BIG BANG - Magazine de Musiques Progressives

Dossiers

< Retour
Liens vers pages : 1 - 2 - 3 - 45 (Peter Hammill)

VDGG (4/5) - Suite >

Et pour quelques frissons de plus...

Comme tout groupe culte, Van Der Graaf a connu son lot de productions parallèles ou posthumes mises sur le marché par des gens plus ou moins bien intentionnés.

Time Vaults offre un certain nombre d'inédits et de chutes de studio de second ordre, a l'exception d'un titre, «The Liquidator», digne des albums officiels avec sa magnifique introduction au piano, mais le son est monstrueux. Quand à Now and Then, si le son en est tout a fait correct, pour le reste, c'est presque pire. En effet, ce disque est un «pirate officiel» qui reprend en partie le Gentlemen Prefer Blues, ou officiaient les seuls Evans, Jackson et Banton, et qui était paru en 1986 : six morceaux assez anecdotiques auxquels, pour faire bon poids, les «producteurs» ont rajouté deux titres de «Time Vaults», «Tarzan» et le fameux «The Liquidator» (ainsi que les notes intégrales de pochette de Time Vaults qui sont, dans ce contexte, totalement incompréhensibles !). Ces deux albums ont été réédités en version CD en 1993, chez Demi-Monde. En revanche, le CD Maida Vale, compilation des fameuses sessions de Radio One, orchestrées par John Peel et enregistrées par la BBC entre juin 1971 et novembre 1976, est digne d'intérêt.

Citons également la série des The Long Hello. Quatre volumes, dont le premier date de 1973, et qui présentent des compositions de Potter, Evans, Banton et Jackson.

A noter enfin une compilation officielle, non rééditée en CD, 68-71. Elle comprend huit titres tirés des albums «The Aerosol Grey Machine», «The Least We Can Do» et «H To He», ainsi qu'un inédit culte, «Boat Of Millions Of Years», uniquement sorti en 45 tours.

Toutes références données dans un souci d'exhaustivité car, pour ce qui est de se les procurer... Force est de reconnaître que la présence dans les bacs de Van Der Graaf Generator est assez symbolique...

Et pour ceux qui aiment fouiner dans les lieux interlopes, signalons que les carrières de VdGG et de Hammill ont été rythmées par les enregistrements d'une quarantaine de vinyles pirates, dont la moitié a fait l'objet de rééditions en CD.

DVD - Godbluff Live (2003, 70 minutes)

«Etrange». C'est le qualificatif qui vient à l'esprit après le visionnage de ce DVD - et c'est le moins qu'on pouvait attendre ...d'un des plus étranges groupes de rock progressif (et de rock tout court) qui aient jamais existé. Non seulement du fait de la musique jouée, ou du line-up du groupe, mais aussi par la façon dont les deux films reproduits sur ce DVD ont été tournés.

Après avoir publié il y a quelques mois un premier DVD de VdGG, Masters From The Vaults (aujourd'hui épuisé), contenant à peine une demi-heure de film (une exécution live en studio, sans public, de «Theme One» et «A Plague of Lighthouse Keepers», les 21 et 23 mars 1972, pour la télévision belge), Classic Rock Legends sort maintenant à la stupéfaction des fans du Generator un second DVD comprenant, outre le contenu du premier DVD en bonus, un autre film TV belge - récemment redécouvert - d'un concert donné à Charleroi le 27 septembre 1975 (et diffusé le 12 novembre), où fut jouée l'intégralité de l'album Godbluff, trois mois après son enregistrement. Les grincheux pourront pester d'avoir acheté le premier et de devoir racheter le second. Mais on peut aussi remercier Peter Hammill d'offrir aux nouveaux acheteurs sur un seul support la totalité des documents filmés disponibles sur son groupe car, prévient-il sur son site personnel, Godbluff Live «restera le DVD définitif de VdGG : il n'y a pas d'autre documents dans les placards». Il faudra s'en contenter, les documents audio live étant eux aussi relativement rares (hormis les inédits du récent coffret The Box, on ne dispose que du CD des archives de la BBC Maida Vale, et de l'album officiel Vital de «VdG», de 1978).

Mais commençons par la fin, le 'bonus' de 1972, tourné par un certain Willy Botteldoorn. On y voit le groupe dans sa formation déjà 'classique' (Hammill-Jackson-Evans-Banton, dont les visages poupins surprennent), mais encore dans son adolescence, avec toute la fougue et l'immaturité que cela suppose. Il joue d'abord en trio, sans Hammill (et en play-back, selon le livret de The Box, mais rien n'indique que ce soit le cas), le «Theme One» de George Martin (composé en 1967 pour l'inauguration de la première chaîne de radio publique, BBC One) - augmenté ici d'une impro déjantée - puis en quatuor, la suite des «Gardiens de Phare», en deux prises. La mise en scène - le film a été tourné dans un studio nu - est d'une simplicité glaciale, seules quelques alignements de bougies venant «réchauffer» - dans les deux sens du terme - l'atmosphère.

Il est rare que les prestations live soient supérieures aux enregistrements en studio, et l'on mentirait en disant que cette exécution à huis-clos - et à la restitution sonore tout juste correcte - déroge à la règle. Peter Hammill, notamment, chante parfois d'une voix mal assurée (quand elle n'est pas trop faiblement mixée), et trébuche sur les paroles de «Lighthouse...» (peu joué depuis l'hiver précédent) qu'il est obligé de lire sur un lutrin. L'absence de bassiste se fait aussi cruellement sentir, en particulier sur «Theme One». Il n'en s'agit pas moins d'un document fascinant, faisant voir toute l'étrangeté d'une musique à mi-chemin entre Bach, Pierre Henry et le free jazz. On y voit aussi le rôle central joué par Guy Evans, qui occupe le centre de la pièce, courbé sur ses fûts, le regard halluciné. Pendant que les trois autres musiciens, positionnés par rapport à lui, portent chacun à tour de rôle la musique jusqu'à son point d'incandescence, c'est à Evans - dont la virtuosité n'est pas sans rappeler ici celle de son contemporain Michael Giles - qu'il incombe de maintenir la cohésion du groupe. Le moment le plus fort : quand, dans l'envolée finale, Hammill, après avoir une dernière fois trituré et malmené ses claviers, se renverse en arrière, abandonne ses compagnons et, tel un dément, arpente pieds nus le studio, un verre de vin à la main...

Réalisé trois ans plus tard par Marc Mopty (avec W. Botteldoorn, cette fois au montage), le deuxième film, censé restituer le «concert» (?) de Charleroi de septembre 1975, va encore plus loin dans l'étrangeté. Le point d'interrogation est de rigueur, comme on va le voir... Si VdGG était réputé pour ses shows d'une rare intensité - digne de la «colère de Dieu» (Godbluff) -, cette intensité est ici toute intériorisée, comme contenue, les quatre musiciens jouant avec une concentration stupéfiante, comme les yeux fermés. Il faut dire que le groupe a mûri; sa musique a perdu de ses outrances baroques, au profit d'un propos plus ramassé et ordonné, moins propice aux improvisations et aux cheminements au bord du chaos. Hammill, les cheveux courts, pourrait être l'incarnation du rocker punk mis en scène dans son dernier album solo, Rikki Nadir. Cette fois, le rôle central est très clairement occupé par le chanteur, sur lequel s'attarde le plus souvent la caméra, et dont les hurlements de possédé de 1972 laissent parfois place à une sorte de longue litanie, ou récitation, proche du parler-chanter.

VdGG interprète l'intégralité de Godbluff dans l'ordre : «Undercover», «Arrow», «Scorched Earth» et «Sleepwalkers» (ce qui remet en cause la thèse selon laquelle le découpage de l'album serait inspiré de la musique classique, ou de Tales From Topographic Oceans - cf. notre dossier). Là encore, la prestation live n'est pas à la hauteur des enregistrements d'origine (il faut dire que le son - d'une qualité 5.1 selon la jaquette ! - n'arrange pas les choses). Bardé de ses instruments à vents trafiqués, la casquette de cuir vissée sur le crâne, Jackson ne paraît pas au mieux de sa forme, et on attend en vain l'un de ses soli de sax légendaires. Banton et Evans sont ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Bizarrement, les morceaux manquent parfois de punch, comme s'ils traînaient en longueur. Même «Sleepwalkers», avec son pont de cha-cha-cha, a perdu de sa vivacité. Mais la plus grande surprise vient du cadrage et de la «mise en images», qui réduit à néant tout jeu de scène. On ignore s'il s'agit d'une coquetterie du réalisateur, en mal d'effets 'seventies' à la Jean-Christophe Averty, mais le film est constitué dans sa quasi-totalité d'un enchaînement de gros plans (sur la moustache de Jackson, sur la veine du cou de Hammill quand celui-ci pousse l'un de ses fameux «coruscating barks»...). Aucune image ne descend au-dessous du coude (on ne saura pas ce que Banton fait avec ses pieds, par exemple). La salle reste en permanence hors champ (le public est totalement absent du film, hormis quelques faibles applaudissements au final), et le groupe n'est jamais filmé depuis la salle. On en vient, en conclusion, à se demander s'il s'agit bien d'un concert (la «giggographie» de The Box ne comporte qu'une indication laconique suivie d'un point d'interrogation : «late sept. 75 Belgium ?»).

Anyway, comme disent les Anglais, malgré toutes les réserves ci-dessus, il s'agit d'un document historique capital - et unique, comme on l'a dit -, qui justifie un achat d'urgence. On hésitera peut-être à recommander ce DVD à un néophyte en quête d'un best-of, mais tout amateur du Générateur se doit de posséder un tel objet, en sachant qu'il n'y trouvera qu'un écho assourdi des prestations publiques dantesques de la formation de Peter Hammill...

Philippe BABO

(chronique publiée dans Big Bang n°52 - Février 2004)


Haut de page