaines et des mois de répétitions intensives.

Si Daniel Denis confie à ce propos avoir désormais abandonné tout espoir de reconstituer un jour un groupe susceptible de se produire à nouveau sur scène, Univers Zéro est néanmoins remis sur les rails en tant que projet de studio. Un nouvel album, intitulé Rhythmix, est enregistré entre août et octobre 2001, et sort chez Cuneiform au printemps 2002. On y retrouve, aux côtés de Denis, les indéboulonnables Berckmans (co-auteur de deux titres) et Descheemaeker, mais surtout des nouveaux-venus, correspondant à des instruments rarement usités chez UZ jusqu'ici, comme le marimba, le glockenspiel, la trompette, la flûte ou l'accordéon. Denis confie avoir cherché consciemment à faire un album assez différent de son devancier, et avoir en outre renoncé à composer des pièces très longues, au-delà de six ou sept minutes maximum.

L'année 2002 sera donc l'occasion de reparler d'Univers Zéro et de Daniel Denis, compte tenu de cette nouvelle parution discographique (le lecteur peut se reporter à la chronique parue dans notre n°45). Et pour ceux qui ne pourraient accepter la perspective de ne plus voir ce formidable batteur se produire sur scène, sachez qu'il fait partie, parallèlement à UZ, d'un trio (guitare, basse et batterie) baptisé Spectrum 3D, revendiquant principalement l'influence de Jimi Hendrix, et qui devrait commencer prochainement à donner des concerts... «Uzed not dead !!»...

Aymeric LEROY

(dossier publié dans Big Bang n°42 - Décembre 2001)

A consulter également, en complément de ce dossier, les chroniques suivantes :

Daniel DENIS - "Les Eaux Troubles" (1993)

"The Hard Quest" (1999)

"Rhythmix" (2002)

"Implosion" (2004)

"Live" (2006)

4/4

Haut de page